ISRC, UPC, ISWC, IPI : quand on sort sa première musique, on tombe sur une soupe de sigles, et on remplit les cases sans trop savoir à quoi elles servent. Pourtant, ces codes sont ce qui permet de compter tes écoutes, tes passages radio et tes ventes, et de te payer. Un code oublié ou mal rempli, c’est de l’argent qui ne trouve personne à qui être versé.
Bonne nouvelle : ce n’est pas compliqué une fois qu’on a compris une chose. Chaque code identifie un objet différent. Ce guide te dit lequel identifie quoi, qui le donne, quand le demander, et les pièges qui coûtent cher.
Trois codes, trois objets différents
| Code | Ce qu’il identifie | Qui le donne |
|---|---|---|
| ISRC | Un enregistrement précis (un master) | La SCPP, gratuitement, ou ton distributeur |
| UPC (ou EAN) | Une sortie : un single, un EP, un album, un vinyle | Ton distributeur ou ton agrégateur |
| ISWC | Une œuvre : les paroles et la musique | La Sacem, quand tu déclares l’œuvre |
| IPI | Une personne : auteur, compositeur ou éditeur | La Sacem, quand tu deviens membre |
Pour ne plus jamais les confondre, retiens cet exemple. Une chanson reprise par cinq artistes différents, c’est un code ISWC et cinq codes ISRC. Ta version studio, ta version acoustique et ton remix : une œuvre, trois enregistrements, donc un ISWC et trois ISRC. Et si ce titre sort d’abord en single puis sur ton EP, ce sont deux sorties, donc deux UPC.
Derrière ces codes, il y a deux droits qui coexistent sur le même titre : le droit d’auteur, sur l’œuvre, et les droits voisins, sur l’enregistrement. Le master et le publishing sont les deux faces d’une même pièce, et chaque face a son code.
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L’ISRC, le code de l’enregistrement
L’ISRC (International Standard Recording Code) identifie chaque enregistrement. C’est grâce à lui que les plateformes comptent tes écoutes, que les radios comptent tes passages, et que les sociétés de droits voisins savent à qui reverser l’argent. Il ressemble à ceci : FR-XXX-26-00001, soit le pays, le code du producteur qui l’a déclaré, l’année et le numéro de l’enregistrement.
En France, c’est la SCPP qui est l’agence nationale de l’ISRC, depuis 1989. Tu peux obtenir tes codes gratuitement auprès d’elle, sans même être sociétaire : tu ouvres un compte sur son portail, tu donnes la durée, l’année et l’interprète du titre, et tu les reçois sous 24 à 48 heures ouvrées. Ton distributeur ou ton agrégateur peut aussi te les générer. Les deux marchent ; ce qui compte, c’est de savoir lesquels tu as et de les garder.
Trois règles à connaître :
- une nouvelle version égale un nouveau code : un remix, une version acoustique ou un nouveau mixage qui change l’enregistrement reçoit son propre ISRC
- un code ne se réutilise jamais, même pour un titre abandonné
- le code appartient à l’enregistrement, pas au distributeur : si tu vends ton master ou si tu changes de partenaire, l’ISRC reste le même
Côté radio, l’ISRC voyage aussi avec ton titre. Ali Mouhoub, de Yacast, l’explique : sur Muzicenter, l’outil qui sert à proposer un titre aux radios, tu déposes ton audio, ta pochette, ta bio, et les métadonnées du titre, ISRC compris.
L’UPC, le code de la sortie
L’UPC (Universal Product Code, 12 chiffres) ou l’EAN (13 chiffres) est le code-barres de ta sortie : il identifie le produit, pas le titre. Un single, un EP ou un album en ont chacun un. Il est en général fourni par ton distributeur ou ton agrégateur au moment où tu crées ta sortie.
Il te servira plus souvent que tu ne le crois :
- Deezer for Creators te demande l’UPC d’une de tes sorties pour te donner l’accès à ton profil d’artiste
- Spotify for Artists te demande l’UPC de ta sortie à venir si tu veux préparer ton profil avant ta toute première sortie
- pour un vinyle ou un CD, le presseur et la déclaration à la SDRM te demandent le code-barres EAN du disque
Tout le détail sur les profils d’artiste est dans notre guide Spotify for Artists et Deezer for Creators.
