Gérard Davoust

Président des Éditions Raoul Breton
Gérard Davoust, président des Éditions Raoul Breton

Présentation

Gérard Davoust est président des Éditions Raoul Breton, maison d’édition musicale française historique. Figure de l’édition musicale, il œuvre au développement et à la valorisation des œuvres et de leurs auteurs.

Notre rencontre avec Gérard Davoust

Rencontre avec Gérard Davoust autour de son parcours et de sa vision de l’édition musicale.

Une vie guidée par la chanson et la mémoire musicale

L’Atelier de Cédric propose une rencontre avec Gérard Davoust, figure majeure de l’édition musicale française et président des Éditions Raoul Breton. Cet échange s’inscrit dans une série de conversations dédiées aux bâtisseurs de la chanson française, à celles et ceux qui accompagnent les œuvres sur le temps long, avec patience, exigence et fidélité.

À travers cette rencontre, se dessine le portrait d’un homme pour qui la musique est d’abord une histoire intime, fondatrice, indissociable de la mémoire et de la transmission.

Une enfance bercée par la chanson française

Issu d’une famille passionnée de musique aux goûts très éclectiques, Gérard Davoust commence très tôt sa « route en chansons ». D’abord devant la TSF, qui diffuse les succès de l’époque, puis au cinéma, où il découvre Charles Trenet à travers La Route enchantée. Plus tard viendront Georges Brassens, puis un coup de foudre décisif pour une chanson, Sa jeunesse, et pour son interprète, Charles Aznavour.

C’est sur cet air-là qu’il partira pour les Aurès durant son service militaire, et c’est sur Les Deux guitares, du même Aznavour, qu’il rentrera au pays. Une empreinte indélébile, qui irrigue toute sa trajectoire.

Des maisons de disques à l’édition : un parcours sans faute

Avant son départ à l’armée, Gérard Davoust rencontre, dans l’entreprise familiale, Léon Cabat et Eddie Barclay, alors en train de créer leurs sociétés. C’est presque naturellement qu’il rejoint ensuite Paris et la maison Vogue, avant de poursuivre un parcours exemplaire chez Président, Pathé-Marconi (répertoire classique), Bel-Air, puis sur les ondes de RTL.

Il intègre ensuite Philips sous la direction de Georges Meyerstein, où il restera six ans, dont trois en tant que directeur de production.

Précurseur du métissage musical

Chez Philips, Gérard Davoust ne se contente pas d’accompagner les artistes traditionnels. Il explore déjà ce que l’on n’appelait pas encore les musiques du monde, produisant de nombreux artistes africains comme Manu Dibango ou Francis Bebey, mais aussi Gheorghe Zamfir, sans oublier Pierre Henry avec Messe pour le temps présent et Hypersound.

Animé par une prédilection pour le mélange et la fusion — ce que l’on appellerait aujourd’hui le métissage — il est également à l’origine des premiers disques de Magma, Alan Stivell et Catherine Ribeiro, tout en produisant de nombreuses musiques de films.

Avec Jacques Revaux et Régis Talar, il croit très tôt au talent de Michel Sardou et lui fait signer un contrat chez Philips.

Vingt ans à la tête des Éditions Chappell

En 1972, Gérard Davoust prend la présidence des Éditions Chappell, emportant avec lui un joyau : Le Lac Majeur de Mort Shuman et Étienne Roda-Gil. Il sera bientôt rejoint par Serge Lama, Nana Mouskouri, Serge Gainsbourg, ainsi que deux débutants nommés Yves Simon et, plus tard, Renaud.

Pendant vingt ans, il développe ces catalogues, veille sur les œuvres de Michel Legrand, Georges Garvarentz, Georges Brassens et Charles Aznavour, tout en révélant de nouveaux talents comme Jean-Paul Dréau.

Les Éditions Raoul Breton, un rêve devenu réalité

Devenir PDG des Éditions Raoul Breton marque l’aboutissement d’un parcours. Fondée par le découvreur de Charles Trenet, cette maison d’édition historique accompagne depuis près d’un siècle les auteurs, compositeurs et interprètes de la chanson française.

Aujourd’hui encore, les Éditions Raoul Breton figurent parmi les derniers éditeurs indépendants à représenter un catalogue couvrant l’ensemble de la chanson française du XXᵉ siècle, tout en s’ouvrant au XXIᵉ. Elles collaborent et représentent également de nombreux répertoires, parmi lesquels Djanik et Melodium (Aznavour), PESL (Serge Lama), Cana Music (Nana Mouskouri), Paroles de Dimey ou encore CH+ (Sanseverino).

Avec plus de 10 000 œuvres en édition et de nombreux masters, la maison continue de défendre une approche individuelle et singulière de la relation entre les auteurs et leurs œuvres, de l’édition graphique à la production, en passant par le management, la synchronisation cinéma et télévision et la gestion du copyright.

Une manière de travailler parfois qualifiée « à l’ancienne », mais qui s’impose aujourd’hui comme une modernité résistante face aux défis contemporains de l’industrie musicale et du droit d’auteur.

Contextualisation de la rencontre à L’Atelier de Cédric

Cette rencontre avec Gérard Davoust s’inscrit pleinement dans la démarche de L’Atelier de Cédric : donner la parole à ceux qui ont façonné la chanson française dans la durée. L’échange permet d’aborder l’histoire du métier d’éditeur, la mémoire des catalogues et la transmission d’un savoir fondamental pour les générations futures.

L’intérêt professionnel de cette rencontre

Pour les auteurs, compositeurs, artistes et professionnels de la musique, cette rencontre offre un éclairage rare sur le rôle central de l’édition musicale. Le parcours de Gérard Davoust illustre combien la défense des œuvres, la fidélité artistique et le respect du temps long restent essentiels à la pérennité de la création.

