Vous avez enregistré un titre qui vous tient à cœur. Maintenant, il vous faut un clip. Mais par où commencer ? Combien ça coûte ? Comment trouver un réalisateur ? Comment faire de votre vidéo un vrai outil de promotion ?
David Gitlis, co-fondateur de HK Corp — l’une des maisons de production audiovisuelle les plus actives de l’industrie musicale française, avec des bureaux entre Paris et Los Angeles — a répondu à toutes ces questions lors d’une interview avec L’Atelier de Cédric. Un éclairage rare, direct et concret, signé par un professionnel qui a produit des clips pour Orelsan, Soprano, Julien Doré, ZAZ, Nolwenn Leroy, Lilly Wood and the Prick, et bien d’autres.
Voici ce qu’il faut retenir pour réaliser un clip musical qui fonctionne vraiment.
Entretien avec David Gitlis, co-fondateur de HK Corp (maison de production audiovisuelle spécialisée dans les clips musicaux, avec des bureaux à Paris et Los Angeles), réalisé dans le cadre de l’Atelier de Cédric. Cette émission explore en direct les coulisses du music business avec des professionnels de la filière.
Qui est David Gitlis et qu’est-ce que HK Corp ?
Avant d’être producteur, David Gitlis était musicien. Il a fait partie d’un collectif, tourné en France, partagé la scène avec des artistes qui cartonneront plus tard. C’est de là que tout est parti : pour communiquer autour de leur propre musique, lui et son frère John ont commencé à produire leurs propres clips. Puis des artistes proches leur ont demandé de faire la même chose pour eux.
HK Corp est née de cette logique de collectif, de confiance et de passion commune pour la musique. Aujourd’hui, la structure produit des clips, des publicités, des séries de fiction, et dispose d’équipes en France et aux États-Unis. « L’ADN musique a toujours été au cœur de ce qu’on fait », résume David Gitlis.
En 2014, un article estimait qu’un clip sur trois diffusé en France était produit par HK Corp.
Qu’est-ce qu’un bon clip musical ? La définition de David Gitlis
La question est simple, la réponse aussi : « Un bon clip, c’est un clip qui marche bien avec la chanson et avec l’artiste. »
Pas de formule magique. Pas de budget minimum requis. Ce qui compte, c’est la cohérence entre ce que vous racontez musicalement et ce que vous montrez visuellement. Un clip peut être tourné avec trois fois rien et devenir viral — à condition d’avoir la bonne idée. Et c’est justement là que tout se joue.
La bonne idée : le seul vrai critère
« Ce qui compte le plus, c’est la bonne idée. Et souvent, les idées les plus simples sont les plus compliquées à exécuter. » Cette phrase de David Gitlis résume à elle seule l’essentiel du métier de réalisateur de clips.
Il cite en exemple Make the Girl Dance, un collectif de musiciens parisiens avec qui il a travaillé. Leur clip le plus célèbre a été tourné rue Montorgueil à Paris avec trois voitures cachées, une caméra discrète et beaucoup de culot. Résultat : une vidéo qui a explosé sur Dailymotion et marqué les esprits — non pas grâce à un budget exceptionnel, mais grâce à une idée exceptionnelle.
« Faut pas hésiter : faut faire des mood boards, regarder des clips qui t’inspirent, regarder dans l’univers de l’artiste. Et surtout, brainstormer vraiment. »
Le premier travail à faire avant de tourner la moindre image, c’est donc de trouver le concept. Pas de caméra, pas de lumières — juste une idée forte.
Construire son univers visuel avant le tournage
David Gitlis insiste sur un point fondamental : le clip n’est pas un objet isolé. Il s’inscrit dans un univers plus large que l’artiste doit construire en amont.
« Si on parle d’un artiste musicien, tu commences à faire grandir ton style : ça passe à travers tes vêtements, ton discours, ton style musical, tes références. » La cohérence visuelle du clip doit découler naturellement de l’identité globale du projet.
Comment trouver un réalisateur pour son clip ?
