Devenir musicien professionnel, c’est faire de la musique son métier et sa principale source de revenus. Il n’existe ni diplôme obligatoire ni voie unique : porter son projet d’artiste, accompagner d’autres artistes sur scène ou en studio, diriger musicalement un spectacle, composer, enseigner, et souvent cumuler. Sur scène, le musicien est en principe salarié : payé au cachet, il peut, s’il travaille assez, relever de l’intermittence du spectacle.
Pour y arriver, les mêmes chantiers reviennent chez tous les professionnels : travailler son instrument et la scène, construire son réseau, se faire programmer, s’entourer au bon moment et tenir dans la durée. Ce guide les détaille avec des professionnels reçus en direct par L’Atelier de Cédric, à commencer par Jean-Noël Scherrer, chanteur-guitariste de Last Train et fondateur de la structure de booking Cold Fame, qui a appris à monter lui-même les tournées de son groupe.
La rencontre en intégralité avec Jean-Noël Scherrer.
Les grandes façons de vivre de la musique
Derrière les mots « musicien professionnel », il y a plusieurs métiers, que beaucoup combinent au fil de leur carrière.
| Métier | Ce que l’on fait | Comment on est payé, en général |
|---|---|---|
| Artiste qui porte son projet | Écrit ou interprète son répertoire, enregistre, tourne sous son nom | Cachets, droits d’auteur s’il écrit, droits voisins, ventes et streaming |
| Musicien accompagnateur ou de tournée | Joue pour un autre artiste, sur scène ou à la télévision | Cachets de répétition et de représentation |
| Musicien de studio | Enregistre des parties sur les disques d’autres artistes | Cachet d’enregistrement, puis droits voisins |
| Directeur musical, arrangeur, réalisateur | Conçoit le son d’un spectacle ou d’un album, dirige les musiciens | Selon le contrat passé avec l’artiste ou le producteur |
| Compositeur | Écrit pour d’autres interprètes, pour l’image, sur commande | Droits d’auteur, commandes |
| Enseignant, intervenant | Donne des cours, anime des ateliers, mène des actions culturelles | Salaire ou rémunération de chaque intervention |
Musicien accompagnateur, de studio ou directeur musical
Michel Amsellem, pianiste accompagnateur, compositeur et directeur musical, reçu en direct par L’Atelier de Cédric, incarne ce métier. Il a accompagné, arrangé ou composé pour de nombreux chanteurs, de Julien Clerc à Patricia Kaas.
Sa règle d’or : la polyvalence. « Le musicien de studio ou qui accompagne les chanteurs doit a priori savoir jouer un peu de tous les styles de musique », explique-t-il. Le parcours compte moins que le résultat : il a beaucoup joué avec des musiciens autodidactes, de grand talent. « Il n’y a pas de règle vraiment. […] L’essentiel, c’est de pouvoir bien jouer ensemble et de bien faire ce métier. »
Passer d’un rôle à l’autre demande de l’audace : « quand on vous considère comme musicien, on peut avoir une espèce de réticence à vous considérer comme un compositeur », prévient-il. Son parcours est détaillé dans notre article sur le métier de musicien accompagnateur.
Le statut : salarié, payé au cachet, souvent intermittent
En France, l’artiste qui se produit sur scène est présumé salarié. Alain Charriras, musicien et consultant en droits voisins et en gestion d’entreprises culturelles, résume la règle du Code du travail : « un artiste est toujours salarié d’un producteur sauf s’il exerce cette activité en ayant une immatriculation au registre du commerce, ce qui est rarement le cas ».
Le musicien est donc payé au cachet, un salaire versé pour une représentation ou une répétition, qui lui ouvre la protection sociale, les congés et la retraite. Conséquence directe : pour être payé à jouer sur scène, il ne peut pas facturer comme auto-entrepreneur, car la présomption de salariat vaut quels que soient le mode de paiement et le nom donné au contrat (articles L7121-3 et L7121-4 du Code du travail). « Un artiste ne peut pas être auto-entrepreneur », résume Alain Charriras, sauf, précise-t-il, s’il est inscrit au registre du commerce pour cette activité. La micro-entreprise reste possible pour une autre activité, par exemple celle d’un guitariste qui fait aussi de la prise de son. Voir aussi EURL, SASU et auto-entrepreneur en musique.
Reste l’intermittence du spectacle, l’assurance chômage adaptée aux artistes et techniciens qui enchaînent les contrats courts. Alain Charriras la décrit comme « un régime qui est franchement génial, parfaitement adapté à nos professions », parce qu’il donne notamment « la possibilité de dire non ». Mais elle se gagne : on peut ne pas l’obtenir, dit-il, « quand on n’a pas les fameuses 507 heures ». Les règles sont détaillées dans notre guide complet de l’intermittent du spectacle.
Se former et travailler son instrument
Aucun diplôme n’est exigé pour monter sur scène. Le conservatoire est une voie, celle de Michel Amsellem, qui y a appris le piano classique parce que c’était alors la filière pour apprendre la musique. Beaucoup apprennent aussi d’oreille : lui-même reproduisait très tôt les chansons entendues à la radio.
