Un journaliste, un programmateur ou un label te demande ton « dossier de presse », ou ton « EPK ». Tu n’es pas sûr de savoir ce que c’est, ni ce qu’il faut y mettre. Tu n’es pas le seul : même les professionnels n’emploient pas ces mots de la même façon.
Voici ce que sont le dossier de presse et l’EPK d’un artiste, ce qu’ils doivent contenir, comment les fabriquer sans gros budget, et surtout comment les envoyer pour qu’ils soient vraiment ouverts. Ces conseils viennent du livre de Cédric Tilèpe sur le music business, de ses séances de formation, et des journalistes et professionnels reçus par L’Atelier de Cédric.
Dossier de presse, revue de presse, communiqué, EPK : de quoi parle-t-on ?
Ces mots se mélangent souvent. Voici ce que chacun recouvre :
| Le document | Ce que c’est | Quand il sert |
|---|---|---|
| Le dossier de presse | Le dossier complet qui présente ton projet : bio, photos, discographie, vidéos, revue de presse, dates, contacts | Quand un pro veut en savoir plus, pour un article, une programmation ou un partenariat |
| La revue de presse | Ce que les médias ont déjà publié sur toi : web, presse écrite, radio, télé, playlists | Dans ton dossier de presse, et face aux partenaires |
| Le communiqué de presse | Une page qui annonce une actualité : une sortie, une tournée, un concert | Six à huit semaines avant la sortie |
| L’EPK | Une vidéo de cinq à six minutes qui présente ton projet. Au sens large, un dossier de presse en ligne | Dans tous tes envois, et épinglé sur tes réseaux |
| Le kit promo | L’ensemble des outils : lien d’écoute, pochette, photos, bio, paroles, vidéos, EPK, revue de presse | À préparer avant toute promotion |
Le plus important : tout doit être prêt avant de commencer ta promotion. Ne sors rien et ne paie pas d’attaché de presse tant que ton kit n’est pas complet, sinon tu paies des semaines pendant lesquelles personne ne peut te défendre. Nous en parlons dans notre article sur l’agence de promotion musicale.
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Le dossier de presse est-il encore utile ?
Oui, mais il n’est plus la porte d’entrée. Cédric Tilèpe le résume ainsi en accompagnement : « le DP, c’est un peu 2002 — aujourd’hui, la vidéo prime ». Tanguy Aubrée, de Daydream Music, explique ce qui se passe vraiment : ce qu’on envoie à un journaliste, c’est un court texte d’accroche sur un titre, et c’est le visuel qui décide du clic. Le dossier ne s’ouvre que dans un deuxième temps, si le journaliste veut écrire un article plus long ou faire une interview. Il n’est pas la porte, il est la pièce d’à côté.
Certains journalistes ne lisent même pas la bio. Olivier Nuc, chef du service musique du Figaro, le dit sans détour : « tout doit passer par mes oreilles ». Ta bio ouvre la porte, c’est ta musique qui la franchit.
Le dossier de presse reste pourtant indispensable : c’est ta brochure. Il sert au journaliste qui veut aller plus loin, au programmateur qui hésite, au partenaire qui veut tout voir d’un coup d’œil. Il doit être prêt à partir à tout moment.
Ce que doit contenir ton dossier de presse, page par page
Voici le déroulé conseillé en formation TEMPO. Il tient en six à dix pages :
| La page | Ce que tu y mets |
|---|---|
| 1. La couverture | Une photo et le nom du projet, rien d’autre |
| 2. La bio | Une bio complète et travaillée, une page au plus |
| 3. Les membres | Pour un groupe, quelques lignes sur chaque membre important |
| 4. La discographie | Tes sorties avec leurs pochettes, chacune avec un lien cliquable |
| 5. Les vidéos | Ton clip, ton EPK, ta live session : deux ou trois vidéos au plus, avec des liens cliquables |
| 6. La revue de presse | Tes parutions, les plus prestigieuses en premier, avec les logos des médias en gros et quelques citations |
| 7. Les dates | Tes plus beaux concerts et tes premières parties |
| 8. Les photos de presse | Une sélection de photos récentes, en haute définition |
| 9. Les contacts | Mail, téléphone, réseaux sociaux, et le nom de ton entourage : management, label, tourneur |
Quelques règles pour que ton dossier soit lu :
- Optimise chaque page. Ne mets pas un lien par page : quatre sorties tiennent sur une page, dix articles aussi. Chaque page ajoutée doit se justifier.
