Dans l’écosystème musical, on parle souvent des labels, des éditeurs ou du streaming. Pourtant, un acteur reste encore trop peu visible alors qu’il est devenu central : le producteur de spectacle vivant.
À travers l’interview de Malika Séguineau, directrice générale de Ekhoscènes (anciennement Prodiss), cet article décrypte en profondeur les enjeux, les métiers et les transformations du live en France.
Ekhoscènes : un acteur central du spectacle vivant en France
Une organisation au cœur de l’écosystème
Ekhoscènes est aujourd’hui la première organisation d’employeurs du spectacle vivant privé en France. Elle représente :
- Producteurs de spectacles
- Salles et lieux (Zéniths, Arenas…)
- Festivals
- Théâtres privés
- Cabarets
Avec plus de 500 entreprises membres, Ekhoscènes pèse près de 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur les 3 milliards du secteur.
Une diversité souvent méconnue
Contrairement aux idées reçues :
- 52 % des structures font moins de 2 millions d’euros de CA
- Une majorité est composée de TPE et PME indépendantes
- Les grandes structures (type Live Nation) ne représentent qu’une partie du paysage
👉 Le live est donc un écosystème hybride, mêlant indépendants, majors et structures intermédiaires.
Producteur de spectacle : un métier clé (et mal compris)
Que fait réellement un producteur de live ?
Le producteur de spectacle vivant :
- Finance le projet (tournée, show, équipe)
- Embauche artistes et techniciens
- Monte la production (scénographie, logistique)
- Assume le risque économique
👉 Contrairement à une idée répandue, il ne “programme” pas seulement : il investit.
Un métier réglementé
Pour exercer, il faut :
- Une licence d’entrepreneur de spectacle
- Respecter une convention collective
- Déclarer les artistes (cachets, contrats)
➡️ C’est un métier juridiquement structuré, loin de l’image “informelle” qu’on lui associe parfois.
Le live : devenu pilier économique de la musique
Du disque au concert : inversion du modèle
Avant les années 2000 :
- Le live servait à promouvoir le disque
Aujourd’hui :
- Le live est devenu une source principale de revenus
- Le streaming a remplacé le disque, mais ne suffit pas économiquement
👉 Résultat :
le spectacle vivant est devenu central dans la carrière des artistes
Le rôle du Centre national de la musique
Une transformation majeure du secteur
Créé en 2020, le CNM centralise :
- Aides financières
- Crédit d’impôt spectacle vivant
- Soutien à l’export
- Accompagnement des projets
👉 Il remplace et regroupe plusieurs structures historiques comme le Bureau Export.
Pourquoi c’est stratégique ?
Le CNM permet :
- Une vision globale de la filière
- Une meilleure coordination entre :
- Live
- Musique enregistrée
- Édition
➡️ C’est un outil structurant pour toute l’industrie musicale française.
Le crédit d’impôt spectacle vivant : levier clé pour les indépendants
À quoi sert-il ?
Le crédit d’impôt :
- Encourage la prise de risque artistique
- Soutient les projets émergents
- Permet aux producteurs d’investir sur le long terme
👉 Sans ce dispositif, beaucoup de projets ne verraient pas le jour.
Un enjeu politique majeur
Ce mécanisme doit être :
- Renouvelé régulièrement
- Défendu auprès des pouvoirs publics
- Optimisé pour rester efficace
➡️ Il est au cœur des combats d’Ekhoscènes.
Artistes : comprendre vos droits et obligations sur scène
Le statut d’artiste interprète
En France :
- L’artiste est présumé salarié
- Il est rémunéré au cachet
- Il cotise à l’assurance chômage (intermittence)
👉 C’est un système unique et protecteur.
Attention au travail dissimulé
Monter sur scène sans déclaration :
- = infraction pénale
- = perte de droits sociaux
- = risques en cas d’accident
➡️ Le cadre légal est indispensable, pour l’artiste comme pour le producteur.
Live vs streaming : une relation complexe
Une interdépendance… mais pas automatique
- Un artiste très streamé ≠ succès en concert
- Un artiste fort en live ≠ succès streaming
👉 Les deux logiques sont différentes, mais complémentaires.
Le live comme validation réelle
Le concert permet :
- De créer un lien direct avec le public
- De construire une carrière durable
- De générer une économie tangible
➡️ Le live reste le test ultime de solidité artistique.
L’international : opportunité ou illusion ?
Une réalité nuancée
Exporter un projet artistique :
- Coûte cher
- Est rarement rentable à court terme
- Nécessite une vraie stratégie
👉 Tous les artistes ne sont pas faits pour l’international.
Mais un levier d’image puissant
Une tournée à l’étranger :
- Renforce la crédibilité
- Développe la notoriété
- Crée des opportunités futures
➡️ C’est un investissement stratégique, pas une fin en soi.
Nouveaux métiers dans le spectacle vivant
Le secteur évolue rapidement, notamment avec :
1. Transition écologique
- Production responsable
- Réduction de l’empreinte carbone
- Nouveaux métiers RSE
2. Numérique & innovation
- Expériences hybrides
- Data & audience
- Intelligence artificielle
3. Structuration des entreprises
- Finance
- Management
- Développement stratégique
👉 Le live recrute… bien au-delà des métiers artistiques.
Conclusion : un secteur en mutation, mais structuré
Le spectacle vivant n’est plus un “complément” de la musique :
👉 c’est désormais un pilier central de l’industrie.
Grâce à des acteurs comme Ekhoscènes et Centre national de la musique, le secteur :
- Se professionnalise
- Se structure
- Défend sa diversité
Pour les artistes comme pour les entrepreneurs, comprendre ces mécanismes n’est plus optionnel.
À retenir
- Le producteur de spectacle est un investisseur artistique
- Le live est aujourd’hui le cœur du modèle économique
- Le CNM est un outil central de financement et structuration
- Le crédit d’impôt est vital pour l’émergence
- L’international est une stratégie, pas une obligation