Tu chantes depuis toujours, on te dit que tu as une belle voix, et tu te demandes si tu peux en faire ton métier. La réponse honnête : oui, c’est possible, mais la voix ne suffit pas. Chanteur, ce n’est pas un don qu’on attend de voir récompensé, c’est un métier qui se construit, avec ses statuts, ses revenus, ses portes d’entrée et ses pièges. Deux parcours pour s’en inspirer : Jean-Baptiste Guégan, qui s’est construit une carrière originale avec « la voix de Johnny », et le groupe Kyo, qui a su durer après « Le Chemin ».
Ce guide te donne la carte : les différentes façons de vivre du chant, ce que les pros attendent d’un chanteur, la question de l’écriture, les télé-crochets, ton statut et tes revenus, et les étapes pour te lancer. Il s’appuie sur les rencontres de L’Atelier de Cédric et sur vingt ans d’accompagnement d’artistes.
Chanteur, ce n’est pas un seul métier
Quand on dit « devenir chanteur », on pense à l’artiste dont le nom est sur l’affiche. Mais il existe plusieurs façons de vivre de sa voix, et beaucoup de chanteurs en combinent plusieurs :
- L’artiste qui porte son projet : il sort ses titres sous son nom, monte sur scène, construit un public
- Le chanteur ou la choriste d’accompagnement : en studio sur les disques des autres, en tournée derrière un artiste, à la télé
- Le chanteur de spectacle : comédies musicales, spectacles musicaux, troupes
- Le chanteur d’orchestre ou d’événementiel : bals, soirées, mariages, croisières, groupes de reprises
- Le chanteur qui transmet : cours de chant, ateliers, coaching vocal
Ces chemins ne s’excluent pas. Le chanteur Thierry Amiel, révélé par la Nouvelle Star en 2003, l’observe pour ceux qui chantent ce que d’autres écrivent : beaucoup se dirigent vers les comédies musicales, « et c’est pas non plus un vivier énorme ». Le bon réflexe : savoir quelle part de ton revenu vient de chaque branche, et ne jamais dépendre d’une seule.
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La voix ne suffit pas
Ce que cherchent les pros, ce n’est pas seulement quelqu’un qui chante juste. Thierry Amiel l’a formulé mieux que personne : « J’ai réalisé que chanter, c’était prendre la parole. C’est pas juste faire des sons. » La question qu’on te posera tôt ou tard, en rendez-vous avec un label, un tourneur ou un manager : qu’est-ce que tu as à raconter, et qu’est-ce qui te rend différent de tous les autres qui chantent bien ?
Ils regardent aussi ta constance. Le manager Loïc Lepillet se demande si la musique n’est « juste un hobby » pour la personne en face, « auquel cas ça ne m’intéresse pas », ou si c’est « vraiment quelque chose de vital ». Avoir un emploi à côté n’est pas un problème. Abandonner dans six mois, si.
Et la voix se travaille, comme un instrument : la technique, l’endurance pour enchaîner les dates, la santé vocale, l’interprétation. Pour savoir s’il te faut un professeur ou un coach, et comment le choisir, lis notre article sur le coach vocal et les cours de chant.
Écrire ou faire écrire
Tu n’es pas obligé d’écrire tes chansons. L’auteur-compositeur Kerredine Soltani, découvreur de Zaz, le dit sans détour : « les plus gros vendeurs […] sont ceux qui n’écrivent pas », parce que « l’interprète qui n’écrit pas, il s’entoure des meilleurs ». Lui-même, qui a écrit des tubes, travaille avec une dizaine d’auteurs.
Mais il faut le savoir : le chanteur qui n’écrit pas a perdu une grande partie de ce que lui rapportaient les ventes de disques. S’il ne touche pas de droits d’auteur, il vit de ses cachets et de ses droits d’interprète. Trois façons de faire :
- Faire écrire pour toi par des auteurs et des compositeurs, souvent trouvés par un éditeur ou un réalisateur
- Coécrire avec d’autres, en session ou en writing camp, en fixant les parts de chacun dès le premier jour
- Apprendre à écrire, quitte à te faire accompagner par un auteur que tu admires
Si tu coécris, lis notre guide sur le partage des droits entre co-auteurs. Pour comprendre la logique d’un interprète qui s’entoure, écoute notre rencontre avec Kerredine Soltani.
Les télé-crochets : une porte, pas un plan de carrière
Un télé-crochet peut te faire connaître du jour au lendemain. Mais écoute ceux qui sont passés par là. Emma Daumas, révélée par la Star Academy en 2002, a passé près de dix ans chez Universal avant de redevenir indépendante. Sa phrase : « Quand tu comprends qu’en fait c’est pas toi la star, c’est l’émission, et que toi, tu es le produit. » Elle le dit sans renier l’émission, à laquelle elle reste attachée.
Le piège le plus concret est au moment du contrat : « Nous, on avait pas de manager à la base pour signer les contrats, qui allait négocier. Tu veux faire l’émission, tu signes. » Si tu tentes un télé-crochet, fais relire ce que tu signes avant de signer. Et si tu en sors, ton premier geste est de ressortir tes contrats.
Après l’émission, il faut souvent tout reconstruire. Thierry Amiel a mis « genre sept ans » à revenir avec un quatrième album, Emma Daumas une dizaine d’années. Ce ne sont pas des normes, ce sont des ordres de grandeur : dans ce métier, on compte en années, pas en mois.
