Jessica Allard-Langer
Présentation
Musicienne amatrice et grande mélomane, Jessica Allard-Langer est Senior Manager Copyright, Writer & Publisher Relations chez Kobalt Music. Musicologue de formation, elle s'est orientée vers un cursus professionnalisant tout en gardant un lien étroit avec la musique.
Son parcours l'a menée du Pôle Auteurs de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) au département éditions de Campbell Connelly France (Wise Music Group), avant de rejoindre BMG France en 2014. Au fil des années, ses missions s'y sont étoffées, toujours avec le même but : être au service des créateurs, assurer la protection de leurs droits et la vie administrative de leurs œuvres. Elle a depuis rejoint Kobalt Music, où elle poursuit ce même engagement au service des créateurs.
Notre rencontre avec Jessica Allard-Langer
Pour L'Atelier de Cédric, Jessica Allard-Langer décrypte l'un des sujets les plus techniques — et les plus stratégiques — de l'édition musicale : la répartition des droits à la SACEM, où une case mal cochée ou un dépôt tardif peut coûter cher aux auteurs-compositeurs.
Son expertise : la répartition des droits à la SACEM
Déposer une œuvre : ce qu'on peut (et ne peut pas) modifier
Une fois déposée à la SACEM, une œuvre est « gravée dans le marbre ». On peut y ajouter des éléments — un éditeur, un arrangeur, un sous-titre — mais on ne peut pas retirer la capacité créatrice accordée à quelqu'un.
« Si on a déclaré quelqu'un en tant qu'auteur, on ne peut pas lui retirer ça. On peut modifier les pourcentages, mais dans tous les cas il faut le justifier… et la SACEM a le droit de refuser. »
D'où l'importance du timing du dépôt : l'idéal est de déposer avant le début de l'exploitation, et au pire dans les 3 à 6 mois qui suivent la sortie. Au-delà, la SACEM ne peut pas facturer les plateformes de streaming (les DSP) pour une œuvre absente de son répertoire — au risque de droits non collectés, perdus ou retardés.
DEP, DRM, phono : trois mécanismes distincts
La SACEM rémunère selon trois mécanismes : les DEP (droits d'exécution publique — concerts, lieux publics), les DRM (droits radio mécaniques — radio, télévision, streaming) et le phono (la part qu'on négocie et déclare dans le bulletin).
Avant le 1er janvier 2019, les DEP étaient répartis à parts égales entre auteurs et entre compositeurs, indépendamment du phono de chacun. Depuis, une case du bulletin permet d'aligner DEP et DRM proportionnellement au phono — les éditeurs l'adoptent désormais par défaut.
« Les artistes donnaient des pourcentages comme ça à leur batteur… Sauf qu'ils se faisaient complètement arnaquer sur les DEP. Et les DEP, c'est notamment les concerts — une rémunération pas négligeable du tout. »
Point essentiel : ce qu'on négocie dans un split, c'est le phono — jamais directement les DEP, qui en découlent.
Droits d'arrangeur : 5 à 10 % de la part compositeur
Le statut de l'arrangeur varie selon son intervention. En arrangement toute destination, il a co-construit l'œuvre dès le départ et devient ayant-droit à part entière. En arrangement limité, il intervient après coup sur une œuvre existante : deux dépôts distincts sont alors nécessaires (version originale et version arrangée), validés par la SACEM en commission.
Côté rémunération, les points d'arrangeur représentent entre 5 et 10 % de la part compositeur — pas de la part totale. Au-delà de 10-12 %, l'arrangeur se rapproche du statut de co-compositeur.
« On donne des points d'arrangement à quelqu'un qui a fait des arrangements. Ce n'est pas un moyen de rémunérer son ingénieur du son ou ses musiciens de session. »
Le travail invisible de l'éditeur
Le quotidien du copyright dépasse largement le dépôt des titres : la pédagogie en amont (expliquer arrangements, splits et DEP avant que des promesses impossibles soient faites), l'income tracking (surveiller que les droits perçus correspondent aux œuvres déposées, et récupérer les droits « irrépartissables » mal attribués), et la gestion des œuvres complexes à nombreux ayants droit — dont la lourdeur administrative peut même freiner la valorisation commerciale auprès des superviseurs musicaux.
Questions fréquentes
Quand faut-il déposer une œuvre à la SACEM ?
Idéalement avant le début de l'exploitation, et au plus tard dans les 3 à 6 mois après la sortie. Au-delà, la SACEM ne peut pas facturer les plateformes de streaming pour une œuvre absente de son répertoire.
Quelle est la différence entre DEP, DRM et phono ?
Le phono est la part négociée et déclarée dans le bulletin. Les DEP concernent les concerts et lieux publics, les DRM la diffusion radio, TV et streaming. Depuis 2019, DEP et DRM peuvent être alignés proportionnellement au phono.
Combien valent les points d'arrangeur ?
Entre 5 et 10 % de la part compositeur uniquement, pas de la part totale de l'œuvre. Ils ne servent pas à rémunérer des musiciens de session.
Peut-on modifier une œuvre déjà déposée ?
On peut ajouter un éditeur, un arrangeur ou un sous-titre, et modifier les pourcentages sur justificatif, mais on ne peut jamais retirer la capacité créatrice accordée à quelqu'un, ni changer le titre principal.
Pour aller plus loin
- Jessica Allard-Langer sur LinkedIn
- BMG France
- SACD — Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques
- Le guide de l'édition musicale
À propos de L'Atelier de Cédric
L'Atelier de Cédric est une plateforme de rencontres et de transmission dédiée aux artistes et professionnels de la musique. À travers des interviews filmées et des contenus éditoriaux approfondis, il met en lumière des trajectoires singulières, ancrées dans la réalité du métier, attentives au temps long. Chaque échange offre un regard singulier sur les enjeux actuels de la création musicale : identité artistique, financement, diffusion, collaboration, production, numérique.
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