ARTISTES / MANAGERS – LES ENJEUX DE LA FORMATION

LA FORMATION DE L’ARTISTE-INTERPRÈTE AUJOURD’HUI EN FRANCE

Même si aujourd’hui l’offre de formation de l’artiste-interprète en France est extrêmement riche et diversifiée, celle-ci est essentiellement basée sur l’apprentissage “technique” de l’instrument et/ou de la voix. Or, même si le désir et le plaisir sont les premiers facteurs de motivation pour l’entrée dans le métier (choix de vie, vocation), l’artiste-interprète doit aussi trouver les moyens de vivre de sa passion pour passer du statut d’amateur à celui de professionnel (généralement consacré par l’intermittence) et trouver un modèle économique viable pour lui permettre d’inscrire son projet artistique dans la durée et développer une carrière professionnelle consciente des différents enjeux de notre époque.

Selon les chiffres communiqués par Pôle Emploi dans son étude intitulée “l’emploi intermittent dans le spectacle au cours de l’année 2019” et publiée le 22 septembre 2020, l’artiste-interprète de la musique fait partie de la première population artistique du spectacle vivant avec 75.000 personnes (soit 44,9 % des intermittents) représentant les artistes de la musique et du chant. De plus, 109.000 employeurs relèvent du champ d’application des annexes 8 et 10 de l’Assurance chômage.

Toutefois, il ne faut pas confondre quantité (de musiciens/chanteurs) et qualité (des emplois et des rémunérations) et de plus en plus de jeunes développent des pratiques musicales à la frontière de l’amateurisme et du milieu professionnel, du fait d’une très grande méconnaissance des règles du milieu musical dans lequel ils évoluent, entraînant déprofessionnalisation et précarisation (emplois non déclarés, rémunérations “au chapeau”…).

Le métier d’artiste-interprète n’existe pas en dehors de la durée, d’un itinéraire et d’une perspective de carrière, c’est un combat permanent ; et la garantie de la durée, c’est la compétence, et non la notoriété engendrée par un succès conjoncturel (voire éphémère). Une rencontre (ou un coup du sort) peut certes être déterminante mais la carrière ne s’improvise pas et la vie d’artiste repose sur le travail, la pratique et le perfectionnement notamment à travers la formation et les nourritures culturelles quotidiennes (pas de recette miracle, il faut travailler, se questionner et constamment se renouveler).

Dans les différentes phases qui composent le développement d’un projet artistique, on trouve la phase de création (individuelle ou collective), la phase de live pour rencontrer son public et se faire connaître, mais aussi la phase de formation qui doit permettre aux artistes de se maintenir sur le marché du travail et durer. Il ne s’agit pas de permettre à des artistes de faire une ou deux bonnes années autour d’un projet artistique mais de former des artistes professionnels au-delà des effets de mode.

La formation de l’artiste-interprète est aujourd’hui une composante essentielle du milieu du spectacle car elle concerne des milliers d’artistes, en exercice ou en devenir, et prépare les professionnels de demain, tout en pesant sur les orientations du métier. La formation professionnelle est un moyen d’acquérir de nouvelles compétences et d’aider à réaliser ses ambitions artistiques : par l’acquisition de bases solides et claires, la formation permet de faire gagner un temps précieux à l’artiste.

La formation s’organise de façon à répondre à la triple dimension sous-jacente à l’activité musicale (savoir-faire, savoir-être, viabilité) et permet de transmettre un savoir, une expérience, aider les artistes à préciser leurs choix et acquérir des méthodes de travail plus efficaces : former des professionnels et former au professionnalisme. L’acquisition de notions juridiques, mais aussi comportementales, permettent à l’artiste et aux professionnels qui gravitent autour de lui de travailler de façon efficace (en partageant un langage commun) et de minimiser les difficultés liées à la recherche de contrats.

L’ÉVOLUTION DU MODÈLE DE L’ARTISTE-INTERPRÈTE VERS CELUI DE L’ARTISTE-ENTREPRENEUR

L’industrie musicale est dans une phase de mutation profonde, notamment du fait de l’apparition d’une offre digitale très importante. La consommation de musique n’a jamais été aussi importante et le développement de l’offre streaming a entraîné une chute très importante de la vente de disques (ventes physiques).

Parallèlement, la mise en disposition de nouveaux outils “Do It Yourself” (D.I.Y) permettent aux artistes de gérer leur communication de façon directe avec leur public et de fédérer des communautés de fans/acheteurs potentiels.

Le milieu artistique est devenu très concurrentiel et la situation économique (très gravement touchée par la crise du Covid-19) a entraîné un gel des investissements du côté du producteur de spectacles (tourneur) et du producteur phonographique (label, maison de disque).

Du fait de toutes ces évolutions, une forte multi activité de l’artiste-interprète est devenue nécessaire ; pour perdurer, il faut pouvoir diversifier ses activités et être mobile en termes d’emploi et d’activité. On constate notamment l’évolution parfois assez naturelle du métier d’artiste-interprète vers celui de producteur, de tourneur ou encore d’éditeur, phénomène rendu possible par le développement de nouvelles compétences.

