Billetterie de concert : vendre ses places quand on produit sa date (2026)

par | Nov 4, 2026

Quand une salle achète ton concert, la billetterie n’est pas ton affaire : c’est elle qui vend les places. Mais dès que tu loues une salle ou que tu partages la recette, tu deviens celui qui vend les billets. Il faut alors fixer un prix, choisir où vendre, connaître les taxes, déclarer le concert, et payer les artistes, quel que soit le nombre de spectateurs.

Voici comment fonctionne la billetterie d’un concert quand tu produis ta date : qui la gère, ce qu’il te faut pour vendre des billets, ce qu’il reste d’un billet une fois les taxes payées, et comment vendre. Ces repères viennent du livre de Cédric Tilèpe sur le music business et des professionnels du live reçus par L’Atelier de Cédric. Ils datent de 2026 : les taux changent, fais-les confirmer par ton expert-comptable.

Qui gère la billetterie ? Tout dépend du contrat

La billetterie revient à celui qui prend le risque financier de la date. Il y a trois façons de vendre un concert :

Le contratQui vend les billetsQui prend le risque
La cessionLa salle ou l’organisateurLa salle : elle t’achète ton concert à prix fixe, pleine ou vide
La coréalisationLe plus souvent la salle, avec un partage de la recettePartagé : un fixe (parfois nul) et un pourcentage de la billetterie
La location de salleToi, ou ta structureToi : tu gardes toute la recette, mais tu paies tout

Perrine Chevalon, directrice de la communication et de la billetterie chez À Gauche de la Lune, à Lille, l’illustre avec un même groupe sur deux dates. À Paris, sa société loue la salle, vend les billets et paie les artistes « quel que soit le remplissage de la date » : elle est productrice et porte tout le risque. À Amiens, la salle achète le concert : c’est elle qui devient productrice. Même groupe, même spectacle, deux billetteries différentes.

Retiens la géographie : à Paris, on loue souvent la salle ou on coréalise ; en région, la cession est plus courante, portée par les salles subventionnées. Pour le détail des contrats, lis notre article sur le contrat de cession.

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Ce qu’il te faut pour vendre des billets

  • Une structure, association ou société, qui encaisse la recette et emploie les artistes.
  • La licence d’entrepreneur de spectacles, qui se déclare en ligne et vaut cinq ans. La catégorie 3 concerne la diffusion et la billetterie, la catégorie 2 la production. Un organisateur occasionnel en est dispensé jusqu’à six représentations par an.
  • Des artistes payés. Dès qu’une date est payante et dégage un bénéfice, toutes les personnes sur scène sont salariées. Un organisateur occasionnel les paie par le GUSO. Voir notre article sur la présomption de salariat.
  • Une assurance de responsabilité civile d’organisateur.
  • Les déclarations : à la Sacem pour le concert, et, pour les titulaires de la licence, la déclaration des billets vendus au ministère de la Culture (le système SIBIL). Au-delà de 1 500 personnes, une déclaration en mairie au moins un mois avant.

Ce qu’il reste d’un billet

Le prix affiché n’est pas ce que tu encaisses. Voici les principales sommes qui s’en vont, d’après les règles de 2026 :

Le posteLe montantÀ savoir
La TVA5,5 % du prix du billet2,10 % sur les 140 premières représentations d’une création. Le taux peut changer si le lieu sert à boire pendant le concert, sauf pour les cafés-concerts et les lieux affiliés au CNM
La Sacem11 % des recettes, ou 8,8 % si le concert est déclaré à l’avanceUn forfait existe pour les petits événements. Ces droits reviennent aux auteurs des chansons jouées
La taxe du CNM3,5 % des recettes de billetterie hors taxesNon perçue sous 80 € de taxe par an ; une partie peut revenir à l’organisateur sous forme d’aides
La plateforme de billetterieUne commission ou des frais par billetVariable selon la plateforme : lis bien qui paie les frais, toi ou l’acheteur

Prenons un exemple simple, en ordre de grandeur : 100 billets vendus 15 € toutes taxes comprises. La recette hors taxes est d’environ 1 422 €. Après la Sacem au tarif réduit (environ 125 €) et la taxe du CNM (environ 50 €), il reste autour de 1 250 €, avant les frais de la plateforme. Et c’est avec cette somme qu’il faut payer la salle, les artistes, les techniciens et la communication. Fais valider tes calculs par ton expert-comptable : la base de chaque taxe dépend de ta situation.

Quand tu es assujetti à la TVA, tu peux récupérer la TVA de tes achats, souvent à 20 %, alors que tu vends tes billets à 5,5 % : cette différence joue en ta faveur. Pour les dépenses de production, pense aussi au crédit d’impôt spectacle vivant, si ta structure y a droit.

Déclare ton concert à la Sacem, pour récupérer tes droits

C’est le réflexe que presque tous les artistes oublient. La part que l’organisateur verse à la Sacem revient aux auteurs des chansons jouées ce soir-là, donc à toi si tu joues tes propres titres, à une condition : que le programme du concert soit déclaré. Sinon, cet argent est réparti entre ceux qui ont déclaré les leurs.