L’ISWC, le code de l’œuvre (celui qu’on oublie)
L’ISWC (International Standard Musical Work Code) identifie l’œuvre, c’est-à-dire la composition et le texte, quel que soit le nombre d’enregistrements. Il ressemble à ceci : T-123.456.789-0. Il t’est attribué quand tu déclares ton œuvre à la Sacem.
C’est le code que presque tout le monde néglige, et c’est celui qui te coûte de l’argent quand il manque. La fiche d’informations qui accompagne ton titre vers les plateformes (la label copy) porte obligatoirement l’ISRC, mais pas toujours l’ISWC, et personne ne vérifie les noms des auteurs et des compositeurs. Résultat : une partie de tes droits d’auteur ne peut être rattachée à personne, et part dans le tas des droits « orphelins ».
Thomas Jamois, éditeur, alors chez Velvetica Music, le dénonce sans détour : les plateformes « font du business sur des œuvres qui ne leur appartiennent pas et dont elles ne savent pas forcément qui en est propriétaire ». Les éditeurs se battent pour que l’ISWC soit obligatoire au même titre que l’ISRC. En attendant, la parade est dans tes mains :
- déclare ton œuvre à la Sacem tôt, avant la sortie
- note ton ISWC dès qu’il t’est attribué
- vérifie que ton distributeur le fait remonter dans les informations de ta sortie
Pour comprendre ce que fait la Sacem de ces informations, lis notre article sur le rôle de la Sacem.
L’IPI, ton numéro d’ayant droit
L’IPI identifie une personne ou une société qui détient des droits d’auteur : un auteur, un compositeur, un éditeur. Tu le reçois quand tu deviens membre de la Sacem, et il te suit toute ta carrière. Tu le retrouveras sur le bulletin de déclaration de chaque œuvre, à côté de ton rôle et de ta part, et c’est lui qui permet de te reconnaître même si ton nom est mal orthographié ailleurs. Quand tu coécris un titre, demande l’IPI de chacun : ça évite bien des oublis au moment de déclarer.
Les pièges qui coûtent cher
Avoir des ISRC ne veut pas dire être payé
Confusion très fréquente : « j’ai un compte sur le portail de la SCPP, j’ai des ISRC, donc je suis adhérent, donc mes masters sont déclarés ». Ce sont trois choses différentes, à vérifier une par une :
- avoir des ISRC (ou un compte sur le portail)
- être adhérent à la SCPP ou à la SPPF
- avoir déclaré tes enregistrements à leur répertoire
Avoir des codes, à lui seul, ne te rapporte pas un centime. Tant que tes enregistrements ne sont pas déclarés au répertoire de l’organisme dont tu es adhérent, aucun droit voisin ne remonte jusqu’à toi. Le détail est dans notre guide pour calculer et percevoir ses droits voisins.
L’ISRC garde la mémoire de la première sortie
Tu as sorti un titre trop vite, sans promo, et tu veux le retirer pour le ressortir proprement avec une aide ? Tu peux le retirer des plateformes, mais son ISRC garde la trace de sa première vie : il porte l’année où il a été attribué, et sa sortie reste traçable. Pour un organisme qui finance des enregistrements inédits, cette version-là est grillée. Ce qui rouvre la porte, c’est de vraiment retravailler le titre : une nouvelle prise, une nouvelle version, donc un nouvel enregistrement et un nouveau code. C’est l’une des raisons pour lesquelles on ne sort rien avant ses demandes d’aide, comme je l’explique dans notre guide Single, EP ou album.
Changer de distributeur sans perdre ses écoutes
La règle à tatouer : tu gardes tes ISRC. Quand tu changes de distributeur, tu livres de nouveau tes titres avec exactement les mêmes titres, les mêmes durées et les mêmes codes. C’est ce qui permet à la plateforme de reconnaître le même enregistrement et de conserver tes compteurs d’écoutes et ta place dans les playlists. Et tu ne retires l’ancienne version qu’une fois vérifié, titre par titre, que tout a suivi. Pour le reste, lis notre article sur le métier de distributeur.
La date qui compte pour le crédit d’impôt
Si ta structure demande le crédit d’impôt pour la production phonographique, retiens que la date de fixation de l’enregistrement, qui lance ses délais, est celle du mastering ou de l’attribution des ISRC. Note-la précisément. Le dispositif est présenté dans notre article sur les crédits d’impôt de la musique.
