Bertrand Burgalat est une figure incontournable de la musique indépendante française. Producteur, musicien et fondateur du label Tricatel, il est également vice-président du SNEP et impliqué au sein de l’IFPI.
Dans cette interview, il livre une analyse lucide — parfois tranchante — de l’industrie musicale actuelle : production, streaming, aides publiques, radio, IA et rôle des producteurs.
Un parcours atypique au service d’une vision artistique forte
Bertrand Burgalat incarne une approche artisanale et indépendante de la musique.
Une philosophie claire :
- ne pas suivre les tendances
- privilégier l’exigence artistique
- assumer des projets parfois “non commerciaux”
👉 Son label Tricatel défend des artistes singuliers, souvent hors des formats dominants.
“Il n’y a rien de plus banal que de vouloir être original.”
Le rôle du producteur : bien plus que financer
Contrairement à certaines idées reçues, le producteur ne se limite pas à un apport financier.
Les 3 dimensions du producteur :
1. Direction artistique
- choix des arrangements
- accompagnement créatif
- vision globale du projet
2. Investissement
- financement de l’enregistrement
- prise de risque économique
3. Accompagnement humain
- psychologie
- structuration du projet
👉 Bertrand Burgalat insiste :
le producteur est un “metteur en scène musical”, proche de la définition anglo-saxonne du terme.
L’économie des labels indépendants : fragilité et résilience
Les labels comme Tricatel évoluent dans un équilibre fragile.
Les défis :
- manque de moyens marketing
- concurrence des majors
- rentabilité incertaine
Les risques majeurs :
👉 après un succès, surinvestir… puis s’effondrer
“Beaucoup de labels se cassent la figure après un succès.”
Les aides publiques : indispensables mais à encadrer
Bertrand Burgalat évoque plusieurs dispositifs clés :
- crédit d’impôt phonographique
- aides de la SCPP
- aides de la SPPF
- soutien du CNM
Son point de vue :
- utiles pour la diversité
- mais doivent rester objectives et transparentes
👉 Il met en garde contre :
- le “copinage”
- les décisions subjectives
- le saupoudrage inefficace
Surproduction musicale : un défi majeur
Avec plus de 100 000 titres publiés chaque jour, l’industrie fait face à une saturation.
Conséquences :
- visibilité réduite
- frustration des artistes
- difficulté à émerger
👉 Bertrand Burgalat parle d’un concept clé :
“le mur de l’indifférence”
Streaming : opportunité… et limites
Le streaming a profondément transformé l’industrie.
Les avantages :
- accessibilité mondiale
- démocratisation de la diffusion
- découverte facilitée
Les problèmes :
- manque de transparence des algorithmes
- manipulation des streams
- rémunération inégale
👉 Il appelle à :
- un modèle plus équitable
- une meilleure régulation
- une lutte contre la fraude
User-centric : une fausse bonne idée ?
Le modèle “user-centric” (répartition des revenus basée sur l’écoute individuelle) est séduisant… mais imparfait.
👉 Risque :
- nouvelles formes de manipulation
- détournement par playlists
Intelligence artificielle : menace ou évolution ?
Bertrand Burgalat adopte une position nuancée :
Oui à l’IA :
- comme outil créatif
Non :
- à la standardisation
- à la musique “générique”
👉 Sa conviction :
l’IA ne remplacera jamais l’émotion humaine
Radio et exposition : un système en crise
L’un des constats les plus forts de l’interview :
👉 Il y a un problème majeur d’exposition musicale.
Aujourd’hui :
- playlists formatées
- manque de diversité
- disparition des médias musicaux
Résultat :
- moins de découverte
- uniformisation musicale
Les nouveaux intermédiaires : un danger ?
Bertrand Burgalat critique certains nouveaux acteurs :
- pseudo-managers
- plateformes “services artistes”
- intermédiaires sans prise de risque
👉 Son reproche :
- ils prennent une part des revenus
- sans investir ni créer de valeur
Major vs indépendant : un faux débat
Contrairement aux idées reçues :
👉 Bertrand Burgalat refuse l’opposition binaire
Selon lui :
- chaque modèle a ses avantages
- l’important est la diversité
Le SNEP et l’IFPI : défendre les producteurs
Au sein du SNEP et de l’IFPI, Bertrand Burgalat agit pour :
- défendre les producteurs
- réguler le marché
- lutter contre la fraude
Le live : une réalité économique contrastée
Contrairement à certaines idées :
👉 tous les artistes ne vivent pas du live
- cachets faibles pour les projets de niche
- économie très inégalitaire
Conseils pratiques pour les artistes
Deux conseils marquants de l’interview :
🎯 1. Méfiez-vous du “à charge de revanche”
👉 souvent une promesse vide
📦 2. N’envoyez pas vos disques sous blister
👉 friction inutile pour les journalistes
Conclusion : une vision lucide de l’industrie musicale
Bertrand Burgalat défend une approche :
- artisanale
- indépendante
- exigeante
Face à une industrie en mutation, il rappelle une chose essentielle :
👉 la vraie valeur reste la création artistique
À retenir
- Le producteur est un acteur clé, créatif et financier
- Le streaming est une opportunité, mais imparfaite
- L’exposition est aujourd’hui le principal enjeu
- L’IA et la surproduction accentuent la concurrence
- L’indépendance exige rigueur et vision



