« Le Chemin », « Dernière Danse », « Je cours » : au début des années 2000, KYO enchaîne les tubes et devient l’un des groupes français les plus populaires de sa génération. Dix ans plus tard, « Le Graal » repasse en boucle à la radio. Peu de groupes durent aussi longtemps avec les mêmes membres. Mais avant le succès, il y a eu deux labels perdus et un premier album qui n’a presque pas marché.
L’Atelier de Cédric a reçu en direct, en rencontre en ligne, Florian Dubos, guitariste et compositeur de KYO. Il raconte la naissance du groupe, la chanson qui a tout déclenché, et la façon dont quatre amis d’école travaillent encore ensemble.
La rencontre en intégralité avec Florian Dubos, guitariste de KYO.
Quatre amis de collège dans un grenier
KYO naît au collège Notre-Dame-des-Oiseaux, à Verneuil-sur-Seine, dans les Yvelines. Nicolas Chassagne, guitariste, propose au grand frère de Florian, Fabien Dubos, batteur, de monter un groupe. Les répétitions ont lieu dans le grenier des parents Dubos. Florian, qui a alors une treizaine d’années, entend des reprises qu’il sait jouer : il branche sa guitare et s’invite à la première répétition. Benoît Poher arrive ensuite, d’abord comme bassiste. Plus il écrit de chansons, plus il devient chanteur.
Au début, ce sont surtout des reprises de rock et de grunge. Les compositions du groupe se glissent vite entre les reprises, et prennent toute la place. Pour eux, c’est sérieux dès le départ : « On était persuadés que ce serait notre métier », sans rien connaître des labels ni des éditeurs. Florian Dubos raconte qu’à l’époque, la pire punition pour le chanteur était d’être privé de la répétition du samedi.
Deux labels perdus et un premier album qui ne marche pas
Le premier contrat arrive tôt : Florian Dubos le signe à 17 ans, avec un mot de sa mère, puisqu’il est encore mineur. Le parcours qui suit a de quoi rassurer les artistes qui essuient des refus.
- Premier label : le groupe signe chez BMG, mais le label change de patron et le rend aussitôt, avant même une séance de studio.
- Deuxième label : Epic, qui s’était intéressé à eux, les récupère. Le premier album y est enregistré, mais le patron qui les avait signés part diriger Zomba. Son successeur n’aime pas le disque et le lui revend.
- Le premier album sort donc chez Zomba… et ne marche presque pas. Le groupe joue tout de même une vingtaine de premières parties de David Hallyday, autant avec Pascal Obispo, et quelques radios en région le passent.
Florian Dubos avait 19 ans. « Je me rendais pas compte qu’on aurait pu se faire virer », reconnaît-il : pour lui, le deuxième album allait tout changer. À l’époque, ajoute Cédric, un label attendait souvent plus d’un album avant de se séparer d’un groupe. Pour comprendre ce qu’on signe dans ces moments-là, voir notre article labels et maisons de disques : comment signer aujourd’hui.
« Le Chemin » : la chanson qui déclenche l’album
Pendant un an ou deux, le groupe écrit sans relâche. Il apporte au label quatre ou cinq morceaux toutes les deux semaines. Parmi eux, une chanson plaît à des gens très différents : un ami qui n’écoute que Radio Nova, la mère de Florian, des proches qui n’avaient pas aimé le premier album. C’est souvent un signe, dit-il : « quand tu as des gens très différents qui vont aimer la même chanson ».
Le texte se prête à un duo. Le groupe pousse l’arrangement chez lui, avec un ordinateur pour les programmations et un petit enregistreur numérique pour les guitares et les voix. Quand le directeur artistique écoute la nouvelle maquette, il appelle immédiatement le patron du label, qui ne compte alors que dix-sept personnes. « Le Chemin » devient la locomotive de l’album : autour d’elle, « Je cours », puis « Dernière Danse », trouvent leur place.