- Tous les liens doivent être cliquables. Un lien qu’il faut recopier ne sera pas ouvert.
- Sélectionne. Mets tout ce que tu as, puis trie, et ne garde que l’essentiel. Un dossier de presse, c’est l’essence du projet, pas son historique.
- Reste dans le projet actuel. Des photos ou des articles d’une ancienne époque, avec une autre direction artistique, brouillent le message. Ce qui est trop ancien, enlève-le.
- Retire les pages internes. Tes objectifs de l’année, ton moodboard ou ta palette de couleurs restent chez toi. Comme le dit Cédric : « les objectifs, tu les dis, tu ne les écris pas ».
- Ajoute une preuve d’exposition. Une capture d’une playlist où tu figures, avec son nombre d’abonnés, compte autant qu’un passage radio.
Le format : Canva, un PDF léger, un lien direct
Pas besoin de graphiste pour commencer. Sur Canva, crée un document au format A4, cherche « dossier de presse » dans les modèles, et choisis-en un ou plusieurs qui se rapprochent de ce que tu veux. Le plus long, c’est de choisir sa mise en page. Une fois choisie, garde-la et contente-toi de mettre le contenu à jour à chaque nouveauté.
Exporte ensuite en PDF et vérifie son poids. Un dossier de six pages qui pèse 40 mégaoctets ne sera pas téléchargé. Un outil comme iLovePDF le ramène à un ou deux mégaoctets sans abîmer la qualité. Envoie-le en lien direct vers le PDF, plutôt qu’un dossier partagé où le journaliste devrait chercher les fichiers un par un : il ne le fera pas.
Tu peux aussi décliner ton dossier : une version tournée vers la presse, une version tournée vers le live, avec tes dates et tes vidéos de concert. Tu peux enfin créer une page web unique qui reprend tout, avec des lecteurs audio et vidéo intégrés : c’est le dossier de presse en ligne.
La bio : courte, vraie, et la tienne
Prépare deux versions : une bio longue, d’une page au plus, pour le dossier de presse, et une bio courte, de deux à quatre phrases, pour tes mails. La bio longue raconte une histoire, pas un CV. Tu peux y ajouter un court passage sur chaque titre, pour donner de la matière au journaliste.
Olivier Rigout, cofondateur d’Alter K, donne un test tout simple : « quand une bio peut parler de quelqu’un d’autre que toi, c’est mort ». Si ton texte pourrait figurer dans le dossier de n’importe quel artiste, il ne dit rien. Quelques règles :
- Bannis les formules toutes faites : « fer de lance », « album de la maturité », « sans concession », « passionné depuis l’enfance ».
- Ne te décerne pas de compliments. Une phrase élogieuse n’a sa place que si elle est signée, par exemple citée d’un journaliste.
- Parle de ta musique : comment elle sonne, les instruments, ta ville, ton parcours, ce qui te pousse.
- Cite deux ou trois influences, pas une seule. Une seule fait penser à un sosie, deux ou trois dessinent un croisement.
- Raconte une histoire vraie. Samuel Degasne, journaliste musical, rappelle que « l’histoire est d’autant plus puissante si c’est une histoire vraie ». Un détail personnel n’a sa place que s’il se retrouve dans la musique.
- Fais-la relire par quelqu’un d’extérieur, et prépare une version en anglais.
Une intelligence artificielle peut t’aider à remettre une bio dans l’ordre. Ne lui demande pas de l’écrire à ta place : le résultat ressemble à toutes les autres.
Les photos de presse
La photo de presse n’est pas ta pochette. C’est une série de 5 à 10 photos en haute définition, faites pour illustrer des articles : de face, de profil, en gros plan, en plan large, à l’horizontale et à la verticale. Fais-les faire par un photographe qui connaît la presse musicale, à partir d’un brief écrit : une séance mal préparée peut donner des photos inutilisables par une partie des médias. Et garde des photos du projet actuel : si ton image a changé, tes photos aussi.
Pour aller plus loin sur la bio, la photo de presse et la live session, écoute les conseils de Christophe Crenel, journaliste et photographe.
L’EPK : la vidéo qui présente ton projet
En France, quand on parle d’EPK, on pense surtout à une vidéo de présentation. C’est un mini-reportage de cinq à six minutes au plus : l’artiste ou les membres du groupe racontent le projet, d’où il vient, ce qu’il cherche, sur des images de studio, de concert et de la vie de tous les jours, avec la musique en fond. C’est en quelque sorte une bio vivante : en cinq minutes, un pro découvre ton visage, ta voix, ton son et ton intention.
