Écrire à plusieurs : comment partager les droits d’un titre entre co-auteurs

par | Nov 6, 2026

Tu as écrit un titre à deux, à trois, en session ou en writing camp. Tout le monde était content, personne n’a parlé d’argent. Puis le titre marche, une synchro arrive, et la question tombe : qui a fait quoi, et qui touche combien ? C’est là que les amitiés se fâchent et que les titres se bloquent. Pas parce que les gens sont malhonnêtes, mais parce que personne n’avait rien écrit.

Ce guide te donne les règles pour partager les droits d’un titre écrit à plusieurs : qui est co-auteur et qui ne l’est pas, comment fixer les parts, ce qui change à la Sacem, comment gérer un featuring, et le document à signer le jour même. Les règles de la Sacem ont été vérifiées le 6 novembre 2026.

Qui est co-auteur, et qui ne l’est pas

Être dans la pièce ne fait pas de toi un co-auteur. Le co-auteur, c’est celui qui apporte un apport original et identifiable à l’œuvre : des paroles, une mélodie, une structure, une idée musicale qui se reconnaît. La cour d’appel de Versailles l’a rappelé en mars 2026 : jouer d’un instrument ou apporter de la technique ne suffit pas, et la qualité de co-auteur se prouve œuvre par œuvre.

  • Auteur : celui qui écrit les paroles
  • Compositeur : celui qui écrit la musique (mélodie, harmonie, structure). Un beatmaker qui crée l’instrumental est compositeur
  • Arrangeur : celui qui adapte une œuvre existante. Attention : dès qu’il apporte une vraie idée mélodique ou structurelle, il bascule co-compositeur
  • Interprète : celui qui chante ou joue. Il a des droits sur l’enregistrement (les droits voisins), pas sur l’œuvre, sauf s’il a aussi écrit

Deux rôles reviennent sans cesse dans les conflits : le musicien qui a « trouvé le riff » et le chanteur qui a « changé deux mots ». La question à se poser est toujours la même : son apport se reconnaît-il dans l’œuvre finale ? Si oui, on en parle. Si non, il est rémunéré comme musicien ou comme interprète, pas comme co-auteur. Pour le cas du beatmaker, lis notre article beatmaker : compositeur, producteur ou les deux.

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Comment fixer les parts

Il n’y a pas de barème légal : les parts se décident entre vous. Trois façons de faire reviennent le plus souvent :

  • Parts égales entre tous les créateurs : simple, rapide, et ça évite les discussions titre par titre. C’est la pratique la plus courante en session à plusieurs
  • Moitié paroles, moitié musique, puis partage à l’intérieur de chaque moitié : les auteurs se partagent la part texte, les compositeurs la part musique
  • Au prorata de l’apport réel : plus juste sur le papier, mais plus difficile à évaluer et plus propice aux désaccords

Et si vous n’aviez rien décidé ? La cour d’appel de Versailles l’a rappelé : à défaut d’accord entre vous, les parts peuvent être présumées égales, une fois que chaque co-auteur a été reconnu. C’est ton meilleur point de départ si tu dois régler un vieux titre : on ne part pas des souvenirs de chacun, on part de 50/50, ou de trois parts égales si vous étiez trois. Et à partir de là, on discute. Pour entendre deux auteurs parler de leur métier, lis aussi notre rencontre avec Élisabeth Anaïs et Pierre-Yves Lebert.

Ce que fait la Sacem de ton partage

Une fois les parts fixées, tu les déclares à la Sacem avec le bulletin de déclaration de l’œuvre. Ce bulletin est la carte d’identité de l’œuvre : un bulletin par œuvre, signé par tous les ayants droit, avec un total de 100 %. Chaque créateur y indique son rôle, son numéro IPI et sa part.

