Être intermittent du spectacle, c’est occuper une place à part dans le paysage du travail en France. Ni salarié permanent, ni indépendant, l’intermittent du spectacle enchaîne des contrats courts pour plusieurs employeurs — une salle, un festival, une maison de production, une collectivité — et perçoit une allocation chômage entre deux missions. C’est un statut qui reconnaît légalement la discontinuité inhérente aux métiers de la scène et de la technique culturelle.
Il concerne plusieurs dizaines de milliers de professionnels : musiciens, comédiens, danseurs, techniciens son et lumière, régisseurs, monteurs vidéo, directeurs artistiques. Et il reste l’un des plus complexes à appréhender, tant les notions de cachet, d’heures, d’annexes et d’allocations s’entremêlent.
Ce guide rassemble tout ce qu’il faut savoir pour comprendre le régime des intermittents en 2026 : qui peut en bénéficier, comment fonctionnent les 507 heures, comment est calculée l’ARE, et quel rôle joue le GUSO.
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Découvrir TEMPO Structuration →1. Qu’est-ce que l’intermittent du spectacle ?
L’intermittent du spectacle est un salarié du secteur culturel qui travaille sous contrat à durée déterminée d’usage (CDDU). Le CDDU est un contrat temporaire autorisé dans les métiers où il est d’usage constant de ne pas recourir au CDI — et le spectacle vivant en est l’exemple le plus emblématique en France.
Ce régime est géré par deux annexes spécifiques à la convention UNEDIC (l’assurance chômage) :
- Annexe 8 : techniciens et ouvriers du spectacle — son, lumière, régie, montage vidéo, machinerie, décoration scénique, régie plateau…
- Annexe 10 : artistes du spectacle — musiciens, comédiens, chanteurs, danseurs, metteurs en scène, chorégraphes…
Ces deux annexes fonctionnent sur le même principe, mais leurs règles de calcul d’indemnisation présentent quelques différences — notamment le calcul de l’allocation et le décompte des heures. Pour les deux annexes, les droits courent jusqu’à la date anniversaire, 12 mois après la fin du contrat retenu.
Le statut d’intermittent ne s’auto-déclare pas. Il dépend exclusivement des contrats signés et des heures déclarées par les employeurs sur vos bulletins de paie.
Ce qui n’est pas de l’intermittence : travailler en auto-entrepreneur, en EURL ou en SASU ne compte pas pour le régime des intermittents, même si les missions relèvent du spectacle. Seules les heures déclarées en CDDU par un employeur cotisant au régime entrent dans le décompte. C’est une erreur fréquente chez les musiciens qui facturent en société : les cachets facturés en tant qu’indépendant ne comptent jamais.
En 2026 : ce qui change, et ce qui ne change pas
Contrairement à ce que l’on lit parfois, il n’y a pas eu de grande réforme de l’intermittence en 2026. D’après l’Unédic, les règles des annexes 8 et 10 n’ont pas changé en profondeur depuis 2016, en dehors des mesures exceptionnelles de l’« année blanche » pendant la crise sanitaire. Ce qui bouge d’une année sur l’autre, ce sont surtout les montants : les salaires minimums des conventions collectives, les cotisations, et le niveau de l’allocation, qui n’a pas été revalorisée au 1er juillet 2026.
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2. Les 507 heures : comment les atteindre et les compter
Pour ouvrir ses droits à l’indemnisation chômage dans le cadre du régime des intermittents, il faut justifier d’au moins 507 heures de travail dans le spectacle au cours d’une période de référence de 12 mois. Cette période peut être allongée de certaines absences : maladie, maternité, accident du travail, formation.
Ces 507 heures correspondent à des heures déclarées sur bulletins de paie : répétitions, représentations, journées de montage ou de régie, sessions d’enregistrement en studio.
Le principe du cachet en heures : pour les artistes (annexe 10), chaque cachet compte pour 12 heures, quelle que soit la durée réelle de la prestation. Il faut donc 43 cachets pour atteindre les 507 heures (43 × 12 = 516 h). Les techniciens (annexe 8) déclarent, eux, leurs heures réelles.
