Musicien de l’ombre derrière les chanteurs : studio, télé, tournée — le parcours de Michel Amsellem

par | Oct 12, 2026

Derrière les chanteurs qu’on voit sur scène et à la télévision, il y a des musiciens qu’on ne voit presque jamais. Michel Amsellem est de ceux-là : pianiste et compositeur, il a joué, composé ou réalisé des disques pour Eddy Mitchell, Patricia Kaas, Carla Bruni, Julien Clerc ou Chimène Badi.

L’Atelier de Cédric a reçu en direct, en rencontre en ligne, Michel Amsellem, pianiste, compositeur et arrangeur, que Cédric présente aussi comme directeur musical. Il raconte ce que ce métier de musicien accompagnateur demande vraiment : savoir tout jouer, oser proposer ses chansons aux artistes qu’on accompagne, et donner à chaque titre le bon habillage.

La rencontre en intégralité avec Michel Amsellem, pianiste et compositeur.

Du piano à la maison au premier prix de conservatoire

Tout commence par un piano à la maison. Enfant, Michel Amsellem rejoue d’oreille, à un doigt, les airs qu’il entend. Sa mère l’inscrit dans un petit conservatoire, et il suit une formation classique jusqu’à un premier prix, obtenu à l’unanimité au conservatoire de Saint-Maur.

En parallèle, il n’a jamais cessé de jouer d’oreille les chansons de la radio et d’inventer des mélodies. Passionné par les groupes anglais comme King Crimson, Genesis ou Pink Floyd, il remonte le fil jusqu’au jazz, à l’improvisation et aux clubs. Il y voit aussi la trace des musiques orientales entendues chez ses parents, tous deux originaires d’Afrique du Nord.

Musicien accompagnateur : savoir tout jouer

Pour lui, le musicien de studio ou celui qui accompagne les chanteurs doit savoir jouer un peu de tous les styles. Pas forcément les aimer tous, précise-t-il, mais « savoir de quoi ça parle ». Le milieu, longtemps cloisonné entre jazz, rock et variété, est selon lui bien plus transversal chez la nouvelle génération.

Il a lui-même beaucoup joué avec des autodidactes de grand talent, qui avaient appris la guitare à quinze ans au bord de la plage. « L’essentiel, c’est de pouvoir bien jouer ensemble. » À la télévision, dans des émissions où défilent des artistes très différents, certaines chansons lui plaisent moins que d’autres : il met pourtant tout ce qu’il peut dans chacune, parce que « ça reste de la musique ». Pour comprendre comment fonctionnent ces émissions, voir notre article passer à la télé quand on est artiste.

Sa particularité : il a toujours aimé la chanson française. Beaucoup de musiciens d’accompagnement, dit-il, ne composent pas et n’écoutent pas vraiment de chanson. Lui s’y est d’abord intéressé par la musique, puis il a pris goût aux textes et compris l’importance de travailler avec des auteurs de talent. Il n’écrit d’ailleurs pas de paroles, car il sait qu’il ne serait pas un bon auteur.

Composer pour les artistes qu’on accompagne : une affaire de courage

Ses premières chansons pour d’autres, il les écrit pour Phil Barney, un ami d’adolescence, puis pour Patricia Kaas. Des titres plutôt intimistes, qui ne misaient pas sur la performance vocale et tranchaient avec ce qu’on lui proposait alors. Il a placé des chansons par des directeurs artistiques et par des éditeurs, mais ses plus belles réussites sont venues en les faisant écouter directement aux artistes, sans le filtre du goût d’un intermédiaire.

Encore faut-il être pris au sérieux. Quand on vous connaît comme musicien, on hésite à vous voir comme compositeur. Avec Eddy Mitchell, dont il était le pianiste, il s’y est pris à deux fois. Un simple message sur le répondeur n’a rien donné. La fois suivante, il a envoyé la chanson en plus du message, et cela a fonctionné.

Son conseil tient en une phrase de sa mère : « Le non, on le connaît, le oui, on ne sait pas. » Il faut prendre son courage à deux mains, ne pas avoir peur du refus, et dire simplement à l’artiste qu’on aimerait lui écrire une chanson, sans être intrusif. Tout le monde est un peu timide, reconnaît-il, artistes compris.