Mais attention, et presque personne ne le sait : la part que tu inscris ne s’applique pas à tout ton argent. La Sacem perçoit deux grands types de droits :

  • le droit de reproduction (disques, streaming pour sa part « reproduction ») : il suit le partage que vous avez déclaré
  • le droit d’exécution publique (radio, télé, concerts, lieux publics) : par défaut, il se partage à parts égales entre co-auteurs et entre co-compositeurs, quelle que soit la part déclarée

Depuis le 1er janvier 2019, pour les nouvelles œuvres, tu peux choisir d’appliquer ton partage aussi au droit d’exécution publique. C’est une option à cocher au moment du dépôt en ligne, et la réponse « non » est cochée par défaut. Si tu ne fais rien, l’égalité s’applique sur la radio, la télé et les concerts. Si vos parts sont inégales, pense à cocher « oui ».

Deux autres règles à connaître :

  • la part de l’arrangeur est prise sur celle des créateurs, jamais sur celle de l’éditeur. Quand c’est possible, mieux vaut reconnaître un vrai co-compositeur qu’un arrangeur
  • un titre qui contient un sample ou un emprunt doit avoir l’autorisation des ayants droit avant d’être déclaré (lis notre article sur l’utilisation d’un extrait sans autorisation)

Pour la déclaration elle-même et la façon dont la Sacem répartit l’argent, lis notre article Sacem : déclarer et toucher ses droits.

Un dépôt, c’est un contrat de mariage

Co-déposer, c’est facile d’y entrer, compliqué d’en sortir. Une fois l’œuvre déclarée, la corriger suppose la signature de tout le monde. Le bulletin qui annule et remplace existe, mais il enregistre un accord retrouvé, il ne tranche pas un désaccord. Et la Sacem n’arbitre pas à ta place : elle enregistre un accord, elle ne règle pas un conflit.

Trois choses à graver :

  • déposer une œuvre sans l’accord d’un co-auteur est illicite (cour d’appel de Versailles, mars 2026)
  • le bulletin de déclaration ne prouve pas à lui seul qui est l’auteur : ce qui compte, c’est la réalité de la création. Garde tes traces : maquettes datées, versions successives, échanges écrits
  • chaque co-auteur a son mot à dire sur la sortie : le droit de décider qu’une œuvre sort appartient à ses auteurs. Avant de sortir un titre écrit à plusieurs, assure-toi par écrit que tous sont d’accord

Le featuring : deux questions différentes

Un featuring mélange deux choses qu’il faut traiter séparément.

Si l’invité…Il a droit à…Ce qu’il faut faire
écrit son couplet ou une partie de la musiqueune part de droits d’auteur, comme co-auteur ou co-compositeurL’inscrire au bulletin de déclaration de l’œuvre, avec sa part
chante ou joue sur l’enregistrementun cachet, et des droits voisins d’interprèteLe payer, et faire signer l’autorisation d’utiliser son interprétation
est sous contrat avec un labelce que prévoit son contratVérifier si son label doit donner son accord, et à quelles conditions

Warning : même s’il vient en ami et gratuitement, un featuring crédité sur ton disque doit être payé. Le jour où tu soldes un dossier d’aide, l’organisme peut réclamer le cachet. Tout ce qui est crédité doit être payé, même le tambourin d’un ami.

La fiche de partage : le document à signer le jour même

La meilleure protection ne coûte rien : un document court, signé par tous le jour de la session, quand tout le monde est d’accord et de bonne humeur. Les Anglo-Saxons l’appellent split sheet. Ce n’est pas la déclaration Sacem, mais c’est la preuve de votre accord, et elle t’évite de reconstruire des souvenirs trois ans plus tard.

