Décrocher une première partie : comment ça marche vraiment (2026)

par | Nov 4, 2026

Jouer en première partie d’un artiste connu, c’est le rêve de beaucoup de groupes : une vraie salle, un public qui n’est pas venu pour toi, et un nom à ajouter à ton dossier de presse. C’est aussi l’un des sujets les plus fantasmés du métier. Qui choisit vraiment ? Faut-il payer ? Est-ce que ça rapporte ?

Voici comment fonctionnent vraiment les premières parties, comment en décrocher une, combien elles rapportent, et l’aide qui existe pour les financer. Ces conseils viennent du livre de Cédric Tilèpe sur le music business, de ses séances de formation, et des programmateurs, tourneurs et directeurs de salle reçus par L’Atelier de Cédric.

Qui décide de la première partie ?

Le réflexe de tout le monde, c’est d’écrire à la salle. Or la salle n’est pas toujours celle qui décide. Il y a en réalité quatre portes, et elles ne s’ouvrent pas au même étage :

La porteComment ça marchePour qui
Le catalogue du producteurLe producteur de la tournée place un artiste de son propre catalogue, souvent à la demande du label ou de l’éditeurLes artistes déjà entourés
Le choix de l’artiste principalLa tête d’affiche choisit qui joue avant elle, ou les agences s’échangent les places entre leurs artistesLes artistes repérés par un tourneur ou par la tête d’affiche
Le réseau d’une salleUne salle qui t’accompagne te recommande, ou te programme en ouverture d’un artiste qu’elle accueilleLes artistes en développement, à commencer par les locaux
La place payéeSur certaines grosses tournées, l’ouverture se vend, ou s’obtient quand un label finance une partie de la tournée de la tête d’afficheLes projets soutenus par un label ou un producteur

Pierre Pauly, directeur artistique des Francofolies de La Rochelle et ancien directeur du Zénith de Nancy, est clair : dans un Zénith, écrire à la salle ne sert à rien, parce qu’elle n’est pas productrice du spectacle. La première partie se décide dans l’équipe de la tournée. Dans une salle de musiques actuelles ou chez un organisateur local, en revanche, un mail reste possible.

Mathieu Vincent, agent et producteur de spectacles chez 3C à Bordeaux, ajoute que c’est souvent l’artiste principal qui choisit qui monte avant lui. Une première partie n’est jamais un dû, et rarement un chèque : c’est le plus souvent une affinité et un service rendu.

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Commence par la salle de ta ville

La porte la plus accessible, c’est la scène de musiques actuelles près de chez toi, en particulier les salles labellisées SMAC. Elles accueillent des artistes connus, et ces artistes ont besoin d’une première partie. Surtout, elles ont pour mission de soutenir les artistes de leur territoire.

Stéphanie Rodoz, aujourd’hui bookeuse chez Bi-Pole, explique qu’à l’époque où elle était chez W Spectacle, la société respectait au maximum le cahier des charges des SMAC : quand une salle devait faire jouer des groupes locaux en première partie, elle n’y imposait pas ses propres artistes. Ce créneau t’est ouvert en priorité. C’est la seule place du métier où tu es en concurrence avec ta ville, pas avec toute la France.

Une salle de ce type a deux services, qui ne répondent pas de la même façon. François Audigier, responsable de l’accompagnement à la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand, l’explique : le service d’accompagnement répond vite aux artistes de son territoire, parfois dans la demi-heure. La programmation, elle, prend plus de temps. Si tu cherches un appui, écris d’abord à l’accompagnement : une salle qui te suit pensera à toi pour une ouverture, et ton nom circulera chez les autres programmateurs du réseau.

Pour aller plus loin sur les salles et leur fonctionnement, lis notre article sur le développement d’un projet live.

Comment demander une première partie

Un programmateur reçoit des centaines de mails. Le tien doit répondre à un besoin réel, et tenir en quelques lignes.