La scène, elle, s’apprend en jouant. Le groupe de Jean-Noël Scherrer a fait du live sa priorité dès le départ, faute d’autres atouts : « on avait juste la niaque, l’envie de faire des concerts ». Répéter et faire des résidences, ces périodes où un groupe travaille son spectacle dans une salle, fait partie du métier.
Penser son projet comme une entreprise
À la fin de leurs études, les membres de Last Train allaient être séparés dans des villes différentes. Ils se sont donné six mois de travail intensif : « fallait que ça marche ou ça cassait », raconte Jean-Noël Scherrer. Ils se sont réparti les tâches, la promotion pour l’un, le booking pour l’autre, la vidéo pour un troisième.
Ils ont monté seuls une tournée européenne, faite surtout de petits cafés-concerts. Mais l’annonce, les photos, un clip soigné et quelques articles ont suffi à attirer l’attention de quelques programmateurs, puis à décrocher des premières parties et le Printemps de Bourges. Ensuite seulement, le groupe s’est entouré de professionnels, sans lâcher la main : ils ont fait le choix de « toujours être en coproduction, de toujours faire les choses en binôme » avec leurs partenaires.
Une phrase entendue d’un chargé d’accompagnement de La Laiterie, salle de Strasbourg, a changé sa vision : « un groupe, c’est comme une entreprise ». Il a alors compris que « la partie artistique, c’était juste une toute petite partie de tout ça ». Monter des tournées, insiste-t-il, « c’est pas si compliqué », mais cela demande des choses « qu’il faut travailler en continu ».
Construire son réseau
« L’artiste, il a besoin de créer du réseau, il a besoin de rencontrer des professionnels », insiste Thierry Duval, à l’action culturelle du RIF, le réseau des musiques actuelles d’Île-de-France, reçu en direct par L’Atelier de Cédric. Et pas seulement par écrit : « il faut pas se contenter d’envoyer des mails et des relances », il faut aussi demander un rendez-vous, se déplacer, aller voir les concerts.
Car « les professionnels discutent beaucoup entre eux », rappelle-t-il : au RIF, les programmateurs des salles et des festivals se réunissent régulièrement, par zone géographique, pour parler des groupes qu’ils ont repérés. D’où l’intérêt de se faire connaître de deux ou trois acteurs du réseau, dans des endroits différents.
Jean-Noël Scherrer, devenu booker, a la même méthode. « Un bon booker, il passe le clair de son temps à développer son réseau », dit-il. Sa recommandation : aller voir le programmateur ou le promoteur « sans avoir rien à lui vendre, mais plutôt en venant prendre des conseils ». Pour lui, la meilleure manière d’avancer dans ce métier, « c’est de montrer qu’on a envie d’apprendre des choses ». Inutile, selon lui, de s’installer à Paris : la présence sur place « n’est absolument pas indispensable ».
Se faire programmer : SMAC, tremplins et dispositifs d’accompagnement
Les SMAC, scènes de musiques actuelles, sont des salles labellisées par le ministère de la Culture. Parmi leurs missions figure l’accompagnement des artistes de leur territoire : répétitions, résidences, conseils. Pour Thierry Duval, ces salles sont précieuses car ce sont « non seulement des accompagnateurs mais aussi des gens qui ont un réseau » : éditeurs, labels, tremplins nationaux. Son conseil : « il faut se faire adouber par un lieu », c’est-à-dire nouer une relation suivie avec une salle : en Île-de-France, les dispositifs du RIF passent par les lieux adhérents, pas par les artistes directement.
Ce n’est pas un passage obligé. Pour Jean-Noël Scherrer, « ce n’est pas nécessaire, en fait, d’être accompagné par une SMAC, c’est évidemment un plus ». Son groupe a monté ses premières dates seul, avant d’être soutenu par le Noumatrouff, la salle de Mulhouse. Les tremplins et les dispositifs d’accompagnement, comme les iNOUïS du Printemps de Bourges pour Last Train, servent ensuite d’accélérateurs.
Encore faut-il donner un sens à chaque concert : savoir à quoi sert une date, rencontrer un public, se faire voir d’un programmateur, roder le spectacle. Dans sa stratégie, « chaque date va devoir avoir des conséquences derrière ». Il conseille aussi de ménager sa ville : « ton public local, c’est ton premier public », mieux vaut ne pas le lasser en jouant trop souvent. Pour démarcher les salles, voir notre guide pour développer ses dates de concert en artiste indépendant.
S’entourer au bon moment : booker, manager, éditeur
Le booker vend les concerts, le manager pilote la carrière, l’éditeur fait vivre les chansons. Faut-il les chercher tout de suite ? Pas forcément, répond Hélène Texier, fondatrice de L’Accompagnatrice, qui accompagne, manage et produit des artistes. Un manager, « c’est absolument pas nécessaire selon les étapes où on est en tant qu’artiste », explique-t-elle. Quand un projet n’avance pas, « la raison, c’est rarement qu’il n’y a pas de manager. La raison, c’est que le projet n’est pas abouti ».