507 heures en 12 mois, c’est 43 cachets pour un artiste. Un rythme accessible pour un musicien actif, mais difficile à atteindre pour quelqu’un qui se lance.
Si vous n’atteignez pas les 507 heures, une clause de rattrapage existe sous conditions (voir notre guide GUSO). En cas de doute, il est conseillé de se rapprocher d’un conseiller France Travail spécialisé dans les annexes 8 et 10.
Attention aux mois manquants : la période de référence est glissante et se calcule à rebours depuis la date de fin du dernier contrat. Des mois sans aucun cachet peuvent « chasser » des mois anciens contenant des heures. Le suivi régulier de ses heures est indispensable.
Les heures qui comptent aussi : cours, formation, arrêts
Les 507 heures ne viennent pas seulement des cachets. Certaines périodes sont assimilées à du travail et s’ajoutent au compteur, selon les règles détaillées par France Travail :
- Les heures d’enseignement données dans un établissement agréé, en lien avec votre métier artistique ou technique : jusqu’à 70 heures, et jusqu’à 120 heures si vous avez 50 ans ou plus.
- Les heures de formation professionnelle non rémunérées par l’assurance chômage, par exemple une formation financée par l’AFDAS.
- Les arrêts pour maladie, maternité ou accident du travail survenus pendant la période de référence.
Deux limites à connaître. Les heures de formation et d’enseignement réunies ne peuvent pas dépasser 338 heures, soit les deux tiers des 507. Et pour que ces périodes soient prises en compte, il faut avoir retravaillé ensuite : un contrat de travail doit s’être terminé après elles.
La date anniversaire
Une fois vos droits ouverts, ils courent jusqu’à la date anniversaire, fixée 12 mois après la fin du contrat retenu pour l’ouverture. À cette date, France Travail réexamine votre situation : si vous avez de nouveau 507 heures sur les 12 derniers mois, vos droits repartent pour un an. Notez cette date dans votre agenda et suivez vos heures en fonction d’elle.
3. Le cachet : brut, net et coût employeur
Le cachet d’un intermittent s’exprime de trois façons : le brut (base déclarée), le net réellement perçu (environ 22 à 25 % de moins) et le coût employeur (brut + charges patronales, souvent 40 à 55 % au-dessus). La confusion entre ces notions est l’une des erreurs les plus fréquentes.
Pour le détail, les exemples chiffrés et la conversion brut/net, consultez notre guide dédié : salaire brut, net et coût employeur des intermittents.
Pour chiffrer un cachet précis (salaire net, coût employeur, nombre de cachets pour atteindre les 507 heures), utilisez notre simulateur cachet et GUSO.
4. L’ARE : comment fonctionne l’indemnisation
Une fois les 507 heures validées, France Travail calcule une allocation journalière (ARE) qui vient compenser les jours sans activité salariée. Ce n’est pas une somme fixe versée chaque mois : elle s’ajuste en fonction des revenus déclarés chaque mois.
Comment est calculée l’allocation : le calcul est propre aux intermittents. L’allocation journalière additionne trois parts : une part liée aux salaires de la période de référence, une part liée au nombre d’heures travaillées et une part fixe, avec un minimum et un plafond par jour. Les montants n’ont pas été revalorisés au 1er juillet 2026. Pour connaître le vôtre, utilisez le simulateur de France Travail.
La déclaration mensuelle : chaque mois, l’intermittent déclare à France Travail ses jours travaillés et ses revenus bruts perçus. France Travail calcule le nombre de jours indemnisables et verse l’allocation correspondante. Un mois très chargé génère peu d’allocation ; un mois sans contrat génère le maximum.
L’ARE n’est pas un complément automatique. Elle n’est versée que pour les jours non travaillés, et nécessite une déclaration mensuelle rigoureuse.
La durée des droits : les droits durent en principe 12 mois consécutifs. À l’issue de cette période, il faut avoir à nouveau atteint 507 heures pour recharger ses droits. Certains profils très actifs rechargent leurs droits avant la fin des 12 mois.
