Mathieu Dassieu
Photo © Pierre Planchenault / Ville de Bordeaux
Présentation
Mathieu Dassieu est le directeur de Baco Music, label indépendant installé à Bordeaux, et membre du groupe de reggae Danakil. Avec d’autres membres du groupe, il a transformé une aventure de musiciens en une structure complète : production, édition, distribution, tournées et studio.
Danakil, une histoire de groupe
Danakil naît en 2000 au lycée Louis-de-Broglie de Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Le groupe se construit sur la route, concert après concert, et compte aujourd’hui plus de vingt-cinq ans de reggae.
Baco Music, reprendre le contrôle
En 2011, des membres de Danakil, dont Mathieu Dassieu, créent leur propre label dans les Yvelines, Baco Records, devenu Baco Music : « On avait envie d’être plus indépendants. » Faute de labels prêts à les suivre et d’acteurs spécialisés dans le reggae, le groupe choisit de maîtriser lui-même toute la chaîne. Le label devient aussi tourneur, éditeur, distributeur et studio, et signe des artistes comme Groundation, Queen Omega ou Johnny Osbourne. En 2018, la structure s’installe à Bordeaux, dans des bureaux équipés d’un studio d’enregistrement, en centre-ville.
Une voix pour les labels indépendants
Mathieu Dassieu s’engage aussi pour l’ensemble des indépendants. Il a présidé la FÉLIN, la Fédération nationale des labels et distributeurs indépendants : pendant la crise sanitaire, il y défendait les labels face au recul du marché physique et plaidait pour le « user centric », un mode de rémunération du streaming fondé sur les écoutes de chaque abonné. En 2023, il devient membre titulaire du Conseil professionnel du Centre national de la musique (CNM), au titre de la production phonographique.
Notre rencontre en ligne
C’est en direct, sur ses réseaux, que L’Atelier de Cédric a reçu Mathieu Dassieu, alors directeur de Baco Music, pour raconter comment un groupe de reggae a bâti son propre label, et ce qu’implique vraiment le fait de devenir son propre producteur.
Artiste entrepreneur, une obligation ?
Le terme est à la mode, mais Mathieu Dassieu met en garde : devenir artiste entrepreneur n’a rien d’une obligation. Monter sa structure, c’est une charge de travail énorme, une complexité administrative, une pression financière et le risque de se disperser artistiquement. La démarche devient pertinente quand l’artiste est déjà développé, autonome financièrement, porté par une vision claire et entouré d’une équipe solide : mieux vaut être bien entouré que vouloir tout faire seul.
Récupérer ses masters et ses éditions
Produire soi-même, c’est reprendre le contrôle : être propriétaire de ses enregistrements et de ses éditions, et décider de leur exploitation. C’est aussi porter le risque économique qui va avec, ce que beaucoup d’artistes sous-estiment.
Distributeur ou agrégateur
Une confusion fréquente chez les artistes : l’agrégateur met la musique en ligne, avec peu ou pas d’accompagnement ; le distributeur construit une stratégie, défend les sorties auprès des plateformes et accompagne le développement. La différence est majeure pour la visibilité. Le streaming, indispensable, reste imparfait : rémunération faible, dépendance aux plateformes, rapport de force déséquilibré. Mathieu Dassieu plaide pour une réforme de la rémunération, dans un contexte que bouscule aussi l’intelligence artificielle.
Le physique n’est pas mort
Le vinyle repart, et le disque reste un levier économique important pour les indépendants : selon lui, il peut représenter de 20 à 60 % des revenus selon les projets, même avec des ventes modestes, de 500 à 2 000 exemplaires.
Payer les musiciens, une règle non négociable
Produire un artiste, ce n’est pas seulement sortir un album : c’est payer les artistes et les techniciens et respecter les contrats. Sa règle est sans appel : « Si tu ne peux pas payer les musiciens, c’est que tu ne peux pas produire l’album, c’est non négociable. » C’est aussi la condition pour obtenir les aides publiques, qui réduisent le risque sans le supprimer et deviennent plus difficiles à décrocher.
La force du collectif et de la scène
Le développement de Baco Music repose sur le succès de Danakil en concert : les tournées ont financé les albums, le label et le développement d’autres artistes. Il repose aussi sur le groupe lui-même, avec plusieurs membres impliqués dès le départ, une entraide constante et une vision commune. Mathieu Dassieu a enfin défendu le rôle des organisations professionnelles — la FÉLIN, le CNM, le SMA — pour peser face aux majors, et évoqué l’avenir des politiques culturelles.
Et ensuite
Quinze ans après sa création, Baco Music se présente comme une structure « 360 » — production, édition, distribution et développement d’artistes — qui emploie plus de trente salariés, dont une quinzaine à Bordeaux, pour un chiffre d’affaires annuel de 8 millions d’euros selon la Ville de Bordeaux. Le label travaille avec des artistes comme Sinsemilia, Peet, Trois Cafés Gourmands ou Natasha St-Pier, et Mathieu Dassieu en reste le directeur.
Ce que son parcours inspire
D’un groupe de lycéens à un label de plus de trente salariés : le parcours de Mathieu Dassieu montre aux artistes qu’un modèle indépendant peut se bâtir, à condition de prendre son temps, de s’entourer et de respecter ceux avec qui l’on travaille.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Baco Music ?
Un label indépendant créé en 2011 par des membres du groupe de reggae Danakil, installé à Bordeaux depuis 2018. Il réunit production, édition, distribution, tournées et studio. Mathieu Dassieu en est le directeur.
Faut-il devenir artiste entrepreneur ?
Pas forcément. Pour Mathieu Dassieu, ce n’est en rien une obligation : la démarche a du sens pour un artiste déjà développé, autonome financièrement et bien entouré.
Quelle différence entre un distributeur et un agrégateur ?
L’agrégateur met la musique en ligne, avec peu ou pas d’accompagnement ; le distributeur construit une stratégie, défend les sorties auprès des plateformes et accompagne le développement de l’artiste.
Quel est son engagement dans la filière ?
Il a présidé la FÉLIN, la Fédération nationale des labels et distributeurs indépendants, et siège depuis 2023 au Conseil professionnel du Centre national de la musique, au titre de la production phonographique.
Pour aller plus loin
- Baco Music, un label bordelais 100 % indépendant (Ville de Bordeaux)
- Danakil sur Wikipédia
- Le Conseil professionnel du CNM
- Label et production musicale : notre guide
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L’Atelier de Cédric a aussi reçu ces professionnels des labels et des maisons de disques :
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