Combien rapporte une synchro ? Fee, droits et négociation expliqués par Nicolas Farcy

par | Sep 25, 2026

C’est la question que tous les compositeurs, artistes et éditeurs finissent par poser : combien rapporte une synchro ? Placer un titre dans une publicité, un film ou une série peut changer une carrière, ou rapporter quelques centaines d’euros. Entre les deux, il n’existe aucune grille officielle.

Pour comprendre comment se fixe le prix, L’Atelier de Cédric a reçu en rencontre en ligne Nicolas Farcy, plus de vingt ans d’expérience dans la musique à l’image. Passé par la Sacem, EMI, Universal Music Publishing et Kapagama, il dirigeait alors les activités européennes de Big Sync Music, une agence de supervision musicale du groupe Songtradr qui travaille avec les grandes marques. Sa première réponse est honnête : « il n’y a pas de chiffre à donner ». Mais il y a une mécanique, et des ordres de grandeur.

La rencontre en intégralité avec Nicolas Farcy, superviseur musical.

Deux sources de revenus

Une synchro rapporte de deux façons :

  • Le droit de synchronisation, souvent appelé fee : un montant fixe, négocié de gré à gré, que paie l’annonceur ou le producteur du film pour avoir le droit d’associer la musique à ses images.
  • Les droits d’exécution publique : chaque fois que la publicité ou le film est diffusé, les auteurs et compositeurs touchent des droits par leur société de gestion (la Sacem en France, PRS au Royaume-Uni, ASCAP ou BMI aux États-Unis). Pour les percevoir, il faut que la diffusion soit bien déclarée.

« N’oubliez pas qu’en plus du fee, si vous êtes auteur-compositeur, vous avez les droits d’auteur, et c’est non négligeable. » Leur montant dépend beaucoup du média : la télévision rémunère bien mieux que le web, même si les accords entre la Sacem et les plateformes progressent.

Comment se partage le fee

Pour un titre existant, il faut deux autorisations : celle des auteurs-compositeurs et de leur éditeur (le publishing) et celle du producteur de l’enregistrement (le master). En général, le fee se partage 50 % pour le publishing, 50 % pour le master. Pour un fee de 100 000 €, c’est 50 000 € de chaque côté, ensuite répartis entre les ayants droit selon leurs parts.

Attention à la clause dite de la « nation la plus favorisée » (MFN), très répandue : si l’éditeur accepte 100 000 € mais que le producteur en demande 150 000 €, les deux parties sont alignées sur 150 000 €.

Une licence, c’est une location

Nicolas Farcy utilise une image simple : une licence de synchro fonctionne comme une location de voiture. On loue la musique pour une durée, pour des médias et pour des territoires précis. Une publicité web en France pour trois mois ne coûte pas le même prix qu’une campagne télé mondiale sur deux ans.

C’est là qu’apparaît une différence entre deux systèmes juridiques. Dans les pays de copyright, les marques ont l’habitude d’acheter des licences à perpétuité. En droit d’auteur français, une licence doit être limitée dans le temps. Et beaucoup de clients ont en tête qu’une musique s’achète « comme une baguette de pain » : ce n’est pas le cas, on n’en devient pas propriétaire.

Deux points à retenir côté créateurs :

  • Même quand on est à la Sacem, une synchro demande toujours une autorisation. Associer une œuvre à une image ou à une marque n’est pas un usage normal de l’œuvre : le droit de synchronisation se négocie au cas par cas.
  • Le droit moral permet à un auteur de refuser, sans avoir à se justifier. Il pèse beaucoup plus lourd en droit d’auteur que dans le système du copyright.

Les ordres de grandeur

Il n’y a pas de tarif, parce que tout dépend du morceau, de l’artiste, de la campagne et des paramètres de la licence. Nicolas Farcy donne toutefois quelques repères tirés de son expérience :

  • Une petite publicité web pour un artiste émergent : il a souvent vu des fees de 3 000 à 5 000 €, avec peu de droits d’auteur derrière.
  • Une campagne télé chez un annonceur généreux : certaines marques ont payé des montants à six chiffres pour des artistes émergents, plus les droits d’auteur liés à la diffusion.
  • Les stars : il n’y a plus de fourchette. On peut atteindre six ou sept chiffres.

Le prix d’un morceau fonctionne comme une « cote », à la manière de l’art contemporain. Un artiste inconnu qui explose sur TikTok en trois semaines voit sa valeur grimper d’un coup. Un artiste devenu une référence de la publicité, comme Woodkid, n’a plus le même tarif qu’à ses débuts. Et la négociation garde une part de bluff : « on commence par tâter le terrain », personne n’annonce d’emblée son budget.

Reprise et réenregistrement : payer moins, garder l’exclusivité

Les marques utilisent de plus en plus une technique : réenregistrer un titre connu avec un nouvel arrangement. Elles profitent de la notoriété de la chanson tout en ayant une version exclusive. Et comme elles produisent leur propre enregistrement, elles n’ont plus à payer le master, seulement le publishing.