Pour le duo, la chanteuse de la maquette sortait son propre disque au même moment. Le label propose une jeune chanteuse néerlandaise, Sita, qui apprend le texte en phonétique. Anecdote : les voix enregistrées à Paris sont perdues par le studio, et elle doit revenir chanter une seconde fois. « En studio, il s’est fait comme la maquette » : sur « Le Chemin », toutes les idées marchaient, alors que « Dernière Danse » a demandé de longues recherches.
Écrire à quatre : de la guitare acoustique aux instrumentaux
Au début, tout s’écrit à quatre, souvent à partir d’une guitare acoustique : on mélange le pré-refrain de l’un et le refrain de l’autre, chacun part une demi-heure chercher des phrases pour le texte. Avec le temps, les rôles se sont précisés : aujourd’hui, Benoît Poher écrit l’essentiel des textes, et Florian Dubos chante parfois les chansons dont il a écrit les paroles.
Le groupe travaille aussi à partir d’instrumentaux. L’un compose une production sans voix, avec une atmosphère et des gimmicks, et l’autre cherche une mélodie et un texte dessus. C’est un moyen de se surprendre, pour ne pas toujours retomber sur les mêmes accords. La méthode reste la même d’un album à l’autre : une trentaine, parfois une quarantaine de maquettes déjà bien produites, seize titres emmenés en studio, onze ou douze gardés.
Faut-il chercher le tube ? Florian Dubos cite la règle du producteur Max Martin, selon qui on doit reconnaître un titre dans ses cinq premières secondes. Mais pour lui, ces questions viennent après : « Il faut un peu de sincérité dans le truc que tu fais. » Le groupe retravaille ensuite : enlever un couplet, changer un tempo, ou commencer par le refrain, comme sur « Le Graal ».
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Après des années de promotion et de concerts, le groupe s’arrête. Benoît Poher et Florian Dubos montent un autre projet, Empyr, en anglais, avec d’autres musiciens, et enregistrent un album à Los Angeles. Ce détour, explique Florian Dubos, a protégé KYO : plutôt que de tout mettre dans le groupe, au risque de le dénaturer, ils ont exploré ailleurs. La pause prévue de deux ans en dure six, et il faut près de huit ans pour revenir avec un album.
Le retour fonctionne : « Le Graal » est, selon lui, le titre francophone le plus diffusé de son année. Il en tire une leçon sur l’identification : certains auditeurs, qui l’entendaient partout, pensaient pourtant que le groupe n’avait rien sorti depuis des années. Passer beaucoup à la radio ne suffit pas toujours à être reconnu, ni à remplir des salles.
Côté business, KYO a toujours fonctionné en contrat d’artiste avec une maison de disques, et en coédition entre sa propre société et l’éditeur de la major. Le groupe garde le même manager depuis l’adolescence. Florian Dubos l’assume : aucun des quatre n’a un profil d’« homme d’affaires », et ils aiment travailler avec un réalisateur qui les aide à aller à l’essentiel. Sur les différents contrats, voir notre article producteur ou label : quelle différence ? et notre guide éditeur musical.
Ce qu’il faut retenir
- Le succès vient rarement du premier coup : deux labels perdus et un premier album raté ont précédé « Le Chemin ».
- Écrire beaucoup : quatre ou cinq chansons toutes les deux semaines, une trentaine de maquettes par album.
- Un tube plaît à des gens très différents : c’est souvent le premier signe.
- La maquette compte : l’arrangement en duo, fait à la maison, a convaincu le label.
- Une pause peut protéger un groupe, en laissant les envies différentes s’exprimer ailleurs.
- Bien s’entourer : même manager depuis l’adolescence, coédition et réalisateur extérieur.
Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Florian Dubos, guitariste et compositeur de KYO. Voir aussi nos articles Lady de Modjo : l’histoire d’un tube mondial, labels et maisons de disques et notre guide éditeur musical.
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