Groover : comment promouvoir sa musique et obtenir des retours de médias sans gros budget

par | Avr 16, 2026

Pour un artiste indépendant, produire de la musique n’a jamais été aussi accessible. Enregistrer, mixer, distribuer sur Spotify, Apple Music ou Deezer — les outils existent, les prix ont baissé, les plateformes de distribution sont à portée de quelques clics. Mais la question qui revient sans cesse, celle qui bloque réellement le développement des projets musicaux, est toujours la même : comment faire pour que les bonnes personnes écoutent ce qu’on a créé ?

La réponse instinctive — envoyer des emails en masse à des journalistes, des radios, des labels — se heurte à une réalité brutale. Un petit blog musical indépendant, fort de quelques milliers d’abonnés, peut recevoir plus de 100 sollicitations d’artistes par jour. La plupart des messages restent sans réponse — non pas parce que la musique est mauvaise, mais parce que le volume de sollicitations dépasse largement la capacité d’écoute disponible. C’est ce que Dorian Perron, cofondateur de Groover, appelle « le mur de la première écoute ».

Groover est une plateforme de promotion musicale par micro-paiement. Son principe : permettre aux artistes de contacter directement des médias, radios, labels et professionnels de la musique, en garantissant que leur morceau sera effectivement écouté et commenté. Ni magie, ni solution miracle — mais un outil pensé pour les artistes en développement qui veulent obtenir des retours concrets sans nécessairement avoir le budget d’un attaché de presse.


Entretien avec Dorian Perron, cofondateur de Groover (groover.co), réalisé dans le cadre de l’Atelier de Cédric. Dorian Perron a fondé Groover en 2017 avec ses associés après avoir géré un webzine musical recevant plus de 100 sollicitations d’artistes par jour et constaté un déséquilibre massif entre l’offre et la demande de visibilité dans la musique indépendante.


Le mur de la première écoute : pourquoi les artistes n’obtiennent pas de réponse

L’expérience fondatrice de Dorian Perron est révélatrice. Avant de lancer Groover, il gérait un webzine musical indépendant — une petite structure avec 3 000 abonnés Facebook. Et pourtant, il recevait plus de 100 emails par jour d’artistes souhaitant que leurs morceaux soient présentés sur le site. Impossible à traiter. Les artistes interprétaient l’absence de réponse comme un jugement sur leur musique. Ce n’était pas le cas.

« Vous allez envoyer aujourd’hui 100 mails. Ce n’est pas que les gens ne vont pas aimer votre musique. Ce n’est pas pour ça qu’ils ne vous répondent pas, c’est parce qu’ils n’auront même pas cliqué sur le lien. Ils reçoivent tellement de mails chaque jour qu’ils ont juste laissé tomber leur boîte mail pour beaucoup. »

C’est ce constat qui a donné naissance à Groover : non pas remplacer les médias ou dicter leurs choix éditoriaux, mais garantir que le morceau sera au moins écouté. La différence est considérable. Entre un mail qui reste non ouvert et un retour écrit d’un professionnel, l’artiste avance — même si la réponse est négative.

Comment fonctionne Groover : micro-paiement et garantie de feedback

Le principe est simple. L’artiste crée un compte, renseigne son morceau via un lien YouTube ou SoundCloud, rédige un pitch court, et accède à une liste de plus de 600 médias, radios, blogs, labels, managers et superviseurs musicaux inscrits sur la plateforme. Il choisit les contacts qu’il veut approcher — et seulement ceux-là. Le coût est d’environ 2 euros par contact ; pour une dizaine de contacts, le budget tourne autour de 20 euros.

Ce que Groover garantit : dans les sept jours suivant l’envoi, chaque professionnel contacté écoutera le morceau et laissera au moins un retour écrit. Pas nécessairement un partage ou un article, mais un avis réel sur le projet. Si un contact ne répond pas dans les délais, l’artiste récupère des crédits réutilisables pour de nouvelles campagnes.

Un modèle qui préserve l’indépendance éditoriale des médias

Groover ne force pas les médias à parler d’un artiste. Les professionnels inscrits perçoivent une rémunération (environ 1 euro par retour réalisé, le second euro revenant à Groover en commission) quelle que soit leur décision de partager ou non le morceau. Ce n’est pas du payola. C’est une façon de valoriser le temps passé à écouter de la musique — ce que les médias font de toute façon, mais sans jamais être rémunérés pour ça.

« La vraie différence de Groover, c’est de casser ce mur de la première écoute. On garantit que le morceau va être écouté. On ne peut absolument pas troubler la ligne éditoriale des médias — et on ne le cherche pas. »

Pour s’assurer de la qualité des retours, Groover impose une charte : les feedbacks doivent être précis, honnêtes et constructifs — pas des copier-coller. Un taux de réponse global de 85 % et un taux d’acceptation supérieur à 20 % (c’est-à-dire de morceaux que les médias décident de mettre en avant) témoignent de l’efficacité du système. Pour les projets de très bonne qualité, ce taux peut atteindre 80 %.

Trois cas d’usage : visibilité, partenariat, coaching

Groover n’est pas uniquement un outil de promo au sens traditionnel du terme. La plateforme distingue trois types d’usages très différents, ce qui en fait un outil plus polyvalent qu’il n’y paraît.

Le premier usage, et le plus courant, est la visibilité : l’artiste a un morceau fini ou sur le point de sortir et veut qu’il soit entendu par des radios, des blogs, des playlists Spotify, des chaînes YouTube musicales. C’est la dimension promotion pure.