Par ailleurs, certains professionnels estiment que la poly-activité donne de meilleures garanties d’employabilité durable car, dans la musique, des métiers se superposent souvent ; la formation doit donc être en adéquation avec ces multiplicités. Les professionnels soulignent les faibles possibilités d’emploi offertes aujourd’hui pour les artistes “uniquement” interprètes de la musique, le marché du travail étant limité et le nombre d’artistes en expansion.

La formation professionnelle doit permettre, au travers des enseignements qui sont dispensés, d’acquérir un ensemble de compétences associées à un métier précis. L’acquisition de ces compétences ouvre alors des possibilités d’emploi. Plus les compétences maîtrisées sont nombreuses et plus les possibilités d’emploi sont importantes.

Le dilemme de l’artiste-interprète d’aujourd’hui pourrait être le suivant : être produit ou se produire ? A cette question, il est possible de répondre que, en privilégiant l’émergence de son projet artistique, l’artiste-interprète-entrepreneur crée les conditions de son accès à l’emploi. Cette question est d’autant plus importante que, dans la réalité, une très forte majorité d’artistes professionnels ne sont pas signés par des producteurs ; 9 fois sur 10, c’est la structure de l’artiste qui se charge des activités de production et de diffusion. La signature avec un producteur, à l’issue d’un parcours promotionnel reposant sur l’initiative individuelle des artistes, arrivant comme une consécration, demeure un scénario réservé à une minorité.

A travers la formation de l’artiste-interprète aux métiers qui l’entourent, il est possible de constituer un vivier d’artistes professionnels en capacité de créer leur emploi (par le développement de leur propre projet artistique) mais aussi de répondre aux besoins d’emploi (chargé de production, booker, community manager…).

LES ENJEUX DE LA FORMATION TEMPO POUR L’ARTISTE-ENTREPRENEUR

L’entrepreneur, au sens large, est celui qui dirige une entreprise, c’est-à-dire celui qui transforme une idée (intellectuelle à l’origine) en projet concret avec un plan d’action et différentes stratégies pour arriver à faire en sorte que ce projet, à l’origine créatif, puisse toucher une clientèle (ou plutôt un public, dans le cas précis d’un projet culturel ou artistique). L’entrepreneur doit mobiliser des ressources, qu’elles soient humaines et/ou financières, pour mener son entreprise au succès c’est-à-dire à l’équilibre entre ses revenus et ses charges (une rentabilité économique).

L’artiste-entrepreneur, c’est le créateur d’un projet artistique (dans un domaine particulier, avec des règles particulières) qui souhaite prendre le contrôle des différents aspects (humaines, économiques et financiers…) pour faire en sorte que sa création puisse se développer dans les meilleures conditions possibles; rencontrer un/son public qui pourra lui permettre de créer puis de consolider un modèle économique, modèle qui lui donnera les moyens de continuer à développer sa créativité et ce, dans un cercle totalement vertueux.

Comme nous l’avons vu précédemment, le contexte économique actuel a rendu les différents partenaires assez prudents (voire réticents) à l’idée de signer/développer de nouveaux artistes. Dans le contexte inédit du Covid-19, les producteurs de spectacles connaissent une crise sans précédent du fait de l’interruption quasi totale de leur activité ; et, même avant cette crise, il était relativement difficile pour un tourneur de signer un jeune artiste (en développement) du fait de la nécessité de devoir investir (souvent à perte) pendant une période parfois longue pour faire connaître le projet de l’artiste et réussir à trouver un modèle économique. Pour le producteur phonographique (le label), la situation est assez identique : difficile de signer un artiste en développement ayant (par définition) une petite communauté de fans et nécessitant de ce fait des investissements parfois conséquents (notamment en promo) pour le faire connaître.

Malgré cette situation complexe à trouver des partenaires, l’artiste-entrepreneur, porteur de son propre projet artistique, ne peut s’arrêter à cette situation de “fin de non-recevoir” et/ou attendre des mois (voire des années) avant qu’un potentiel partenaire se positionne sur son projet. En devenant entrepreneur, l’artiste (re)prend le contrôle de son projet, se structure (notamment juridiquement) et développe de nouvelles compétences qui ne sont certes pas innées chez lui (le premier travail de l’artiste étant de créer) mais aujourd’hui nécessaires pour acquérir un niveau de maturité professionnelle qui pourra certainement intéresser, à terme, les partenaires qui, au départ, n’étaient pas suffisamment motivés pour rejoindre l’aventure (notamment le label et le tourneur).

