Quelle plateforme de streaming paie le mieux les artistes ? L’analyse de Florian Dubreuil

par | Oct 12, 2026

Spotify, Deezer, Apple Music, YouTube : toutes les plateformes ne rémunèrent pas une écoute de la même façon. Pourtant, beaucoup d’artistes ne regardent que les compteurs affichés sur YouTube ou Spotify, sans savoir ce que chaque stream leur rapporte vraiment.

L’Atelier de Cédric a reçu en direct, en rencontre en ligne, Florian Dubreuil, responsable de la distribution chez Kuroneko, distributeur digital. Il compare les plateformes, explique pourquoi un stream n’a pas de tarif unique, et ce qui revient à l’artiste selon la façon dont il distribue sa musique. Les chiffres cités sont des ordres de grandeur donnés lors de la rencontre : ils évoluent et ne valent pas tarif.

La rencontre en intégralité avec Florian Dubreuil, de Kuroneko.

Kuroneko, un distributeur au contact des plateformes

Kuroneko se présente comme un distributeur digital doublé d’un « label service » : distribution numérique et physique, fabrication de disques dans sa propre usine, marketing sonore. Au moment de la rencontre, la société distribuait environ 500 labels, de la structure avec salariés jusqu’à l’artiste émergent.

Son métier, explique Florian Dubreuil, c’est d’entretenir une relation avec les plateformes. Comme un commercial discute avec la Fnac, le distributeur numérique va voir les « éditos », les programmateurs de playlists, souvent quatre ou cinq par plateforme.

Spotify, Deezer, Apple Music, YouTube : qui paie le mieux ?

Premier constat : « les niveaux de rémunération ne sont pas les mêmes en fonction des plateformes ». Voici les comparaisons qu’il donnait lors de la rencontre.

YouTube, à part. YouTube fait partie, avec Spotify, des services qui affichent le nombre d’écoutes mais qui sont parmi les moins rémunérateurs. Il refuse pourtant qu’on s’en passe : c’est le premier moteur de recherche musical.

Spotify, la plus grande mais pas la plus généreuse. Spotify est de loin la plus grosse plateforme au niveau mondial, mais Florian Dubreuil la cite comme « la plateforme qui paie le moins bien ». Kuroneko travaille aussi des services plus petits, comme Napster, à l’éditorial plus fort, qui peuvent donner à un artiste débutant « un minimum de matelas de revenus ».

Deezer et Apple Music, environ deux fois et demie mieux. Ces deux services ont « énormément d’audience » et des playlists très suivies, et rémunèrent selon lui à peu près deux fois et demie mieux que Spotify.

Les réseaux sociaux. TikTok et Facebook rémunèrent aussi les ayants droit, et servent à orienter le public vers les plateformes d’écoute.

Sa conclusion : penser « un écosystème global », où chaque plateforme compte un peu, plutôt que de se fier aux streams sur Spotify « juste parce que c’est écrit ».

Pourquoi il n’existe pas de « prix par stream » fixe

L’Atelier de Cédric a aussi reçu Henri-Pierre Mousset, fondateur du distributeur Wiseband. Donner une moyenne par stream est pour lui « casse-gueule » : tous les distributeurs ne comptent pas les streams de la même manière, entre YouTube, TikTok, abonnés et non-abonnés. Ce qui est financé par la publicité rapporte peu, et différemment selon les plateformes : mieux vaut regarder d’abord les écoutes payantes.

Autre limite : c’est la quantité de streams qui fait le revenu. Henri-Pierre Mousset défend le modèle « user centric », où compte le nombre d’auditeurs différents, plus équitable selon lui et moins exposé au streaming artificiel. Il en parle toutefois comme d’une « arlésienne » annoncée depuis des années.

Pour le partage de ces sommes entre ayants droit, voir répartition des revenus du streaming : part publishing et part master, et pour ce que pèsent de gros volumes, le mythe du streaming.

Ce qui revient à l’artiste : agrégateur ou distributeur

L’agrégateur, explique Florian Dubreuil, est un « logisticien » qui met les titres en ligne. On le paie, souvent par abonnement, et on récupère 100 % de ses royalties, ou on lui laisse un petit pourcentage. Mais aucun travail de promotion n’est fait derrière.

Le distributeur se rémunère sur les revenus générés : entre 20 et 30 %, avec 25 % comme taux d’usage, tout restant négociable. En échange, une équipe défend les sorties auprès des plateformes. Comme il gagne au pourcentage, « s’il y a zéro, il y a zéro » : il choisit donc ses projets.

Henri-Pierre Mousset décrit un modèle entre les deux : au moment de la rencontre, Wiseband prenait 9 % de commission en plus d’un abonnement. Selon lui, les distributeurs indépendants laissent 80 à 90 % à l’artiste. Il conseille de vérifier sur quels revenus porte le pourcentage : beaucoup de distributeurs passent par un plus gros réseau, comme Believe ou Merlin, et chaque intermédiaire prend « quelques points ».

Pour aller plus loin, voir la différence entre un agrégateur et un distributeur de musique.

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Les conseils des invités pour tirer le meilleur de chaque plateforme

Ne décochez pas de plateformes. Il en existe plus de 200 dans le monde, et Florian Dubreuil ne voit « aucun intérêt » à en retirer : on ne fait pas plus de streams sur moins de services. Restreindre des territoires peut se justifier, par exemple en cas de licence.

Regardez au-delà des compteurs. Les publics diffèrent d’une plateforme à l’autre, et certaines playlists éditoriales n’existent que sur un service : cherchez les forces de chacun. Le nombre de streams reste un argument commercial, auprès des plateformes comme des magasins.

Méfiez-vous des streams achetés. Pour Henri-Pierre Mousset, une playlist payante, c’est « une chance sur deux » de faux streams, que Spotify peut déduire, au point de supprimer le profil.

Soignez vos pages et votre démarrage. Une page d’artiste aux métadonnées mélangées rassure peu un distributeur. Henri-Pierre Mousset conseille de préparer chaque sortie un mois à l’avance, de sortir régulièrement et de partager les liens de pré-sauvegarde : plus d’écoutes le premier jour, c’est un meilleur signal pour l’algorithme. Voir comment fonctionnent les playlists éditoriales.

Ce qu’il faut retenir

  • Un stream ne vaut pas la même chose partout : Deezer et Apple Music payaient environ deux fois et demie mieux que Spotify.
  • YouTube et Spotify affichent les compteurs, mais figurent parmi les moins rémunérateurs.
  • Il n’y a pas de prix par stream fixe : abonnés, publicité et plateformes font varier la moyenne.
  • Agrégateur ou distributeur : comparez le pourcentage, l’abonnement et le travail fait derrière.
  • Restez sur toutes les plateformes et fuyez les streams achetés.

Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Florian Dubreuil, de Kuroneko, complétée par les explications d’Henri-Pierre Mousset, de Wiseband. Voir aussi nos articles répartition des revenus du streaming et agrégateur ou distributeur.

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