Une rencontre avec une figure discrète mais essentielle de la musique française
Dans cet épisode de L’Atelier de Cédric, la rencontre avec Fabrice Nataf permet de remettre en lumière un parcours aussi discret que fondamental dans l’histoire récente de la musique française. Éditeur, directeur artistique, dénicheur de talents, Fabrice Nataf a accompagné certaines des trajectoires les plus singulières de la scène hexagonale, en privilégiant toujours l’instinct artistique, la durée et la relation humaine.
À partir de ce qui est visible et compréhensible depuis la page de la rencontre, l’échange révèle un professionnel de l’ombre, dont l’influence dépasse largement la notoriété médiatique.
Fabrice Nataf, un parcours guidé par l’écoute et la conviction
Selon son profil LinkedIn
👉 https://www.linkedin.com/in/fabricenataf/
Fabrice Nataf évolue depuis plusieurs décennies dans l’industrie musicale. Il a occupé des fonctions clés au sein de maisons de disques et de structures éditoriales, tout en conservant une approche profondément artisanale du métier.
Il fait partie de ces professionnels qui ont traversé les grandes mutations de l’industrie — majors, indépendance, édition, distribution — sans jamais rompre avec une certaine idée de la création : faire confiance aux artistes avant les chiffres.
La signature de Jean-Louis Murat, un acte fondateur
Fabrice Nataf est notamment celui qui signe Jean-Louis Murat en 1986 chez Virgin. Un fait aujourd’hui parfois oublié dans certaines biographies, ce qui l’étonne lui-même, tant cette collaboration fut marquante.
Contrairement à une légende rapportée par Murat lui-même, il récuse avec humour l’idée selon laquelle la signature aurait été motivée par l’avis de sa compagne de l’époque. Fabrice Nataf connaissait déjà Suicidez-vous le peuple est mort ; l’écoute attentive des maquettes a suffi à valider son intuition.
Il garde un souvenir ému d’une biographie officielle mentionnant simplement : « signature avec Fabrice Nataf », une reconnaissance qui l’avait profondément touché. Murat lui confiera un jour :
« Si tu ne m’avais pas signé, j’aurais arrêté la musique. »
Une phrase que Fabrice Nataf relativise, mais qu’il reconnaît conforme à l’état d’esprit de l’artiste.
Une relation artistique et humaine hors norme
Jean-Louis Murat restera pour Fabrice Nataf l’artiste avec lequel il a pris le plus de plaisir à travailler. Il évoque sa culture immense, son intelligence, sa capacité à rendre passionnant n’importe quel sujet — jusqu’aux quotas laitiers, abordés pendant deux heures lors d’un déjeuner en Auvergne.
Parmi les phrases de Murat restées gravées dans sa mémoire :
- « Ce qui est important, ce n’est pas la question, c’est la réponse. »
- À propos d’un notable de passage : « Il est sympa, mais je suis sûr qu’il n’a jamais vu un film de Billy Wilder en entier. »
L’épisode Luc Besson et la musique du Grand Bleu
Autre épisode marquant : la période où Luc Besson, alors au sommet après Le Grand Bleu, réunit Gaumont et Virgin pour évoquer une suite accompagnée d’une bande originale exceptionnelle. Sur la liste : Madonna, The Cure, et — seul artiste français — Jean-Louis Murat.
Tous acceptent, sauf Miles Davis, dont le manager réclame 50 000 dollars… simplement pour transmettre la proposition. Après des essais musique-image peu concluants, Murat récupère finalement ses compositions, dont Le col de la Croix-Morand.
De EMI à Belleville Music, puis Freedonia
Après Virgin, Fabrice Nataf rejoint les éditions EMI, dirige d’autres labels, puis fonde Belleville Music, où il signe notamment Morgane Imbeaud, juste avant la cession d’activité du label.
Il crée ensuite Freedonia, structure de distribution en lien avec Sony, au sein de laquelle il travaille avec Kimberose, Mr Mat, Marie Sarah, et plus récemment Lili EM.
Lili EM, une nouvelle aventure artistique
Le contact avec Lili EM se fait simplement via les réseaux sociaux. Fabrice Nataf écoute les maquettes préparées avec Vivien Bouchet (ex-Kaolin) et adhère immédiatement. La rencontre confirme l’intuition : ils décident de travailler ensemble.
Un premier single, Mademoiselle, marque le début de l’aventure. Sans clip ni promotion lourde, les premiers résultats sur Spotify sont jugés très encourageants. Fabrice Nataf souligne son admiration pour le talent de l’artiste et se réjouit de son souhait de rendre hommage à Jean-Louis Murat, regrettant d’ailleurs que son répertoire ait été si peu repris.
Un EP est prévu à l’automne, avant un album, confirmant une collaboration pensée sur le temps long.
Une vision exigeante et passionnée du métier
Pour Fabrice Nataf, l’édition et l’accompagnement artistique reposent avant tout sur l’écoute, la patience et la conviction. Loin des effets de mode, il défend une vision du métier fondée sur la fidélité aux artistes, l’intelligence des œuvres et la transmission.
L’intérêt professionnel de la rencontre
La rencontre avec Fabrice Nataf présente un intérêt majeur pour :
- les auteurs-compositeurs et artistes en développement,
- les professionnels de l’édition et de la production,
- les passionnés de l’histoire musicale contemporaine,
- celles et ceux qui s’intéressent aux métiers de l’ombre.
Elle offre un regard rare sur la construction des carrières artistiques et sur la mémoire vivante de la musique française.
À propos de L’Atelier de Cédric
L’Atelier de Cédric est une série de rencontres consacrée aux acteurs de la musique, de la culture et des médias. Le projet met en lumière des parcours singuliers, dans une démarche de transmission, de pédagogie et de mise en perspective des métiers de la création.
À découvrir sur la chaîne YouTube de L’Atelier de Cédric
La chaîne YouTube de L’Atelier de Cédric propose une playlist regroupant les dernières rencontres et interviews :
Une invitation à s’abonner pour découvrir celles et ceux qui façonnent la musique, souvent loin des projecteurs, mais toujours au cœur des œuvres.