Avec Carla Bruni, dont il avait enregistré un disque en 2008, tout s’est joué par hasard. Lors d’un prime de Taratata, il passe devant sa loge ouverte. Elle lui confie qu’elle prépare un album et qu’elle a du mal à écrire. Il y pensait depuis un moment : il lui propose des chansons et lui en envoie, se souvient-il, douze ou quinze.

Arrangeur, réalisateur : donner un costume à une chanson

Autrefois, rappelle-t-il, l’arrangeur arrivait en studio face à un grand orchestre. On lui confiait un piano-voix ou un guitare-voix, et il écrivait précisément chaque partie : c’est lui qui décidait de la couleur de la chanson. Aujourd’hui, ce rôle revient surtout au réalisateur, qui vient tantôt de l’ingénierie du son, tantôt d’un parcours de musicien et d’arrangeur. Peu importe d’où il vient : l’essentiel est d’avoir une vision pour l’artiste et le producteur, d’être dans l’air du temps tout en imposant un style.

Il a réalisé le dernier album en date d’Eddy Mitchell, qui a voulu reprendre « Belle-Île-en-Mer ». Résultat : « c’est du Eddy Mitchell ». Une bonne chanson peut aller à plusieurs interprètes, explique-t-il, et la force des grandes mélodies est de pouvoir porter « des costumes différents ». Il a aussi réalisé, à la demande de Valéry Zeitoun, l’album de Chimène Badi avec « Je viens du sud ». Mais il ne se sent pas fait pour le rap ou le RnB : on travaille avec ceux dont on partage l’univers.

Il a connu tous les cas de figure : réaliser les chansons des autres, voir les siennes réalisées par un autre, ou les réaliser lui-même. Au début, par orgueil, il voulait tout faire. Il a parfois été déçu, mais aussi agréablement surpris par un regard extérieur. Et il reste le live, une deuxième chance pour une chanson : jouer sur scène une chanson qu’il a composée lui apporte « un petit plus ».

La tournée, il la vit comme une « colonie de vacances » : fatigante, oui, mais une vie de troupe, avec d’autres musiciens, des lieux à découvrir et des rencontres. Et comme on ne tourne pas toute l’année, il reste du temps pour être chez soi. Voir aussi notre guide complet de la tournée et du live.

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Ses conseils aux musiciens et aux artistes

Oser proposer. Au-delà de la chance et des rencontres, ce qui fait la différence, selon lui, c’est le courage, ou le culot : être proactif, que l’on soit musicien, compositeur ou artiste.

Avoir la niaque. Pour ceux qui veulent devenir chanteur, le plus important est l’envie du « c’est ça ou rien ». Le métier est si difficile qu’il faut le vivre comme une question de survie, à la manière d’un sportif de haut niveau. Sans pour autant forcer : quand une porte ne s’ouvre pas, il faut savoir prendre la tangente et passer ailleurs. Pour découvrir les différents chemins possibles, voir notre panorama des métiers de la musique.

Rester humain. « Il ne faut pas être un loup. » Le caractère compte énormément : même avec beaucoup de talent, quelqu’un de pénible ne tient qu’un temps. Les artistes difficiles qui durent ont toujours, selon lui, quelque chose de sympathique qui les rattrape.

Savoir s’entourer. Être à la fois grand auteur, grand compositeur et grand interprète n’est pas donné à tout le monde. Il trouve dommage que tant d’artistes s’obstinent à tout faire eux-mêmes, alors qu’ils gagneraient à s’entourer de gens compétents.

Regarder l’intelligence artificielle en face. Il y voit un vrai tournant et un flou juridique qui fera des dégâts, notamment pour les musiques de commande comme l’illustration sonore ou les documentaires. Mais il refuse de tout rejeter : il utilise lui-même des outils, comme les logiciels de séparation de pistes.

Ce qu’il faut retenir

  • Un musicien d’accompagnement doit savoir tout jouer, sans forcément tout aimer.
  • Pour placer une chanson, rien ne vaut l’écoute directe par l’artiste.
  • Le non, on le connaît : il faut oser proposer, sans être intrusif.
  • Le réalisateur doit avoir une vision, entre air du temps et style propre.
  • Une grande mélodie supporte plusieurs costumes et plusieurs interprètes.
  • La niaque et le caractère comptent autant que le talent pour durer.

Rencontre en ligne de L’Atelier de Cédric avec Michel Amsellem, pianiste, compositeur et musicien accompagnateur. Voir aussi notre guide de la tournée et du live et notre panorama des métiers de la musique.

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