Vous n’avez pas le budget pour une maison de production comme HK Corp ? Pas de panique. David Gitlis encourage les artistes à chercher des réalisateurs au même niveau qu’eux, avec la même envie.
Ses conseils concrets :
- Vimeo : la plateforme de référence pour découvrir de jeunes réalisateurs talentueux.
- Les écoles de cinéma : « Il y a plein de jeunes réals dans les écoles. Tu peux les retrouver en fouillant un petit peu. »
- Le réseau de scène : les meilleures collaborations naissent souvent d’une scène partagée, d’un concert, d’un ami de musicien.
- La logique du collectif : « Chercher d’autres jeunes talents qui sont à un niveau équivalent et qui ont envie de faire des films. »
La clé : trouver quelqu’un qui aime vraiment la musique et qui va s’investir dans votre projet.
Combien coûte un clip musical ?
C’est la question que tout le monde pose, et David Gitlis y répond franchement : « Ça dépend de ce que tu as en tête. »
Le budget dépend de plusieurs facteurs :
- Le nombre de personnes impliquées (équipe technique, comédiens, figurants)
- Les décors et lieux de tournage
- Le matériel utilisé
- Les effets de post-production (étalonnage, VFX, montage)
« Rien que sortir les caméras et les gars, ça a un coût. » Mais avec un smartphone récent, de bons filtres cinématographiques et surtout un étalonnage soigné, il est possible d’obtenir des images de qualité professionnelle pour un budget très limité.
Ce qui compte, c’est de trouver l’équilibre entre investissement et ambition visuelle. Un clip avec un budget modeste mais une idée forte peut surpasser en impact un clip très onéreux sans concept.
Comment travailler avec une maison de production de clips ?
Si vous souhaitez faire appel à une structure professionnelle, David Gitlis explique que la relation s’établit de plusieurs façons :
- L’artiste vient avec une chanson et demande des idées créatives à la maison de production.
- Le label envoie un brief et demande à plusieurs structures de proposer des concepts concurrents.
- La relation de confiance : « On se parle, on se connaît, on réfléchit ensemble. » C’est souvent la voie la plus naturelle.
France vs États-Unis : deux marchés, deux logiques
Depuis son bureau de Los Angeles, David Gitlis porte un regard lucide sur les différences entre les deux marchés :
« La France est super bien organisée. On a beaucoup de diversité, beaucoup de gens talentueux dans tous les styles, un réseau de salles vachement bien équipé et subventionné, l’intermittence du spectacle qui est une exception française vraiment bienvenue. »
Aux États-Unis, le marché est plus vaste mais moins institutionnalisé. Les salles sont moins bien équipées, mais l’impact est plus grand quand ça cartonne. Ce qu’on retient ? La France dispose d’un écosystème professionnel solide pour la production musicale et audiovisuelle.
Ce qu’il faut retenir pour réaliser un clip musical réussi
- L’idée prime sur le budget. Un concept fort vaut mieux qu’un budget élevé sans direction créative.
- Construisez d’abord votre univers. Le clip doit être le reflet d’une identité artistique cohérente.
- Cherchez des réalisateurs qui aiment la musique. Vimeo, écoles, réseau de scène.
- Brainstormez vraiment. Mood boards, références, inspirations : le travail créatif en amont est aussi important que le tournage.
- L’étalonnage fait la différence. Même avec un smartphone, une bonne post-production peut transformer des images ordinaires en quelque chose de professionnel.
- La France est bien équipée. Ne sous-estimez pas les ressources disponibles localement.
Réaliser un clip musical n’est pas réservé aux artistes signés sur de grands labels. C’est à la portée de tout artiste qui prend le temps de réfléchir, de s’entourer des bonnes personnes et d’oser.
Cet article s’appuie sur l’interview de David Gitlis (HK Corp) réalisée dans le cadre de l’émission L’Atelier de Cédric. HK Corp est une maison de production audiovisuelle active depuis 2009, avec des bureaux à Paris et Los Angeles. YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=_F8ru6qIuJQ