Ta liste avant chaque sortie
| Quoi | Quand | Où il sert |
|---|---|---|
| Déclarer chaque œuvre à la Sacem, noter son ISWC | Dès que le titre est fini, avant la sortie | Droits d’auteur (Sacem, éditeurs) |
| Un ISRC par enregistrement, et par version | Avant de livrer au distributeur | Écoutes, radios, droits voisins |
| Un UPC par sortie | À la création de la sortie chez le distributeur | Plateformes, Deezer for Creators, pressage |
| Vérifier la label copy : auteurs, compositeurs, ISWC, crédits | Avant la livraison, puis le jour de la sortie | Que les droits arrivent aux bonnes personnes |
| Déclarer les enregistrements à la SCPP ou à la SPPF | Après la sortie, si tu es adhérent | Droits voisins du producteur |
Garde tous ces codes dans un seul tableau, titre par titre : c’est ce qu’on te demandera dans chaque dossier d’adhésion, chaque dossier d’aide, et chaque fois qu’un professionnel voudra travailler ton catalogue.
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Découvrir la formation →Recevoir le guide gratuitQuestions fréquentes
Qu’est-ce qu’un code ISRC ?
L’ISRC est le code international qui identifie un enregistrement précis. C’est grâce à lui que les plateformes comptent tes écoutes, que les radios comptent tes passages et que les droits voisins sont reversés. Chaque version d’un titre a son propre ISRC.
Comment obtenir un code ISRC gratuitement ?
En France, la SCPP délivre les ISRC gratuitement, sans qu’il soit nécessaire d’être sociétaire : tu ouvres un compte sur son portail et tu reçois tes codes sous 24 à 48 heures ouvrées. Ton distributeur ou ton agrégateur peut aussi te les générer.
Quelle différence entre ISRC et ISWC ?
L’ISRC identifie un enregistrement, l’ISWC identifie une œuvre (la composition et le texte). Une chanson reprise par cinq artistes a un seul ISWC et cinq ISRC.
Qu’est-ce qu’un code UPC ?
L’UPC, ou EAN, est le code-barres d’une sortie : un single, un EP ou un album. Il est en général fourni par ton distributeur ou ton agrégateur. Deezer for Creators te le demande pour accéder à ton profil d’artiste.
Faut-il un nouvel ISRC quand on change de distributeur ?
Non, surtout pas. Le code appartient à l’enregistrement : tu livres de nouveau tes titres avec les mêmes ISRC, ce qui permet aux plateformes de garder tes compteurs d’écoutes.
Avoir des ISRC suffit-il pour toucher ses droits voisins ?
Non. Il faut aussi être adhérent à la SCPP ou à la SPPF et avoir déclaré tes enregistrements à leur répertoire. Sans cette déclaration, aucun droit voisin ne remonte jusqu’à toi.
Ce qu’il faut retenir
- ISRC pour l’enregistrement, UPC pour la sortie, ISWC pour l’œuvre, IPI pour la personne.
- Une chanson reprise par cinq artistes : un ISWC, cinq ISRC.
- L’ISRC est gratuit à la SCPP, sans être sociétaire, ou fourni par ton distributeur.
- Une nouvelle version égale un nouvel ISRC, et un code ne se réutilise jamais.
- Déclare tes œuvres à la Sacem avant la sortie et vérifie que l’ISWC remonte dans ta label copy.
- Avoir des ISRC ne te paie pas : il faut être adhérent et déclarer tes enregistrements.
- Quand tu changes de distributeur, tu gardes tes ISRC pour garder tes écoutes.
- Garde tous tes codes dans un seul tableau, titre par titre.
Sources : SCPP, agence nationale de l’ISRC (page consultée le 06/11/2026) ; aide de Spotify for Artists et guide Deezer for Creators d’iMusician (consultés le 06/11/2026) ; norme ISWC (ISO 15707) ; « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitres 0-2, 3, 8, 9 et 15) ; interviews de L’Atelier de Cédric avec Thomas Jamois et Ali Mouhoub.
Pour aller plus loin : Spotify for Artists et Deezer for Creators, que sortir d’abord : single, EP ou album, déclarer ses œuvres et toucher ses droits Sacem, calculer et percevoir ses droits voisins, le métier de distributeur, presser un vinyle et obtenir un code ISRC (site de la SCPP).

Pour aller plus loin, tout est dans Le Music Business en France
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