Laurence Rémila
Photo © Olivier Metzger
Présentation
Laurence Rémila est le directeur de la rédaction de Technikart, magazine de culture pop qui traite de musique, de mode, de cinéma et de société. Il est aussi le cofondateur de Schnock, la revue consacrée à la culture populaire des années 1960 et 1970.
Un lecteur devenu journaliste
Il grandit sans télévision, sans radio ni journaux. Installé en Angleterre à 13 ans, près de Londres, il y découvre la pop culture et les magazines pour adolescents, comme Smash Hits. À l’été 1989, il découvre Les Inrockuptibles ; dix ans plus tard, fraîchement arrivé à Paris, il achète son premier Technikart. Il en devient ensuite journaliste : c’est pour le magazine qu’il interviewe Christophe Ernault, le chanteur Alister, avec qui il fondera Schnock.
Schnock, la revue des « vieux de 27 à 87 ans »
En 2011, il lance avec Christophe Ernault Schnock, un « mook » trimestriel de 176 pages, édité par La Tengo et consacré à la culture populaire des années 1960 et 1970. Certains numéros, comme celui qui met Jean-Pierre Marielle en couverture, dépassent les 20 000 exemplaires vendus.
À la tête de Technikart
Il prend la tête de la rédaction de Technikart, qu’il relance et dirige depuis plus de dix ans, avec une ligne revendiquée : pop, exigeante, caustique… et « new ugly ».
Nos rencontres en ligne
C’est en direct, sur ses réseaux, que L’Atelier de Cédric a reçu Laurence Rémila, alors rédacteur en chef de Technikart, pour expliquer aux artistes comment fonctionne un magazine culturel et comment on peut y faire parler de sa musique. L’Atelier de Cédric l’a reçu une seconde fois, toujours en direct, pour décrypter dix ans de presse pop.
Relancer une marque média mythique
Lors de la première rencontre, il a raconté la reprise du magazine et la « politique de Phoenix » qui l’a guidée, puis décrit l’identité de Technikart : un titre ouvert, contradictoire, « accélérateur d’idées », au ton tantôt louangeur, tantôt « au karcher ». Il a détaillé son modèle économique, qui associe le magazine papier et des créations pour les annonceurs, le rôle du site internet, la fermeture du forum et la tentation des contenus « put-à-clic » et des formats courts. Côté musique, il estime que la presse est plus saine quand les labels y achètent moins de publicité. Il a aussi rappelé le pouvoir de l’écrit, avec l’exemple de So Foot, et celui de PNL, qui a montré qu’un artiste autonome peut exister sans les médias.
Comprendre la presse culturelle
Lors de la seconde, il est revenu sur les dix années qu’il a fallu à Technikart, depuis sa relance, pour retrouver son identité et son rythme de croisière. Le modèle reste hybride — ventes, publicité, brand content et opérations spéciales —, mais l’essentiel est désormais de créer une communauté autour du média. Pour lui, le papier n’est pas mort : la génération Z n’achète plus en kiosque, mais reste attirée par le papier dans certains contextes, le web demande la même exigence éditoriale que le print, et les marques fortes ont mieux survécu que les autres à l’arrivée d’internet. Il a défini le « new ugly », l’esthétique volontairement décalée du magazine — « Mieux vaut être new ugly que beau et insipide » —, et un ton caustique, mais jamais malveillant.
Ce que la presse peut apporter aux artistes
La presse ne lance plus les carrières
Autrefois passage obligé pour lancer une carrière, la presse n’est plus prescriptrice : les artistes émergent sur TikTok, YouTube ou Instagram, et les médias arrivent après. Sa formule résume le changement : « Les artistes n’ont plus besoin de la presse… mais ils peuvent en avoir envie. » Un média culturel leur apporte une image plus profonde, une place dans une narration culturelle et un autre public.
Comment attirer l’attention de Technikart
Ce qui attire la rédaction : une proposition artistique singulière, une histoire à raconter, un univers compatible avec l’esthétique du magazine. Ce qui ne fonctionne pas : copier les tendances, une approche trop marketing ou l’argument « l’artiste est déjà partout ». Technikart préfère être « starter » plutôt qu’accompagner un succès déjà établi, et cherche « ce qu’on peut apporter en plus, et comment s’amuser avec l’artiste ».
La passion, seul critère
Le critère ultime n’est ni l’audience ni la stratégie : si un sujet passionne la rédaction, il mérite d’exister, qu’il touche 30 lecteurs ou 3 millions. Aux artistes, il conseille donc de travailler d’abord leur audience et leur identité, de chercher du sens plutôt que du buzz et de soigner leur cohérence artistique.
Et ensuite
Laurence Rémila dirige toujours Technikart, dont l’ours le présente désormais comme directeur de la rédaction. En 2026, il accorde un entretien pour le 300e numéro du magazine, tandis que Schnock, dont il reste l’un des rédacteurs en chef aux côtés de Christophe Ernault, célèbre ses quinze ans.
Ce que son parcours inspire
Du jeune lecteur de Smash Hits au directeur de la rédaction de Technikart : le parcours de Laurence Rémila rappelle aux artistes que la presse culturelle cherche avant tout des histoires et des univers singuliers, et qu’elle ne remplace pas le travail de fond sur son public et son identité.
Questions fréquentes
Qui est Laurence Rémila ?
Le directeur de la rédaction du magazine Technikart, longtemps présenté comme son rédacteur en chef, et le cofondateur de la revue Schnock.
Qu’est-ce que le « new ugly » ?
La signature esthétique de Technikart : un style volontairement décalé, une créativité visuelle forte et le refus du « beau lisse ». « Mieux vaut être new ugly que beau et insipide. »
Comment se faire chroniquer par Technikart ?
En venant avec une proposition artistique singulière et une histoire à raconter, dans un univers compatible avec celui du magazine. Dire que l’artiste est « déjà partout » n’est pas un argument.
Qu’est-ce que Schnock ?
Une revue trimestrielle consacrée à la culture populaire des années 1960 et 1970, lancée en 2011 par Laurence Rémila et Christophe Ernault et éditée par La Tengo.
Pour aller plus loin
- L’entretien de Laurence Rémila pour le 300e numéro de Technikart
- Technikart sur Wikipédia (en anglais)
- Schnock chez son éditeur, La Tengo
- Notre guide complet de la promotion musicale
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