Le deuxième usage est le partenariat : l’artiste cherche non pas de la visibilité médiatique mais un partenaire professionnel — un label, un éditeur, un manager, un tourneur. Pour cet usage, Dorian Perron conseille de contacter la plateforme en amont de la sortie officielle, avec des maquettes ou des démos, pour ouvrir des discussions au bon moment.

Le troisième usage, plus récent, est le coaching : des mentors expérimentés (managers, studios, directeurs artistiques) donnent des conseils détaillés sur le projet avant même qu’il soit finalisé. C’est utile pour des artistes qui veulent un regard de professionnel sur leur production avant d’investir dans une campagne de promo.

Timing et bonnes pratiques pour optimiser ses campagnes

Ne pas contacter trop tôt. Les playlisters Spotify, notamment, ne peuvent rien faire d’un morceau qui n’est pas encore disponible sur les plateformes. Si un artiste les contacte avant la sortie officielle, la campagne tombe dans le vide. Les blogs et magazines, eux, préfèrent souvent recevoir le morceau en avant-première — le timing diffère donc selon les interlocuteurs.

Bien choisir ses contacts. Chaque profil de professionnel est consultable en détail : genres musicaux acceptés ou refusés, types de contenu souhaités (remix, reprises, live, freestyles…), liens vers les réseaux sociaux. Prendre le temps de lire ces profils évite de dépenser du budget sur des contacts inadaptés au style du projet.

Soigner son profil artiste. Les profils Groover sont indexés sur Google. Des labels et managers consultent directement ces profils pour découvrir des artistes. Un profil incomplet donne une mauvaise image — et peut faire rater une opportunité sans même le savoir.

Combiner Groover et cold mailing. Les deux approches ne s’excluent pas. Il est même possible de contacter les mêmes médias via une newsletter et via Groover. L’effet de répétition peut jouer en faveur de l’artiste : entendre parler d’un projet par deux canaux différents incite à s’y intéresser davantage.

Groover dans un écosystème de promotion plus large

Dorian Perron est le premier à insister sur ce point : Groover ne suffit pas. C’est un outil qui s’intègre dans une stratégie de promotion plus large, et il serait dangereux de l’envisager comme une solution complète.

Pour un artiste qui sort ses premiers singles avec un budget limité, Groover est un point d’entrée pertinent : il permet de valider un potentiel, de construire une première revue de presse numérique, d’obtenir des retours constructifs de professionnels. Pour un artiste qui sort un EP ou un album avec une vraie ambition, le recours à un ou une attaché de presse reste nécessaire — Groover ne remplace pas leur réseau ni leur capacité à placer un artiste dans de grands médias nationaux.

La visibilité musicale ne se résume pas aux médias. Les réseaux sociaux et Instagram en particulier jouent un rôle crucial. Le budget publicitaire — Facebook Ads, YouTube Ads, Instagram Ads — change la donne en permettant de toucher directement l’audience cible. Sans ces composantes, une campagne Groover risque de générer des retours intéressants mais un impact limité sur la croissance réelle de la fanbase.

La complémentarité entre Groover et les attachés de presse est d’ailleurs bien réelle : certains professionnels de la promo utilisent la plateforme eux-mêmes pour travailler les médias intermédiaires et gagner du temps, tout en concentrant leur énergie sur les grandes cibles nationales. Certains le proposent même ouvertement à leurs artistes comme une ligne budgétaire supplémentaire dans leur plan de campagne.

Quant aux services concurrents — il en existe — Dorian Perron recommande la prudence. Les offres de placement garanti en playlist contre paiement fixe sans transparence sur les contacts sont souvent des arnaques. Pire : être placé sur des playlists artificielles avec de faux abonnés peut conduire l’algorithme Spotify à pénaliser l’artiste et l’exclure définitivement des playlists éditoriales et algorithmiques.

Ce qu’il faut retenir

  • Groover est une plateforme de promotion musicale par micro-paiement (~2 euros par contact) qui garantit une écoute et un retour écrit de la part de médias, radios, labels et professionnels en 7 jours — ou remboursement en crédits.
  • Le principe fondamental : casser le mur de la première écoute. Les médias ne répondent pas aux emails des artistes parce qu’ils en reçoivent des centaines par jour, pas parce que la musique est mauvaise. Groover change cette réalité.
  • Trois usages distincts : visibilité (médias, radios, playlists), partenariat (labels, managers, éditeurs, tourneurs) et coaching (retours détaillés de mentors). Le timing d’utilisation diffère selon l’objectif.
  • Les bonnes pratiques : choisir ses contacts en lisant les profils, soigner son profil artiste (indexé sur Google), ne pas contacter avant que le morceau soit disponible sur les plateformes, combiner Groover avec une campagne de cold mailing.
  • Groover ne remplace pas un attaché de presse — il prépare le terrain. Pour un premier single ou EP sans gros budget, c’est un outil pertinent. Pour une sortie d’album avec ambition, le travail avec un professionnel de la promo reste indispensable.
  • La visibilité musicale est un écosystème : Groover + réseaux sociaux + budget publicitaire + attaché de presse (au bon moment) = une stratégie cohérente pour un artiste en développement.

Dorian Perron est cofondateur de Groover (groover.co), plateforme de promotion musicale fondée en 2017. Groover compte plus de 600 médias, radios, labels et professionnels disponibles et a permis plus de 300 000 envois de morceaux depuis sa création. Pour contacter l’équipe : support@groover.co

Tu veux aller plus loin ? Tu peux te former pour structurer ton projet musical avec l’accompagnement TEMPO.

Articles récents