Contrat d’artiste, contrat de licence ou contrat de distribution : le type de contrat décide de qui paie, qui travaille et qui touche quoi. Jean-Pierre Dréau connaît la question des deux côtés : ingénieur du son freelance pendant dix ans, il est ensuite devenu directeur artistique chez RCA, label de Sony Music France, où il signe de nouveaux talents.
L’Atelier de Cédric a reçu en direct, en rencontre en ligne, Jean-Pierre Dréau, directeur artistique chez RCA (Sony Music) au moment de la rencontre. Il explique ce que change chaque type de contrat, comment choisir entre major et indépendant, et pourquoi il conseille un avocat spécialisé avant de signer.
La rencontre en intégralité avec Jean-Pierre Dréau, directeur artistique.
Trois contrats, trois façons de partager le travail
Pour un disque, il existe en gros trois types de contrats : le contrat d’artiste, le contrat de licence et le contrat de distribution. Ils portent sur le master, l’enregistrement, et non sur les chansons, qui relèvent de l’édition. Guillaume Heintzmann, cofondateur d’Alter-K, reçu par L’Atelier lors d’une autre rencontre, en donne les définitions.
Le contrat d’artiste. Le producteur, ici la maison de disques, finance tout l’enregistrement : studio, musiciens, mixage, mastering. Selon Jean-Pierre Dréau, elle prend aussi en charge le marketing, la promotion, la distribution et la fabrication. L’artiste est rémunéré en royalties, à un taux plus faible, puisqu’elle paie tout.
Le contrat de licence. L’artiste, ou son producteur, a déjà financé et réalisé l’enregistrement. Il accorde une licence à un label, qui se charge de l’exploiter : promotion, fabrication, distribution, parfois clips et attaché de presse. Le taux est plus élevé, mais il faut une structure de production, en pratique une société.
Le contrat de distribution. Le distributeur rend le disque disponible sur les plateformes et travaille sa place dans les playlists. Il ne s’occupe ni de la promotion ni de la fabrication : le producteur garde tout le reste, et la part du distributeur est donc bien plus faible.
Les pourcentages, et ce qu’ils ne disent pas
Chaque contrat est unique : ces taux sont des ordres de grandeur. Selon Guillaume Heintzmann, lors de cette autre rencontre, en contrat d’artiste, la part de l’artiste tourne autour de 8 à 12 % du prix de gros sur le disque physique, avec des taux plus élevés en numérique. En licence, elle serait plutôt de 20 à 25 % sur le physique, et monte nettement plus haut en numérique. En distribution, il évoque un partage d’environ 70 % pour le producteur et 30 % pour le distributeur, très variable selon la taille du projet.
Jean-Pierre Dréau le confirme : en licence, on endosse le rôle de producteur, et si le taux change, c’est parce que la rétribution correspond à ce que fait le producteur. Un meilleur taux va donc avec plus de travail à sa charge.
Le retour du contrat d’artiste chez les indépendants
Après beaucoup de contrats de licence, voire de distribution, Jean-Pierre Dréau voit des producteurs indépendants, et même des artistes, refaire le calcul : le travail, l’investissement, la solidité financière sur le long terme. Il cite deux projets sur lesquels son label s’est positionné en contrat d’artiste, alors qu’un ou deux ans plus tôt la discussion serait partie sur une licence ou une distribution. Guillaume Heintzmann ne dit pas autre chose : pour un artiste isolé qui a besoin d’être produit, le contrat d’artiste « n’est pas un gros mot ». Voir aussi notre article producteur ou label : quelle différence.
Major ou indépendant : tout part de l’objectif
Signer en major ou en indépendant ? Sa réponse commence par la première question qu’il pose à un artiste ou à un producteur : où voyez-vous ce projet dans six mois, dans un an, dans trois ans ?
Un producteur qui veut rester indépendant mais vise, dans un an, les radios nationales, des clips à 50 000 euros et des plateaux télé doit savoir que tout cela coûte de l’argent. Un projet qui demande beaucoup de budget de production, sans éditeur, sera plus limité chez un indépendant. Pas de montage idéal, donc : tout dépend de l’objectif et des moyens pour l’atteindre.
En musique urbaine, un projet qui parle à un public très jeune, via des réseaux spécialisés, peut garder un budget indépendant. Mais s’il explose et qu’il faut financer l’image, aller sur des radios nationales comme Skyrock ou investir en marketing, le producteur indépendant manque vite de trésorerie, de compétences et de partenaires. D’où le label services : sur une distribution, le label peut prendre le marketing et laisser la promotion au producteur, ou l’inverse. Voir notre guide distribuer sa musique avec son label indépendant.
Avance, master, territoire : ce qu’il faut vérifier
L’avance n’est pas un chèque en blanc. Le « chèque à la signature » dépend du type de contrat. La plupart du temps, c’est une avance : sur les budgets pour un producteur, sur les royalties pour un artiste.
Ce qui a été dépensé avant n’est pas remboursé. La maison de disques ne rembourse pas ce qu’un artiste a dépensé pour des titres déjà exploités. Elle peut, plus rarement, faire un rachat de master pour réexploiter elle-même l’enregistrement.
Le territoire. En contrat d’artiste, la maison de disques a, selon lui, l’exclusivité sur le monde dans 99 % des cas, et fournit les masters aux autres pays. En licence, tout dépend du producteur : une licence peut ne couvrir que l’Europe, avec un autre label aux États-Unis, ou le monde sauf un pays historique du projet.
Un avocat spécialisé en musique. C’est la première chose qu’il demande : l’artiste ou le producteur a-t-il un avocat, et surtout un avocat spécialisé dans la musique ? C’est, dit-il, le conseil qu’il donne toujours.
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Vous êtes artiste, sans moyens de production. Le contrat d’artiste peut être très adapté : la maison de disques finance l’enregistrement et son exploitation, en échange d’un taux plus bas.
Vous avez produit votre disque. Pour Guillaume Heintzmann, c’est le cas de la licence, quand on a seulement besoin de quelqu’un pour travailler le disque auprès des médias, à condition d’avoir une structure.
Vous montez un label indépendant. Vivre du seul disque est très compliqué, estime Jean-Pierre Dréau : les labels indépendants qui s’en sortent proposent l’édition, le live et le disque, un vrai 360.
Dans tous les cas, arrivez avec une vision. Jean-Pierre Dréau trouve que les premiers rendez-vous plafonnent souvent vite sur ce que l’artiste veut faire. Il attend qu’il arrive avec une réflexion sur son image, sur ce qu’il raconte et sur sa présence sur les réseaux sociaux.
Ce qu’il faut retenir
- Contrat d’artiste, licence et distribution ne partagent pas le travail de la même façon.
- Un meilleur taux veut dire plus de travail : en licence, on devient producteur.
- Le contrat d’artiste revient en grâce chez des producteurs indépendants qui ont refait leurs calculs.
- Major ou indépendant, tout part de l’objectif : où voyez-vous le projet dans trois ans ?
- Une avance n’est pas un chèque en blanc, et le territoire du contrat se vérifie.
- Un avocat spécialisé en musique s’impose avant toute signature.
Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Jean-Pierre Dréau, directeur artistique. Voir aussi nos articles labels et maisons de disques : comment signer et notre guide devenir producteur de musique.
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