Notre interview en ligne

Échange en ligne avec Gérard Davoust : comment naissent et durent les chansons.

Dans un monde musical dominé par le streaming et les algorithmes, certaines chansons traversent pourtant les décennies.

Comment expliquer cette longévité ?
Quel est aujourd’hui le rôle d’un éditeur musical ?
Et comment un artiste peut-il construire une carrière durable ?

À travers le parcours de Gérard Davoust, directeur des éditions Raoul Breton (catalogue de Charles Aznavour, Édith Piaf, Charles Trenet), cet article décrypte les fondamentaux de l’édition musicale et de la création artistique.

De l’âge d’or du disque à l’édition musicale

Avant de devenir éditeur, Gérard Davoust a commencé dans l’industrie du disque, notamment chez Philips Records.

Une époque radicalement différente

  • Explosion du marché avec le 45 tours
  • Multiplication des directeurs artistiques
  • Forte demande de nouveaux artistes
  • Naissance des stars comme Johnny Hallyday

👉 Une industrie en pleine croissance… bien loin du contexte actuel

Avant le streaming : la chanson existait sans enregistrement

Avant même les disques, les chansons se diffusaient autrement :

  • Interprétées dans la rue
  • Vendues sous forme de partitions (“petits formats”)
  • Reprises par le public chez lui

👉 La musique reposait avant tout sur l’œuvre, pas sur l’enregistrement

Les standards : pourquoi certaines chansons deviennent éternelles ?

Le cœur du métier d’éditeur, selon Gérard Davoust :

👉 Créer ou accompagner des œuvres intemporelles

💡 Qu’est-ce qu’un “standard” ?

  • Une chanson qui traverse les générations
  • Reprise et réinterprétée
  • Toujours utilisée (films, pubs, synchro…)

Exemples issus de son catalogue :

  • “La mer”
  • “L’hymne à l’amour”

👉 Des œuvres comparables aux standards américains de George Gershwin

🎬 Synchronisation : une nouvelle vie pour les classiques

Aujourd’hui, les grandes chansons vivent aussi grâce à :

  • Films
  • Publicités
  • Séries
  • Streaming

👉 La synchro permet de toucher une nouvelle génération

⚠️ Le problème majeur aujourd’hui : la disparition des auteurs

Un constat fort de l’interview :

👉 Les auteurs-compositeurs sont de moins en moins visibles

Pourquoi ?

  • Mise en avant des interprètes uniquement
  • Disparition des crédits
  • Explosion des artistes “auteur-compositeur-interprète”

Conséquence

  • Moins de place pour les auteurs “purs”
  • Moins de collaborations
  • Uniformisation des créations

👉 Un vrai enjeu pour l’avenir de la musique

🎤 Auteur vs interprète : une confusion moderne

Avant :

  • Les rôles étaient distincts
  • L’interprète sublimait l’œuvre

Aujourd’hui :

  • Tout le monde veut tout faire
  • Souvent par ego plus que par nécessité

💡 Exemple clé

Johnny Hallyday n’écrivait pas…
👉 Mais savait choisir les meilleures chansons

➡️ Un talent souvent sous-estimé

📉 Streaming : une rémunération encore insuffisante

Le modèle actuel pose problème :

  • Revenus faibles pour les auteurs
  • Déséquilibre avec les producteurs
  • Opacité des plateformes

👉 Le droit d’auteur reste fragile face aux géants du numérique

La SACEM joue un rôle clé en France.

🇫🇷 Le modèle français

  • Rémunération proportionnelle
  • Droits inaliénables
  • Protection des créateurs

🇺🇸 Le modèle américain

  • Achat forfaitaire (“buyout”)
  • Perte de droits pour les auteurs

👉 Un modèle que certains acteurs tech aimeraient imposer

Le live : pilier économique des artistes

Malgré le digital, la scène reste essentielle :

Pourquoi ?

  • Revenus directs
  • Vente physique (merch, CD)
  • Lien émotionnel avec le public

👉 “Un artiste devient grand sur scène”

🤝 Le rôle clé de l’éditeur aujourd’hui

L’éditeur moderne est devenu un acteur global :

🔄 Un métier 360°

  • Développement artistique
  • Production
  • Financement
  • Promotion
  • Placement de titres

👉 Impossible aujourd’hui de “juste éditer”

Le conseil le plus important pour les artistes

Selon Gérard Davoust :

1. Trouver une grande chanson

Sans titre fort :

👉 Pas de carrière durable

2. S’entourer de professionnels

  • Éditeur
  • Directeur artistique
  • Manager

👉 Pour avoir un regard objectif

3. Accepter la critique

Un bon entourage doit pouvoir dire :

👉 “Ce n’est pas assez bon”

⚠️ L’erreur classique des jeunes artistes

Beaucoup veulent :

  • Garder 100% des droits
  • Refuser les partenariats

👉 Résultat : stagnation

💡 La réalité

👉 Mieux vaut 50% de succès que 100% de rien

Conclusion : la musique reste une affaire d’œuvres

L’interview de Gérard Davoust rappelle une vérité essentielle :

Les fondamentaux n’ont pas changé

  • Une grande chanson reste centrale
  • L’éditeur est un partenaire clé
  • Le live est indispensable
  • Le droit d’auteur doit être défendu

👉 Dans un monde numérique, la vraie valeur reste… la création

À propos de L’Atelier de Cédric

L’Atelier de Cédric est un espace de rencontres et d’échanges dédié aux artistes et aux professionnels de la musique. À travers des interviews et des discussions approfondies, le projet met en avant des parcours, des métiers et des expériences qui permettent de mieux comprendre les réalités de l’écosystème musical.

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