Le montant minimum de l’allocation en 2026
Le calcul exact dépend de votre salaire de référence, de vos heures et de votre annexe. Mais il existe un plancher : selon le guide de France Travail de février 2026, l’allocation journalière minimale est de 44 € pour les artistes (annexe 10) et de 38 € pour les techniciens (annexe 8). À titre de repère, l’Unédic indique qu’un intermittent indemnisé a perçu en moyenne 13 410 € brut d’allocation sur l’année 2025, soit environ 1 117 € par mois. Pour estimer votre propre allocation, utilisez le simulateur de France Travail dédié au spectacle.
5. Le GUSO : le dispositif pour les employeurs occasionnels
Le Guichet Unique du Spectacle Occasionnel (GUSO) permet à un employeur occasionnel — association, collectivité, café-concert, festival — de gérer en un seul formulaire la déclaration, les cotisations et le bulletin de paie d’un artiste ou technicien du spectacle.
Tout le fonctionnement détaillé du GUSO, côté employeur comme côté artiste, est expliqué dans notre guide dédié : GUSO et cachet d’intermittent, le guide complet.
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6. Les erreurs courantes à éviter
Travailler sans contrat. Chaque prestation doit faire l’objet d’un CDDU signé. Les heures non déclarées n’entrent pas dans le compteur des 507h, et le travail sans contrat expose employeur et artiste à des redressements Urssaf.
Confondre CDDU et CDI. Le CDDU est autorisé dans le spectacle parce qu’il est d’usage constant d’y travailler de façon discontinue. Un CDI à temps partiel n’ouvre pas les mêmes droits et sort de la logique du régime intermittent.
Mal déclarer ses revenus à France Travail. Sous-déclarer des cachets pour percevoir plus d’allocation est une fraude qui expose à des remboursements et des sanctions. La déclaration mensuelle doit refléter exactement les cachets bruts perçus.
Négliger le suivi de ses heures. Attendre la fin d’une période de référence pour compter ses heures est une erreur fréquente. Un tableau de suivi simple — date, employeur, nombre d’heures — permet d’anticiper les mois creux et d’éviter les mauvaises surprises.
Pour aller plus loin, consultez les sources officielles : le portail GUSO pour les déclarations employeurs, et la page dédiée aux intermittents du spectacle sur France Travail.
7. Moins de 507 heures : rattrapage, APS et AFD
Ne pas atteindre les 507 heures à la date anniversaire ne signifie pas toujours la fin de toute indemnisation. Trois dispositifs existent, fixés par un décret de 2017 :
- La clause de rattrapage : si vous justifiez d’au moins 5 ans d’ancienneté dans le régime (5 fois 507 heures, ou 5 ouvertures de droits) et d’au moins 338 heures sur les 12 derniers mois, vous pouvez bénéficier d’une avance sur vos droits futurs, le temps de retrouver vos 507 heures.
- L’allocation de professionnalisation et de solidarité (APS) : elle prend le relais dans certaines situations, sous conditions d’heures, pour une durée limitée.
- L’allocation de fin de droits (AFD) : elle peut être versée quand les autres droits sont épuisés et que les conditions de la clause de rattrapage ne sont pas remplies.
Ces dispositifs ont des conditions précises : avant votre date anniversaire, faites le point avec un conseiller France Travail spécialisé dans le spectacle.
8. Congés, santé, retraite, formation : vos droits à côté de l’allocation
Être intermittent, ce n’est pas seulement toucher une allocation entre deux contrats. Plusieurs organismes propres au spectacle complètent vos droits :
- Les congés payés : comme vous changez souvent d’employeur, vos congés sont gérés par la Caisse des Congés Spectacles, rattachée au groupe Audiens. Vos employeurs y cotisent, et c’est à vous de demander le versement de vos congés.
- La retraite complémentaire, la prévoyance et la santé : elles relèvent aussi d’Audiens, le groupe de protection sociale de la culture et des médias.
- La médecine du travail : les intermittents passent leurs visites chez Thalie Santé (l’ancien CMB), le service de santé au travail de la culture et des médias.