Il y a deux déclarations. L’organisateur déclare le concert et son programme. Toi, l’auteur, tu déclares ton programme depuis ton espace membre de la Sacem, puis tu y associes tes dates. Si tu produis toi-même ta date, tu fais les deux. Et tu peux vérifier dans ton espace membre, rubrique « Données de diffusion », que chaque date a bien été prise en compte. En début de carrière, ces droits pèsent souvent plus lourd que ceux du streaming.

Vendre ses billets, c’est un métier

Perrine Chevalon parle de « la science de vendre des billets ». Mettre les billets en ligne ne suffit pas : il faut un plan de vente. Quand ouvrir la vente, à quel prix, par quels canaux, comment relancer à trois semaines du concert, et pour quels publics : comités d’entreprise, groupes, personnes à mobilité réduite.

  • Fixe ton prix d’après ton coût et le prix des concerts comparables dans la même salle et la même ville. Une prévente moins chère peut lancer les ventes.
  • Choisis ta plateforme en comparant la commission, les frais payés par l’acheteur, le délai de versement de la recette, l’accès aux coordonnées des acheteurs et le contrôle des billets à l’entrée.
  • Ouvre la vente au bon moment, avec une annonce, et prévois des relances : une actualité, une vidéo, une première partie annoncée.
  • Suis les ventes chaque semaine, pour réagir tôt si elles ne décollent pas.

Attention aussi aux absents. François Audigier, de la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand, décrit des soirées complètes en billetterie où 150 à 200 personnes ne viennent pas. Si tu produis ta date, ne calcule pas tes recettes de bar sur le nombre de billets vendus. Pour la communication et le remplissage, lis notre article sur la méthode pour remplir une salle.

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Questions fréquentes

Qui gère la billetterie d’un concert ?

Celui qui prend le risque financier de la date. Si une salle achète ton concert par un contrat de cession, c’est elle qui vend les billets. En coréalisation, la recette est partagée selon le contrat. Si tu loues la salle, c’est toi le producteur de la date : tu vends les billets, tu encaisses la recette et tu paies tout.

Quelle TVA sur un billet de concert ?

Les billets de concert sont soumis à une TVA réduite de 5,5 %, et même de 2,10 % sur les 140 premières représentations d’une création. Le taux peut changer si le lieu sert des consommations pendant le spectacle, sauf exceptions. Fais valider ta situation par ton expert-comptable.

Combien prend la Sacem sur la billetterie d’un concert ?

L’organisateur paie à la Sacem 11 % des recettes au tarif général, ramenés à 8,8 % s’il déclare le concert à l’avance et signe l’autorisation. Pour les petits événements, un forfait existe. Ces droits reviennent aux auteurs des chansons jouées, à condition que le programme du concert soit déclaré.

Qu’est-ce que la taxe billetterie du CNM ?

C’est une taxe de 3,5 % des recettes de billetterie hors taxes des spectacles de musiques actuelles et de variétés, versée au Centre national de la musique. Elle n’est pas perçue tant qu’elle reste sous 80 € par an. Une partie peut revenir à l’organisateur sous forme d’aides.

Faut-il une licence pour vendre des billets de concert ?

Oui, dès que tu organises des spectacles de façon régulière : la licence d’entrepreneur de spectacles, qui se déclare en ligne. Un organisateur occasionnel en est dispensé jusqu’à 6 représentations par an, et il paie alors les artistes par le GUSO.

Comment fixer le prix d’un billet de concert ?

Pars de ton coût, puis regarde le prix des concerts comparables dans la même salle et la même ville. Pense aux taxes et aux frais de la plateforme, à un tarif réduit ou à une prévente moins chère pour lancer les ventes, et à la jauge réelle : un concert complet peut compter beaucoup d’absents.

Ce qu’il faut retenir

  • La billetterie revient à celui qui prend le risque : la salle en cession, toi si tu loues la salle.
  • Pour vendre des billets, il faut une structure, la licence ou la dispense d’organisateur occasionnel, une assurance, et des artistes payés.
  • Sur chaque billet : la TVA à 5,5 %, la Sacem à 8,8 ou 11 %, la taxe du CNM à 3,5 %, et les frais de la plateforme.
  • Déclare ton programme à la Sacem pour récupérer tes droits d’auteur.
  • Vendre des billets demande un plan : un prix, des canaux, des relances, et une marge pour les absents.

Sources : « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitre sur le live et annexe des taux, à paraître le 2 février 2027) ; règles de la Sacem pour les concerts (2025-2026) ; Centre national de la musique (taxe sur la billetterie) ; code général des impôts (articles 278-0 bis et 281 quater) ; interviews de Perrine Chevalon et François Audigier pour L’Atelier de Cédric.

Pour aller plus loin : remplir une salle de concert, le contrat de cession, les métiers du live et décrocher une première partie.

Couverture du livre Le Music Business en France, de Cédric Tilèpe
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