  1. Repère une date sans première partie. Surveille les annonces de la salle, trouve un concert dont l’ouverture n’est pas annoncée, et écris sur cette date-là. François Audigier le conseille : « il ne faut pas hésiter à y aller au culot ».
  2. Personnalise ton mail. Le prénom de la personne, ce que tu as vu dans sa programmation, ton univers en une phrase, tes références (concerts, premières parties déjà faites, accompagnement), un lien audio et un lien vidéo.
  3. Ne parle pas d’argent dans le premier mail. Le prix se discute ensuite, quand le programmateur se montre intéressé.
  4. Relance. Une quinzaine de jours après, propose la première partie d’un artiste que la salle programme déjà. Puis, quinze jours plus tard, le téléphone. Trois ou quatre relances, c’est normal.
  5. Va dans les salles. Thierry Duval, du RIF, le réseau des musiques actuelles en Île-de-France, le répète : « il faut aller à la rencontre des personnes dans les lieux ». Annonce dans ton mail que tu viendras à tel concert : ce sera l’occasion d’en parler de vive voix.

Garde un ton sobre et professionnel : une signature avec ton téléphone, pas de couleurs, et ne finis pas ton mail par « musicalement ». Pour le contenu de ton dossier, lis notre guide du dossier de presse et de l’EPK.

Prépare une formule légère

Une première partie joue avant le spectacle principal, sur un bout de scène, avec peu de temps d’installation. Ce sont les productions des têtes d’affiche qui imposent des conditions techniques très réduites. Didier Veillault, directeur de la Coopérative de Mai, conseille de penser sa formule « pour vingt minutes, une demi-heure en première partie ». Pour un artiste inconnu, une ou deux personnes sur scène, c’est presque obligatoire.

Stéphane Labas, directeur et programmateur de la SMAC L’Empreinte à Savigny-le-Temple, le dit d’une phrase : « un groupe de onze personnes en première partie, je ne sais pas faire ». Chez lui, le groupe classique compte entre trois et cinq personnes.

Cela ne veut pas dire jouer toute ta vie en duo. Pense ton projet en déclinaisons : une version solo ou duo pour les ouvertures, une version complète pour tes propres dates. Et prépare une fiche technique allégée pour ces occasions : une fiche trop lourde peut suffire à faire refuser une date.

Combien rapporte une première partie ?

Peu, il faut le savoir. Dans un exemple de budget que Cédric Tilèpe présente en formation, un producteur fait tourner un groupe en développement, deux artistes et un ingénieur du son, sur dix dates :

Les chiffres de l’exemple
Le coût de la tournéeEnviron 21 000 € : 14 000 € de production (transport, matériel, affiches, imprévus) et 7 000 € de salaires
Les dates3 concerts vendus 1 000 € chacun, et 7 premières parties vendues 250 € chacune
Les recettes4 750 €
Les cachets en première partieEnviron 85 € nets par artiste, un peu moins qu’en tête d’affiche

La tournée perd de l’argent, et c’est souvent le cas pour un groupe en développement : ce sont les aides, comme celles du Centre national de la musique ou de l’ADAMI, qui permettent à un producteur de spectacles de faire tourner un projet. La première partie se compte quand même comme une vraie date dans une tournée.

Quand une salle t’annonce un « coût plateau », il ne comprend pas toujours tes déplacements : vérifie ce qui est inclus avant d’accepter, et écris-le dans le contrat de cession.

Ne joue pas sans être déclaré. Un artiste engagé pour jouer est présumé salarié : il reçoit un cachet, avec ses cotisations. Même si l’organisateur ne paie presque rien, déclare la date, par exemple par le GUSO, ne serait-ce que pour être assuré en cas de problème. Nous détaillons ce point dans notre article sur la présomption de salariat.

L’aide de l’ADAMI à la première partie

L’ADAMI, qui gère les droits des artistes-interprètes, a une aide faite pour ça. Voici ses conditions selon sa fiche d’octobre 2025, à vérifier sur le site de l’ADAMI avant de déposer :

Ce que prévoit l’aide
Ce qu’elle prend en charge70 % des salaires bruts des artistes-interprètes (calculés sur 150 € au plus par répétition et 300 € au plus par cachet), plus 250 € par date pour les frais techniques et administratifs
Le plafond6 000 €
Les datesAu moins 3 premières parties en 9 mois, dans des salles de plus de 250 places, pour des concerts de 20 à 45 minutes
Le contratChaque date payée par un contrat de cession de moins de 750 € hors taxes, et pas symbolique. Pas de festival, pas de co-plateau
La structureUne structure titulaire de la licence d’entrepreneur de spectacles, qui emploie elle-même les artistes
Le dépôtAu plus tôt 4 mois avant la première date, au plus tard le jour même. Deux aides par an et par structure

Deux précisions. L’aide est exclusive : aucun autre organisme ne peut financer les mêmes dates et les mêmes répétitions. Et les trois dates ne sont pas forcément les premières parties de la même tête d’affiche, d’après ce qu’un producteur s’est fait confirmer par l’ADAMI : ce n’est écrit nulle part, fais-le confirmer à ton tour avant de bâtir ton dossier.