- La formation : l’AFDAS peut financer vos formations, sous conditions d’activité. C’est aussi le moyen de faire financer une formation TEMPO pour structurer votre projet. Les formations TEMPO n’étant plus éligibles au CPF, voici comment financer votre formation sans CPF.
Pour le détail (comment demander vos congés spectacles, combien il faut gagner pour valider un trimestre de retraite, ce que couvre la prévoyance), lisez notre article sur les droits de l’intermittent : congés spectacles, retraite et santé.
9. L’intermittence en chiffres
Selon l’Unédic, en moyenne chaque mois de 2025, environ 141 000 personnes relevaient des annexes 8 et 10 : environ 74 500 artistes et 67 500 techniciens. Environ 126 500 ont été effectivement indemnisées. Au total, l’assurance chômage leur a versé 1,89 milliard d’euros sur l’année. Ces allocataires ne représentent qu’une partie des quelque 305 000 personnes qui ont travaillé en CDD dans le secteur en 2024 : tout le monde n’atteint pas les 507 heures.
Questions fréquentes
Combien de cachets faut-il pour être intermittent ?
Il faut 507 heures sur 12 mois. Un cachet d’artiste comptant pour 12 heures, cela représente 43 cachets (43 × 12 = 516 heures). Les techniciens déclarent leurs heures réelles.
Quel est le montant minimum de l’allocation d’un intermittent en 2026 ?
Selon France Travail (février 2026), l’allocation journalière minimale est de 44 € pour un artiste et de 38 € pour un technicien.
Les heures de cours comptent-elles pour l’intermittence ?
Oui, dans un établissement agréé et en lien avec votre métier : jusqu’à 70 heures, ou 120 heures à partir de 50 ans. Avec les heures de formation, le total assimilé ne peut pas dépasser 338 heures.
Que se passe-t-il si je n’ai pas mes 507 heures ?
Selon votre ancienneté, la clause de rattrapage (5 ans dans le régime et 338 heures sur 12 mois), l’APS ou l’AFD peuvent prendre le relais. Faites le point avec France Travail avant votre date anniversaire.
Peut-on être intermittent et auto-entrepreneur ?
Oui pour une autre activité, mais les revenus de la micro-entreprise ne comptent jamais dans les 507 heures. Et une prestation artistique sur scène doit être payée en salaire, pas sur facture.
Qu’est-ce que la date anniversaire ?
C’est la date, 12 mois après la fin du contrat retenu, à laquelle France Travail réexamine vos droits. Si vous avez de nouveau 507 heures sur les 12 derniers mois, ils repartent pour un an.
Ce qu’il faut retenir
- L’intermittence, c’est un régime chômage spécifique. Il repose sur deux annexes (8 pour les techniciens, 10 pour les artistes) et exige d’être salarié en CDDU — pas indépendant, pas en société.
- 507 heures en 12 mois, c’est le seuil d’entrée. Soit 43 cachets pour un artiste. La période est glissante : il faut surveiller ses heures régulièrement.
- Le cachet se décline en brut, en net, et en coût employeur. Ces trois montants sont très différents. Confondre le net reçu et le brut déclaré peut fausser tout le raisonnement sur ses droits.
- L’ARE s’ajuste chaque mois selon les revenus déclarés. C’est une indemnisation journalière pour les jours non travaillés — pas un filet forfaitaire. La déclaration mensuelle est obligatoire et doit être précise.
- Le GUSO simplifie les déclarations pour les employeurs occasionnels. C’est le guichet unique pour toute structure qui programme ponctuellement sans expertise RH dans le spectacle.
- Les heures en auto-entrepreneur, EURL ou SASU ne comptent pas. Seules les heures déclarées par un employeur cotisant au régime intermittent entrent dans les 507h.
- Les cours et les formations comptent aussi. Jusqu’à 338 heures assimilées au total, à condition d’avoir retravaillé ensuite.
- Sous les 507 heures, tout n’est pas perdu. Clause de rattrapage, APS ou AFD : faites le point avant votre date anniversaire.
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