C’est l’outil de promotion préféré de Cédric Tilèpe, pour trois raisons :
- Il fait gagner du temps aux journalistes. Un média qui fait un sujet sur un artiste en développement vient rarement avec une équipe de tournage. Une télévision locale peut reprendre des extraits de ton EPK.
- Il sert à tout le monde : journalistes, radios, programmateurs, labels, partenaires, et ton public. Épingle-le en haut de tes réseaux sociaux.
- Il dure plus longtemps qu’un clip. Un clip sert un single pendant quelques mois. Un EPK lié à une sortie te sert un an ou deux pour démarcher.
Il se tourne avec peu de moyens, un appareil photo suffit. Ce qui fait la différence, c’est le nombre de plans tournés, puis le montage et l’étalonnage des couleurs. Si tu ne sais pas monter, entoure-toi d’une petite équipe. Deux détails : ne dépasse pas six minutes, et ne mets pas de logo sur l’image, pour qu’une chaîne puisse y mettre le sien. Le nom de l’artiste en titre suffit.
Au sens anglo-saxon, l’EPK désigne aussi un dossier de presse en ligne : une page qui regroupe ta musique, tes vidéos, tes photos et ta bio. Les deux sens se rejoignent : l’EPK doit permettre de découvrir ton projet en un clic.
La revue de presse : un actif, à montrer avec soin
La revue de presse rassemble tes parutions, tous médias confondus : web, presse écrite, radio, télé, et les playlists où tu figures. Tu ne la décides pas : un journaliste choisit d’écrire ou non sur ton projet. Au début, elle est vide, et ce n’est pas grave. Ne boude aucun média, même petit : c’est comme ça qu’elle se remplit. Classe ensuite tes parutions de la plus prestigieuse à la plus modeste.
Archive tout chez toi, au moment de la parution. Paul de Montreuil, longtemps animateur à Europe 2, a vu disparaître du jour au lendemain trois ans d’interviews et de sessions filmées pour son émission. Une parution hébergée chez un média est un actif emprunté : télécharge-la, fais une capture, garde une copie.
Choisis aussi à qui tu la montres. Face à un attaché de presse, un tourneur ou un partenaire, elle rassure. Face à un média qui cherche l’exclusivité, elle peut jouer contre toi. Laurence Rémila, de Technikart, l’explique : si on lui liste tous les articles déjà parus, il ne voit pas ce que son journal peut apporter. Devant ce type de média, propose plutôt quelque chose à faire ensemble.
Un dossier pour la presse, un autre pour démarcher
Ton dossier de presse n’est pas le même selon la personne qui le reçoit :
| Pour qui | Ce qu’il regarde en premier | Ce que tu mets en avant |
|---|---|---|
| Un journaliste | Le visuel, le titre à écouter, l’accroche | Ton dernier single clippé, ta bio, ta revue de presse |
| Un programmateur de salle | L’énergie sur scène | Une vidéo de concert qui envoie, tes dates, tes premières parties, ta fiche technique |
| Un label, un éditeur, un tourneur | Le potentiel et ce qui reste à signer | Ta musique, ton public, ton management |
Le dernier cas mérite une précision. Quand tu démarches un pro pour signer, ne mets pas en avant que ta propre structure te produit ou t’édite : fais seulement figurer ton management. Le partenaire doit voir que ton master et ton édition sont encore libres. Retire aussi le sommaire et les pages tournées vers le live.
Ce que les pros regardent aussi, c’est ton entourage. Tanguy Aubrée explique qu’un journaliste trop sollicité regarde qui s’engage déjà autour d’un projet : une association ou un petit label, une salle qui t’accompagne, des tremplins passés. Mentionne-les.
Comment envoyer ton dossier de presse
Samuel Degasne reçoit une centaine de mails d’attachés de presse par jour, et environ cent cinquante albums par semaine. Sa question devant chaque envoi : « en quoi on vous met par-dessus de la pile ? ». Ton mail doit y répondre en quelques lignes. Les quatre règles du livre de Cédric Tilèpe :
- Dis ce que tu attends : une chronique, une date, un passage radio.
- Personnalise : un mail adressé à une personne, avec une vraie raison de lui écrire, pas un envoi en masse.
- Reste factuel : des faits et du son, pas de superlatifs.
- Va à l’essentiel : un lien d’écoute (un à trois titres, quatre au plus), un lien vidéo, ta bio courte, tes influences, et les faits qui rassurent : premières parties, tremplins, label.