Le jour de la première partie

  • Respecte ton temps de jeu, à la minute. C’est la première chose que la tête d’affiche et la salle retiendront.
  • Sois prêt vite. Les balances d’une première partie sont courtes, parfois inexistantes.
  • Tiens un stand pour tes disques et tes produits, et donne au public un moyen simple de te retrouver.
  • Remercie l’équipe et la tête d’affiche. Une première partie bien passée en appelle souvent une autre.
  • Ajoute-la à ton dossier de presse, dans tes dates, et cite-la dans tes prochains mails : c’est une référence qui rassure les programmateurs.
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Questions fréquentes

Comment décrocher une première partie ?

Commence par la salle de musiques actuelles de ta ville, qui fait souvent jouer des groupes locaux en ouverture. Repère dans sa programmation une date sans première partie annoncée et écris sur cette date-là, avec un lien audio et un lien vidéo. Prépare une formule légère, et va voir des concerts pour rencontrer les programmateurs.

Qui choisit la première partie d’un concert ?

Ce n’est pas toujours la salle. Dans les grandes salles, c’est souvent le producteur de la tournée ou l’artiste principal qui choisit, parfois un artiste de son propre catalogue. Dans une salle de musiques actuelles ou chez un organisateur local, le programmateur choisit lui-même, et un mail reste possible.

Une première partie est-elle payée ?

Elle doit l’être. Un artiste engagé pour jouer est présumé salarié : il reçoit un cachet déclaré. Le prix d’une première partie est bas, souvent quelques centaines d’euros pour le plateau, mais jouer sans être déclaré te laisse sans protection en cas de problème.

Faut-il payer pour faire une première partie ?

Sur certaines grosses tournées, la place d’ouverture peut se vendre ou s’échanger contre un soutien financier du label. Pour un artiste en développement, la voie normale reste celle du réseau : une salle qui t’accompagne, un tourneur, un artiste qui te choisit.

Quelle aide existe pour une première partie ?

L’ADAMI a une aide à la première partie pour les structures qui salarient les artistes : elle prend en charge une part des salaires et un forfait par date, avec un plafond de 6 000 €. Il faut au moins 3 premières parties en 9 mois. Vérifie les conditions en vigueur sur le site de l’ADAMI avant de déposer.

Combien de temps dure une première partie ?

Le plus souvent entre vingt minutes et une demi-heure. La fiche de l’ADAMI retient des concerts de 20 à 45 minutes. Prépare un set court, sans temps mort, et ne déborde jamais du temps qu’on t’a donné.

Ce qu’il faut retenir

  • La salle ne décide pas toujours : selon le niveau, c’est le producteur de la tournée, l’artiste principal ou le programmateur qui choisit.
  • Commence par la salle de ta ville, qui fait jouer des groupes locaux en ouverture et peut te recommander.
  • Écris sur une date précise, sans première partie annoncée, avec un mail court et personnalisé, puis relance.
  • Prépare une formule légère : vingt à trente minutes, peu de monde sur scène, une fiche technique allégée.
  • Fais-toi déclarer, même pour un petit cachet, et regarde l’aide de l’ADAMI si ta structure salarie les artistes.

Sources : « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitres sur le live et sur les aides, à paraître le 2 février 2027) ; séances de formation TEMPO ; interviews de Pierre Pauly, Mathieu Vincent, Stéphanie Rodoz, François Audigier, Didier Veillault, Stéphane Labas et Thierry Duval pour L’Atelier de Cédric ; fiche de l’aide à la première partie de l’ADAMI.

Pour aller plus loin : remplir une salle de concert, trouver un tourneur, le contrat de cession et la fiche technique et le rider.

Couverture du livre Le Music Business en France, de Cédric Tilèpe
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