En 2008, des internautes achètent des parts de l’album d’un inconnu sur un site encore tout jeune, My Major Company. L’inconnu s’appelle Grégoire, la chanson s’appelle « Toi + Moi », et l’album dépasse le million d’exemplaires vendus. Que retient-il de cette aventure, et comment travaille-t-il aujourd’hui ?
L’Atelier de Cédric a reçu en direct, en rencontre en ligne, Grégoire, auteur, compositeur et interprète, depuis son studio. Il parle du financement participatif, de ses éditions, de la promotion et de la façon dont on fabrique une chanson aujourd’hui.
La rencontre en intégralité avec Grégoire, auteur-compositeur-interprète.
My Major Company : des internautes producteurs
My Major Company a été fondé notamment par Michael Goldman. Il n’a pas inventé le principe, mais il l’a importé en France : proposer aux internautes de financer l’album d’un artiste. À l’époque de Grégoire, les participants achètent des parts de l’album et touchent ensuite une partie des recettes, en fonction des ventes. Avec le succès de « Toi + Moi », ceux qui avaient misé sur lui ont pu récupérer leur mise.
Le contexte compte : la distribution numérique en est à ses débuts, et en France, rappelle Cédric, on a toujours eu du mal à parler d’argent. Aujourd’hui, le financement participatif s’est généralisé, avec un autre modèle : on donne pour soutenir un projet et l’on reçoit une contrepartie, sans part sur les recettes. Grégoire l’utilise lui-même, avec un compte de soutien où les fans peuvent, par exemple, gagner une séance de coaching. Pour monter une campagne aujourd’hui, voir notre article campagne de crowdfunding musical.
« Toi + Moi » : une ritournelle en français
Grégoire décrit « Toi + Moi » comme une ritournelle, dans la lignée des comptines qu’on chante enfant. Fan de musique anglo-saxonne, il écrit pourtant en français, et reconnaît la difficulté : l’anglais permet de dire « baby » sans paraître naïf, le français beaucoup moins. Écrire une chanson légère sans qu’elle sonne naïve demande un vrai travail.
Les chiffres qu’il donne montrent aussi l’évolution du marché : plus d’un million d’albums pour le premier, environ 400 000 pour le deuxième, 200 000 pour le suivant, au fil de la chute du disque. Le physique garde pourtant sa place pour lui : une partie de son public achète encore des albums, notamment en concert. Et sortir un album crée une actualité : sans date de sortie, les médias estiment qu’ils ont le temps.
Garder la moitié de ses éditions dès le départ
C’est l’un des conseils forts de la rencontre. Avant même d’être connu, Grégoire regardait sur les pochettes de CD qui était l’éditeur de chaque chanson. Il avait compris l’enjeu, et il a demandé dès le début à garder la moitié de ses éditions.
Pourquoi ? D’abord pour l’argent, qui permet de continuer à créer sans contrainte. Ensuite pour garder la main : si l’on n’est qu’auteur-compositeur, explique-t-il, on n’a pas toujours son mot à dire quand l’éditeur place une chanson dans une publicité. Être éditeur, même à 50 %, oblige à vous demander votre accord. Cédric compare le catalogue d’un artiste à un patrimoine immobilier : céder ses éditions trop vite, c’est donner des étages d’un immeuble qu’on aurait aimé garder. Pour aller plus loin, lire notre article signer avec un éditeur de musique et notre guide éditeur musical.
Il est aussi passé d’artiste à coproducteur, puis producteur de ses disques. Mais il rappelle que la promotion et le marketing coûtent souvent bien plus cher que l’enregistrement : une maison de disques reste utile pour aller au bout d’une sortie, surtout en chanson française, un créneau très concurrentiel.
Produire chez soi, louer le studio seulement quand il le faut
Grégoire produit presque tout chez lui. Les instruments virtuels permettent de construire l’essentiel ; il ne loue un studio qu’une fois tout prêt, pour un quatuor à cordes ou un vrai piano. « On ne peut plus se permettre » de rester des mois en studio à chercher, comme à l’époque des Doors. Les musiciens enregistrent aussi chez eux et s’envoient leurs parties par Internet.
Sur le son, il est exigeant. Une chanson doit d’abord tenir en guitare-voix ou piano-voix, mais l’arrangement est ce qui se démode le plus vite. Il écoute beaucoup ce qui sort pour trouver le juste milieu entre ce qui est actuel et ce qu’il aime, et cite Stromae ou The Weeknd comme exemples de chansons simples portées par un son très travaillé. Les radios, ajoute-t-il, ont besoin d’une qualité sonore homogène : un titre doit tenir entre deux tubes internationaux.
Promotion : une seule « cartouche » par album
Pourquoi ne voit-on pas un artiste à la télévision entre deux albums ? Parce qu’il faut une actualité pour être invité, répond Grégoire, et qu’un média qui vous a reçu en juin ne vous réinvitera pas en septembre. Il n’y a souvent qu’une cartouche par sortie. D’où le rôle de l’attaché de presse, qui prépare la sortie trois à six mois à l’avance, et l’importance de caler la promotion avec la tournée.
Les réseaux sociaux, il s’y est mis avec sincérité : pendant près de deux ans, il a publié une vidéo par semaine sur YouTube. Puis il a arrêté pour se consacrer à la création, car une vidéo lui prenait deux ou trois jours et le sortait de sa dynamique d’écriture. Pour lui, il y a une période de création et une période de promotion, difficiles à mener en même temps. Sur le travail avec la presse, voir notre article comment intéresser un journaliste musical.
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Découvrir TEMPO Structuration →Clarifier mon projet en 2hSes conseils : former une équipe et finir ses chansons
Pour Grégoire, les auteurs-compositeurs d’hier sont devenus les « producteurs » d’aujourd’hui : des équipes qui accueillent un artiste dans leur home studio et coécrivent avec lui. Son conseil aux jeunes artistes : ne pas viser les noms déjà connus, mais chercher sur Internet les producteurs encore disponibles, ceux qui deviendront peut-être les prochains talents en vue, et former une équipe. « C’est bien de faire 130 textes, mais si ce sont des textes pas finis, ça ne sert à rien. » Il faut aller au bout des chansons, et oser. Sur la façon de bien choisir son entourage, voir notre article le rôle du manager d’artistes.
Ce qu’il faut retenir
- My Major Company a fait des internautes des coproducteurs, avec une part des recettes : « Toi + Moi » a dépassé le million d’albums.
- Garder au moins la moitié de ses éditions donne des revenus et un droit de regard sur ses chansons.
- Produire chez soi et ne louer le studio que pour ce qui l’exige.
- Une seule cartouche médiatique par album : la promotion se prépare des mois à l’avance.
- Former une équipe avec des producteurs encore disponibles, et finir ses chansons.
Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Grégoire, auteur-compositeur-interprète. Voir aussi nos articles campagne de crowdfunding musical, Lady de Modjo : l’histoire d’un tube mondial et notre guide éditeur musical.
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