Deux limites :

  • pour certains titres emblématiques, le producteur de l’enregistrement original réclame malgré tout une part ;
  • la synchro d’une reprise demande toujours l’autorisation des auteurs, et la reprise doit respecter strictement les paroles et la musique.

Musique existante, sur mesure ou de librairie

Une agence de supervision propose trois solutions à une marque :

  • Un titre existant, qu’elle trouve dans les catalogues et dont elle négocie les droits (la « clearance ») ;
  • une musique originale, composée sur mesure, souvent cédée en exclusivité : une marque de parfum haut de gamme ne veut pas retrouver sa musique sur la publicité d’un camembert ;
  • la musique de librairie, des catalogues conçus pour l’image, moins chère.

Elle se rémunère en général par un pourcentage du budget de la licence. Big Sync Music a choisi de travailler directement avec les annonceurs plutôt qu’en bout de chaîne, derrière l’agence de publicité et la société de production. Elle revendique aussi son indépendance : ne représentant aucun catalogue, elle propose la musique qui convient le mieux, pas la sienne.

Nicolas Farcy insiste enfin sur « l’amplification » : la musique d’une campagne sort de plus en plus sur les plateformes de streaming. Un remix commandé pour une publicité peut vivre sa propre vie, avec des partenariats noués avec les maisons de disques.

Beatmakers : attention aux instrus vendues quinze fois

Il met en garde les beatmakers qui vendent la même instru à de nombreux acheteurs sans être inscrits à la Sacem. Chaque acheteur dépose alors le titre à son nom, et les droits deviennent impossibles à démêler le jour où un morceau marche ou décroche une synchro. Son conseil aux artistes qui achètent une instru : demander l’exclusivité, même si elle coûte plus cher.

Comment se faire repérer par un superviseur

  • Sortir sa musique sur les plateformes. Les superviseurs y cherchent beaucoup, en plus des titres que leur envoient les éditeurs et les producteurs.
  • Comprendre les marques. Chaque marque a sa couleur musicale, et chaque campagne son objectif. Toute musique est possible, mais elle doit servir l’image.
  • Avoir des droits propres. Il faut pouvoir garantir qui a écrit, composé et produit, à 100 %. S’il y a dix-sept ayants droit, il faut dix-sept autorisations, et un seul manquant peut bloquer toute une campagne.

Questions fréquentes

Combien rapporte une synchro ?

Il n’existe pas de tarif : tout dépend du titre, de la notoriété de l’artiste, de la campagne et de la licence (durée, médias, territoires). Nicolas Farcy cite des fees de 3 000 à 5 000 € pour une petite publicité web avec un artiste émergent, des montants à six chiffres pour certaines campagnes télé, et six ou sept chiffres pour les stars. S’y ajoutent les droits d’exécution publique pour les auteurs-compositeurs.

Qu’est-ce que le fee d’une synchro ?

C’est le montant fixe payé pour avoir le droit d’associer une musique à une image. Il est négocié de gré à gré et se partage en général à 50 % pour les auteurs-compositeurs et leur éditeur, et à 50 % pour le producteur de l’enregistrement.

Faut-il une autorisation pour une synchro si l’on est à la Sacem ?

Oui. L’adhésion à la Sacem couvre la gestion collective des droits de diffusion et de reproduction, mais pas l’association d’une œuvre à une image ou à une marque. Le droit de synchronisation se négocie toujours au cas par cas avec les ayants droit.

Peut-on céder une musique à perpétuité ?

En droit d’auteur français, une licence doit être limitée dans le temps : on ne peut pas céder une utilisation à perpétuité comme cela se pratique dans les pays de copyright. La licence précise toujours une durée, des médias et des territoires.

Comment placer sa musique en synchro ?

Rendre sa musique accessible sur les plateformes et auprès des éditeurs et superviseurs, comprendre l’univers sonore des marques visées, et surtout avoir des droits clairs : savoir qui détient quoi, à 100 %, pour pouvoir donner une autorisation rapidement.

Ce qu’il faut retenir

  • Deux revenus : le fee de synchronisation, négocié, et les droits d’exécution publique à chaque diffusion.
  • Le fee se partage en général 50/50 entre publishing et master. Attention à la clause MFN.
  • Une licence est une location : durée, médias, territoires. Pas de perpétuité en droit d’auteur français.
  • Des milliers d’euros à sept chiffres : le prix dépend de la « cote » de l’artiste et de la campagne.
  • Le réenregistrement permet aux marques de ne payer que le publishing et d’obtenir l’exclusivité.
  • Des droits propres et documentés sont la condition pour être choisi.

Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Nicolas Farcy, superviseur musical. Voir aussi sa fiche de présentation, notre dossier synchro et musique à l’image, l’article supervision musicale : définition et opportunités et musique, publicité et synchro.

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