Le besoin vient avec la charge de travail : un manager devient indispensable « quand le volume de boulot est tel que tu as vraiment besoin de déléguer ». Michel Amsellem va dans le même sens : plutôt que de tout faire soi-même, il est souvent bénéfique de « savoir s’entourer des gens qui ont des compétences ».
S’entourer ne veut pas dire tout déléguer. Chez Last Train, au moment de la rencontre, chaque concert était discuté avec l’agent qui avait pris le relais du booking : « il n’y a pas une seule date de concert qui n’est pas discutée entre nous », souligne Jean-Noël Scherrer.
Diversifier ses revenus
Rares sont les musiciens qui vivent d’une seule source. Michel Amsellem cumule l’accompagnement, la composition, l’arrangement et la réalisation d’albums, où compte avant tout le fait « d’avoir une vision pour l’artiste et pour le producteur ». Il lui est aussi arrivé d’écrire des musiques pour des documentaires, des musiques de commande.
La transmission est une autre ressource. Thierry Duval voit des artistes s’engager dans des activités régulières de transmission et d’éducation, ou dans l’action culturelle, en milieu scolaire, en milieu pénitentiaire ou à l’hôpital. Ces activités les rassurent sur l’avenir de leur projet artistique : « ils ne sont pas à courir le cachet en permanence ».
À cela s’ajoutent les droits : droits d’auteur versés par la Sacem à ses membres quand leurs œuvres sont diffusées, droits voisins pour ceux qui jouent sur des enregistrements, sans oublier le streaming et la vente de disques.
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Découvrir TEMPO Structuration →Clarifier mon projet en 2hDurer : tenir le marathon
Parmi les premières questions qu’Hélène Texier posait aux jeunes artistes qu’elle conseillait : « est-ce que vous avez de quoi subsister ? Parce qu’il va falloir tenir le marathon. » Car le temps est long : « un projet, ça peut mettre 3 à 5 ans, voire encore plus, pour avoir un petit modèle économique ». Elle déconseille donc de quitter son emploi du jour au lendemain. Sa formule : « il faut une urgence artistique, mais pas une urgence vitale ».
Même sans disque sorti, il y a toujours à faire : chercher des contacts, soigner son image, tenir ses réseaux sociaux. « C’est un job à plein temps », prévient-elle. « Ceux qui ne veulent pas faire ce job-là, ils vont rester sur le bord de la route. »
Il faut aussi s’adapter aux étapes de la vie : « il faut savoir durer », rappelle Thierry Duval. Pour Michel Amsellem, il faut du courage et du culot, mais pas à n’importe quel prix : « il y a aussi un paramètre qui compte énormément, c’est le caractère humain ». Et la tournée se vit à plusieurs : « c’est une troupe ».
Questions fréquentes
Comment devenir musicien professionnel ?
Il n’y a ni voie unique ni diplôme obligatoire. Il faut travailler son instrument et la scène, construire son réseau, se faire programmer, puis s’entourer au bon moment. Sur scène, le musicien est en principe salarié et payé au cachet.
Peut-on vivre de la musique ?
Oui, mais rarement d’une seule activité : scène, studio, composition, enseignement ou action culturelle se combinent souvent. Il faut aussi du temps, souvent plusieurs années, avant qu’un projet trouve son modèle économique.
Qu’est-ce qu’un musicien professionnel ?
C’est un musicien dont la musique est le métier et la principale source de revenus. En France, l’artiste qui se produit est présumé salarié, et beaucoup de musiciens relèvent de l’intermittence du spectacle.
Faut-il un diplôme pour devenir musicien professionnel ?
Non, aucun diplôme n’est exigé pour monter sur scène. Le conservatoire est une voie, mais beaucoup de musiciens apprennent en jouant. Un diplôme n’est demandé que pour certains métiers, comme enseigner dans un conservatoire.
Par où commencer pour devenir musicien ?
Par l’instrument et la scène : jouer, répéter, construire un répertoire, puis se faire connaître des salles de sa région, notamment les SMAC. Le réseau se construit en rencontrant les professionnels, pas seulement par mail.
Ce qu’il faut retenir
- Plusieurs métiers permettent de vivre de la musique, et beaucoup de musiciens les cumulent.
- Sur scène, le musicien est salarié, payé au cachet, et peut relever de l’intermittence.
- Le réseau se construit en rencontrant les gens, sans rien à leur vendre au premier rendez-vous.
- Les SMAC et les dispositifs d’accompagnement aident à se faire programmer, sans être obligatoires.
- Durer demande un modèle économique : une urgence artistique, mais pas une urgence vitale.
Rencontres en direct de L’Atelier de Cédric avec Jean-Noël Scherrer (Last Train, Cold Fame), Michel Amsellem, pianiste et directeur musical, Alain Charriras, consultant en droits voisins, Thierry Duval (RIF) et Hélène Texier (L’Accompagnatrice). Voir aussi le guide du booking de concerts pour les artistes indépendants et la stratégie streaming pour développer sa carrière sans label.
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