Ton statut et tes revenus
Quand tu chantes sur scène ou en studio, tu es artiste-interprète, et la loi présume que tu es salarié : tu es payé au cachet. Si tu accumules assez d’heures (507 heures, soit 43 cachets, sur 12 mois), tu peux ouvrir des droits à l’assurance chômage des intermittents du spectacle. Ce n’est pas un statut, c’est un régime d’indemnisation. Tout est expliqué dans notre guide de l’intermittence.
| Ce que tu fais | Ce que tu touches | Qui te paie |
|---|---|---|
| Tu chantes sur scène ou en studio | Un cachet (salaire) | L’organisateur, le producteur |
| Ton enregistrement est diffusé, tu es l’artiste principal | Des droits voisins | L’Adami |
| Ton enregistrement est diffusé, tu es choriste ou chanteur d’accompagnement | Des droits voisins | La Spedidam |
| Tu as écrit ou composé la chanson | Des droits d’auteur | La Sacem |
| Tu produis tes propres enregistrements | Les revenus du master | Ton distributeur |
La différence entre l’Adami et la Spedidam, c’est le rôle que tu as tenu sur l’enregistrement, pas ton talent ni ta notoriété. Pour savoir quand ces droits tombent, lis notre article sur le calendrier des répartitions. Et retiens une règle : même pour un ami, même pour un projet « entre potes », un chanteur qui enregistre ou monte sur scène doit être payé.
Se lancer : les étapes
- Enregistre quelques titres, pas forcément un album : deux ou trois titres qui montrent qui tu es suffisent pour commencer. Lis notre article single, EP ou album
- Monte sur scène, le plus souvent possible : premières parties, scènes ouvertes, petites salles. C’est souvent là que les pros repèrent, sur la recommandation des tourneurs
- Inscris-toi aux tremplins et aux dispositifs d’accompagnement : lis notre guide des tremplins et dispositifs
- Construis ton entourage : un manager, un éditeur, un tourneur, au bon moment. Pour démarcher, lis notre guide des labels et maisons de disques en France
- Structure-toi quand ton projet grandit : l’asso d’abord, la société plus tard
Emma Daumas a suivi cet ordre en repartant en indépendante : une association pendant six ans pour porter ses projets, puis une société de production et d’édition quand elle s’est sentie « assez solide ». Personne ne le lui avait appris : c’est simplement le bon ordre.
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Découvrir la formation →Recevoir le guide gratuitQuestions fréquentes
Comment devenir chanteur professionnel ?
En travaillant ta voix et ton interprétation, en montant sur scène le plus souvent possible, en enregistrant quelques titres qui montrent qui tu es, en t’inscrivant aux tremplins et en construisant ton entourage. La voix ne suffit pas : on attend d’un chanteur qu’il ait quelque chose à raconter et qu’il tienne dans la durée.
Faut-il savoir écrire ses chansons pour devenir chanteur ?
Non. Beaucoup d’interprètes chantent ce que d’autres écrivent et s’entourent d’auteurs et de compositeurs. Mais sans droits d’auteur, tu vis de tes cachets et de tes droits d’interprète : c’est une raison de diversifier tes revenus, ou d’apprendre à coécrire.
Comment est payé un chanteur ?
Sur scène ou en studio, au cachet, comme salarié. Il touche aussi des droits voisins quand ses enregistrements sont diffusés (Adami pour l’artiste principal, Spedidam pour l’accompagnement), et des droits d’auteur s’il a écrit ou composé (Sacem).
Un chanteur peut-il être intermittent du spectacle ?
Oui. Payé au cachet, il peut ouvrir des droits à l’assurance chômage des intermittents s’il réunit 507 heures, soit 43 cachets, sur 12 mois. L’intermittence est un régime d’indemnisation, pas un statut.
Faut-il passer par un télé-crochet pour devenir chanteur ?
Non. Un télé-crochet peut faire connaître très vite, mais ce n’est pas un plan de carrière : ceux qui en sortent racontent souvent des années de reconstruction. Si tu tentes l’expérience, fais relire ton contrat avant de signer.
Faut-il prendre des cours de chant ?
La voix se travaille comme un instrument : technique, endurance, santé vocale, interprétation. Un professeur ou un coach vocal aide beaucoup, surtout avant une tournée ou un enregistrement. Le bon choix dépend de ton objectif.
Ce qu’il faut retenir
- Chanteur, ce n’est pas un seul métier : artiste, choriste, chanteur de spectacle ou d’événementiel, professeur ; beaucoup combinent plusieurs branches.
- La voix ne suffit pas : on attend d’un chanteur qu’il ait quelque chose à raconter et qu’il tienne dans la durée.
- Tu peux chanter ce que d’autres écrivent, mais sans droits d’auteur, il faut diversifier tes revenus.
- Un télé-crochet est une porte, pas un plan de carrière : fais relire ton contrat avant de signer.
- Sur scène et en studio, tu es payé au cachet ; tes droits d’interprète passent par l’Adami ou la Spedidam selon ton rôle.
- Enregistre quelques titres, monte sur scène, inscris-toi aux tremplins, entoure-toi au bon moment.
- Compte en années, pas en mois.
Sources : « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitres 0-2, 4, 5, 11, 23 et 26) ; interviews de L’Atelier de Cédric avec Thierry Amiel, Emma Daumas, Kerredine Soltani et Loïc Lepillet.
Pour aller plus loin : coach vocal ou cours de chant, devenir musicien professionnel, le guide de l’intermittence, les tremplins et dispositifs d’accompagnement, les labels et maisons de disques en France et monter une comédie musicale, avec Roberto Ciurleo.

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