Choisis des plateformes ouvertes à tous, comme YouTube ou SoundCloud : un lien vers une plateforme que ton destinataire n’utilise pas ne sera pas ouvert. Tant que tes titres ne sont pas sortis, un lien d’écoute privé permet de les faire découvrir en avant-première. Écris de préférence au nom de ta structure ou de ton manager : beaucoup de pros préfèrent avoir un interlocuteur en face d’eux. Et si tu relances, ne relance que ceux qui ont cliqué, comme le conseille Dorian Perron, cofondateur de Groover.
Pour les radios, prévois en plus un fichier audio en haute qualité, et les paroles de tes titres. Pour aller plus loin sur l’envoi, lis notre article sur le lien qui fait écouter un pro, et notre guide pour intéresser un journaliste musical.
Bio, dossier de presse, EPK, calendrier de sortie : en deux heures, une séance de stratégie t’aide à préparer un kit promo qui donne envie de t’écouter.
Faire le point en 2 h →Découvrir TEMPO StructurationQuestions fréquentes
Quelle différence entre un dossier de presse et une revue de presse ?
Le dossier de presse présente ton projet : bio, photos, discographie, vidéos, dates et contacts. La revue de presse rassemble ce que les médias ont déjà publié sur toi : articles, passages radio et télé, interviews, playlists. La revue de presse est une partie du dossier de presse.
Qu’est-ce qu’un EPK en musique ?
EPK veut dire electronic press kit, kit de presse électronique. En France, on appelle surtout EPK une courte vidéo de présentation, de cinq à six minutes, où l’artiste raconte son projet sur des images de studio et de concert. Au sens large, le mot désigne aussi un dossier de presse en ligne, sur une page web unique.
Combien de pages doit faire un dossier de presse d’artiste ?
Entre six et dix pages suffisent : une couverture, la bio, la discographie, les vidéos, la revue de presse, les photos de presse et les contacts. Chaque page en plus doit se justifier. Le PDF doit rester léger, quelques mégaoctets au plus.
Que mettre dans un dossier de presse quand on débute et qu’on n’a pas encore de presse ?
Tout le reste : une bio travaillée, des photos de presse, ta musique, une vidéo, tes dates et tes contacts. La revue de presse viendra avec les premières parutions. Ne l’invente pas et ne la gonfle pas : une page vide vaut mieux qu’une page arrangée.
Faut-il envoyer son dossier de presse en pièce jointe ?
Le plus souvent, non. Un journaliste ou un programmateur ouvre rarement une pièce jointe lourde. Envoie un mail court avec un lien d’écoute et un lien vidéo, et garde le dossier de presse prêt à partir, en lien direct, quand on te le demande.
Quel outil utiliser pour faire son dossier de presse ?
Canva convient très bien : on y trouve des modèles de dossier de presse au format A4, qu’on peut combiner. Une fois ta mise en page choisie, garde-la et mets le contenu à jour à chaque nouveauté. Exporte en PDF, puis compresse le fichier, par exemple avec iLovePDF.
Ce qu’il faut retenir
- Le dossier de presse présente ton projet, la revue de presse rassemble tes parutions, l’EPK le raconte en vidéo.
- Six à dix pages suffisent : couverture, bio, discographie, vidéos, revue de presse, dates, photos, contacts.
- Un PDF léger, des liens cliquables, une mise à jour à chaque nouveauté.
- L’EPK est l’outil le plus efficace : cinq à six minutes, sans logo, utile pendant un an ou deux.
- Le dossier ne s’envoie pas en premier : un mail court, un lien d’écoute, un lien vidéo, puis le dossier quand on te le demande.
Sources : « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitre sur la promotion, à paraître le 2 février 2027) ; séances de formation TEMPO ; interviews de Samuel Degasne, Tanguy Aubrée (Daydream Music), Olivier Rigout (Alter K), Olivier Nuc (Le Figaro), Laurence Rémila (Technikart), Paul de Montreuil et Dorian Perron (Groover) pour L’Atelier de Cédric.
Pour aller plus loin : la presse musicale est-elle encore utile ?, le métier d’attaché de presse, choisir une agence de promotion musicale et la fiche technique et le rider.

Pour aller plus loin, tout est dans Le Music Business en France
Le livre de Cédric Tilèpe, nourri de plus de 200 interviews de pros du music business. Sortie le 2 février 2027.
Découvrir le livre →