En France, la situation du producteur est assez “privilégiée” dans la mesure où les programmes d’aides et subventions sont extrêmement bien développés – cf. les 128 financements pour projets musicaux référencés sur le site www.monprojetmusique.fr – Toutefois, ces programmes sont accessibles à la condition d’avoir une structure juridique (association ou société) car très peu d’aides peuvent être attribuées directement à une personne physique (cf. aide à l’autoproduction SACEM). La structuration juridique semble donc essentielle pour permettre à l’artiste-entrepreneur d’aller plus loin dans son projet et de bénéficier de tous ces programmes d’aides mis à la disposition (notamment) des producteurs (de disque ou de spectacle vivant) et des éditeurs dont il pourra endosser le rôle à travers sa propre structure.

La formation TEMPO mise sur le développement de nouvelles compétences et l’accès direct à de nouveaux métiers pour l’artiste interprète à travers 6 modules de 3 heures chacun qui lui permettront notamment de comprendre le métier de booker (et le “self booking”), de décrypter le droit d’auteur et le rôle de l’éditeur, de développer ses capacités d’organisation et son sens de la gestion de projet (“self management”), de différencier et négocier les différents types de contrats et de déterminer le budget d’un projet et sa viabilité économique (avec ou sans producteur à ses côtés). L’artiste-entrepreneur, à l’issue de cette formation de 3 jours, sera aussi capable d’intégrer les enjeux de la promotion tout en professionnalisant sa présentation, de cibler les médias de façon stratégique, de structurer et de dessiner les contours administratifs de son projet musical pour solliciter les bonnes aides et subventions.

La formation TEMPO est adaptée aux spécificités du secteur, s’appuyant sur le terrain et la réalité des métiers tout en tenant compte leur évolution constante (veille technique et juridique permanente, mise à jour régulière des contenus pédagogiques).

LES OPPORTUNITÉS DE LA FORMATION TEMPO POUR LES MANAGERS D’ARTISTES

Développée à l’origine pour les artistes, la formation TEMPO suscite, au fil des différentes sessions mises en place, un véritable engouement auprès des managers d’artistes (en devenir ou activité) qui voit dans cette session de 3 jours, présentant l’écosystème de l’industrie musicale (tourneur, éditeur, manager, producteur, attaché de presse ainsi que les organismes de gestion collective), une véritable opportunité pour développer leurs compétences et ainsi mieux gérer la carrière de leurs artistes.

En France particulièrement, la mission du manager n’est pas toujours bien comprise car elle est souvent assurée par un membre de l’entourage de l’artiste ; le rôle du manager est pourtant capital puisqu’il est la principale interface entre l’artiste et le “monde extérieur”.

La relation contractuelle est assez simple – un engagement entre 2 personnes physiques, limité dans la durée et à un certain pourcentage des revenus de l’artiste – mais une bonne définition des missions du manager, dès le début de la collaboration, est essentielle pour éviter écueils et déceptions.

Véritable « couteau-suisse », accélérateur de rencontres et de projets, cet accompagnateur tout-terrain est la personne de confiance qui doit aider l’artiste à développer une direction artistique et une stratégie globale.

De ce fait, la présentation, via la formation TEMPO, des différents métiers-clés de l’industrie musicale peut représenter un atout majeur pour le développement, par le manager, de la carrière d’un artiste.

Comme nous l’avons vu précédemment, le contexte économique de l’industrie musicale n’est pas particulièrement favorable aux artistes en développement ; il ne faut pas pour autant abandonner cette phase de la carrière artistique sous prétexte que les enjeux et les risques sont trop importants, un projet musical ne doit pas dépendre uniquement de considérations purement financières. De ce fait, le métier de manager a connu une grande évolution durant ces dernières années.

D’une part, il fait l’objet d’une plus grande reconnaissance, notamment via la mise en place de syndicats relativement actifs et déterminés à faire avancer le statut du manager en France (Music Managers Forum – www.facebook.com/musicmanagersforumfrance – Alliance des Managers d’Artistes – www.ama-france.com).

D’autre part, le faible engagement constaté des différents partenaires (éditeur, tourneur, producteur) en tout début de carrière le contraint à devenir le véritable chef du projet de l’artiste. Le manager d’aujourd’hui ne se contente plus de trouver des contrats à l’artiste et de les négocier pour lui, il peut être également booker des toutes premières dates de concerts ; le manager est le premier “ambassadeur” (et attaché de presse) de l’artiste, allant parfois jusqu’ à la recherche de partenaires, aides et subventions pour le développement du projet musical de l’artiste qu’il accompagne dans son développement.

Par ailleurs, depuis quelques années, on voit de plus en plus fréquemment le métier de manager évoluer vers celui d’éditeur et/ou de producteur. En effet, le mode de rémunération du manager étant limité dans le temps (la durée moyenne d’un contrat de management étant de 3 ans), celui-ci est de plus en plus tenté par une évolution vers le statut d’éditeur et/ou de producteur qui lui permet de constituer un véritable “patrimoine” (droits master et droits publishing), palliant ainsi à l’instabilité de sa rémunération sur la durée. D’où l’intérêt, pour les jeunes managers entrant sur le marché du travail, de se former pour bien comprendre ces métiers et en acquérir les compétences (pour plus de 91% des structures, au management s’ajoutent plusieurs activités connexes, nécessaires au développement des carrières).

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