Un parcours entre hype et structuration
Dans cet épisode de L’Atelier de Cédric, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Pierre-Michel Levallois, président de BAM Music.
Un acteur clé d’un secteur souvent méconnu : la librairie musicale (production music).
Son parcours traverse plusieurs époques de l’industrie :
- La French Touch des années 90
- Le label indépendant
- Les majors (Universal Publishing)
- Et aujourd’hui, l’entrepreneuriat indépendant
De la French Touch à la production music
Avant BAM, Pierre-Michel évolue au cœur de la scène électro française avec le label Solid, aux côtés de figures comme Étienne de Crécy, et travaille sur des projets liés à Air.
Mais au début des années 2000, le contexte change :
- Crise du disque
- Piratage massif
- Chute des investissements
👉 Résultat : nécessité de se réinventer.
C’est là qu’il découvre un secteur alors peu valorisé : la librairie musicale.
“À l’époque, c’était tout sauf hype. Mais justement… il y avait tout à construire.”
La librairie musicale : un métier mal compris
La production music, c’est un modèle simple en apparence :
👉 Proposer des musiques prêtes à l’emploi pour l’image
(pub, TV, cinéma, contenus digitaux)
Mais derrière, il y a une vraie mécanique :
Les 3 options pour utiliser de la musique à l’image :
- Composer sur mesure
- coûteux
- long
- incertain
- Licencier un titre connu
- très cher
- complexe juridiquement
- parfois impossible
- Passer par une librairie musicale
- rapide
- budget maîtrisé
- droits sécurisés
👉 C’est là que BAM intervient.
Le modèle BAM : qualité vs volume
Face aux majors (comme Universal Production Music), BAM fait un choix stratégique :
❌ Pas de logique de volume
✅ Une logique de curation
“Personne n’a besoin d’un million de titres.
50 000 bons titres couvrent 95 % des besoins.”
Le positionnement :
- Catalogue resserré (≈ 100 000 titres)
- Forte exigence sonore
- Direction artistique précise
- Accompagnement humain
👉 Une approche “concept store” plutôt que “supermarché”.
Le vrai rôle de la librairie aujourd’hui
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas de la musique “au mètre”.
C’est :
- un travail éditorial
- une compréhension des usages (montage, narration, rythme)
- une expertise du rapport musique/image
“Notre mission, c’est d’aider un monteur à rendre son contenu meilleur.”
Une musique pensée pour l’image
La librairie ne suit pas la pop.
Elle crée ses propres codes :
- musiques de tension
- habillages TV
- formats sport
- underscore narratif
Inspirations possibles :
- cinéma
- séries
- tendances sonores globales
👉 Mais toujours adaptées à un usage précis.
L’IA : menace ou opportunité ?
Sujet incontournable.
Pierre-Michel est lucide :
👉 Oui, l’IA va transformer le métier
👉 Non, elle ne va pas le remplacer
Pourquoi ?
- les besoins sont spécifiques
- les délais sont courts
- la précision est essentielle
“Un monteur ne veut pas un résultat ‘correct’.
Il veut quelque chose de parfaitement adapté.”
👉 L’expertise humaine reste clé.
Les compositeurs : un marché saturé
Message clair pour les artistes :
- beaucoup de demandes
- peu de places
- exigence très élevée
Ce qui fait la différence :
✅ créativité
✅ compréhension de l’image
✅ niveau de production pro
❌ les “fonds de tiroir”
“Les b-sides ne marchent pas.
Il faut des tracks pensés pour l’usage.”
Une logique de partenariat
Le modèle évolue :
👉 Moins “éditeur vs compositeur”
👉 Plus collaboration entre compétences
- l’éditeur apporte vision + réseau
- le compositeur apporte création + production
👉 Objectif : construire un catalogue durable
BAM aujourd’hui
- ~20 personnes
- bureaux à Paris, Londres, Montréal
- présence internationale
- croissance forte
👉 Un acteur indépendant qui rivalise avec les majors.
Et demain ? Un retour au label ?
Pierre-Michel ne ferme pas la porte :
“Je pense qu’il y a de nouveaux modèles de label à inventer.”
Mais il le rappelle :
👉 Monter un label aujourd’hui =
complexe, chronophage et risqué
Ce qu’il faut retenir
✔ La librairie musicale est un métier créatif
✔ Elle est devenue essentielle dans l’économie de l’image
✔ Le niveau d’exigence a explosé
✔ L’humain reste central malgré la tech
✔ Le modèle indépendant a encore de l’avenir
Conclusion
Cette conversation montre une chose essentielle :
👉 Les métiers “invisibles” de la musique sont souvent les plus stratégiques.
La librairie musicale n’est plus une alternative.
C’est un pilier de l’industrie actuelle.