Ce que la fiche doit contenirPourquoi
Le titre (même provisoire) et la dateIdentifier l’œuvre et le moment de la création
Le nom, le pseudo et les coordonnées de chaque créateurRetrouver tout le monde au moment de déclarer
Le rôle de chacun : auteur, compositeur, arrangeurC’est ce que demande le bulletin de déclaration
La part de chacun, avec un total de 100 %Le cœur de l’accord
Le numéro IPI de chacun et son éditeur s’il en a unIndispensable pour la déclaration
L’accord pour appliquer ces parts aussi au droit d’exécution publiqueÉviter le partage égal par défaut
Les signatures de tousSans signature, pas d’accord

Et pense à l’enregistrement : la fiche de partage règle les droits d’auteur, pas le master. Si vous avez aussi payé le studio à deux sans rien écrire, vous êtes peut-être copropriétaires de l’enregistrement sans le savoir, et personne ne peut l’exploiter seul. C’est une autre discussion, à régler par un contrat de coproduction. Pour l’organisation d’une session à plusieurs, lis notre article sur les writing camps et la co-écriture.

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Questions fréquentes

Comment partager les droits d’une chanson écrite à plusieurs ?

Les parts se décident librement entre les créateurs : parts égales, moitié paroles et moitié musique, ou au prorata de l’apport de chacun. Le partage est ensuite déclaré à la Sacem avec le bulletin de déclaration de l’œuvre, signé par tous, pour un total de 100 %.

Que se passe-t-il si on n’a rien écrit ?

À défaut d’accord entre les co-auteurs, les parts peuvent être présumées égales, une fois que chacun a été reconnu comme co-auteur. C’est le point de départ de la discussion : 50/50 à deux, trois parts égales à trois.

Un musicien qui a joué sur le titre est-il co-auteur ?

Pas forcément. Le co-auteur apporte un élément original et identifiable de l’œuvre (paroles, mélodie, structure). Jouer d’un instrument ou apporter de la technique ne suffit pas : le musicien est alors rémunéré comme interprète.

Le partage déclaré à la Sacem s’applique-t-il à tous les droits ?

Pas automatiquement. Il s’applique aux droits de reproduction. Pour le droit d’exécution publique (radio, télé, concerts), le partage est égal par défaut entre co-auteurs et entre co-compositeurs, sauf si tu choisis l’option qui l’aligne sur ton partage au moment du dépôt (possible depuis 2019).

Qu’est-ce qu’une split sheet ?

C’est une fiche de partage signée par tous les créateurs le jour de la session : titre, date, noms, rôles, parts, numéros IPI et signatures. Elle prouve votre accord et sert de base à la déclaration Sacem.

Faut-il payer un featuring venu gratuitement ?

Oui. Un artiste crédité sur un enregistrement doit avoir été payé, même s’il vient en ami. S’il a aussi écrit une partie du titre, il est en plus co-auteur et doit figurer au bulletin de déclaration.

Ce qu’il faut retenir

  • Être co-auteur suppose un apport original et identifiable : jouer ou apporter de la technique ne suffit pas.
  • Les parts se décident entre vous ; sans accord, elles peuvent être présumées égales.
  • Le bulletin Sacem est signé par tous les ayants droit, pour un total de 100 %.
  • Par défaut, la radio, la télé et les concerts se partagent à parts égales : coche l’option pour appliquer ton partage.
  • Corriger un dépôt suppose l’accord de tout le monde : déclare juste dès le premier jour.
  • Un featuring se traite deux fois : comme co-auteur s’il écrit, comme interprète payé s’il chante ou joue.
  • Une fiche de partage signée le jour de la session t’évite des années de conflit.

Sources : Sacem, règles de partage du droit d’exécution publique (option de partage libre depuis le 1er janvier 2019) ; cour d’appel de Versailles, 10 mars 2026, n° 23/08579 ; « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitres 2, 3 et 15, annexes A1 et A6).

Pour aller plus loin : déclarer ses œuvres à la Sacem et toucher ses droits, le rôle de la Sacem, le beatmaker est-il compositeur ou producteur, les writing camps et la co-écriture, devenir auteur-compositeur et les codes de ta musique (ISRC, UPC, ISWC).

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