Jean-Paul Roland
Présentation
Jean-Paul Roland est le directeur général des Eurockéennes de Belfort, l’un des grands festivals français, créé en 1989 et porté par l’association Territoires de Musiques. Il en a pris la direction en 2001. Il est aussi l’initiateur d’Opération Iceberg, le fondateur du festival GéNéRiQ et le cocréateur de De Concert!, une fédération internationale de festivals.
Un parcours sans ligne droite
Jean-Paul Roland n’était pas parti pour diriger un festival. Passionné de littérature et de graphisme, il a été libraire, puis graphiste et illustrateur. De retour à Belfort, il organise des concerts dans les bars, entre aux Eurockéennes comme bénévole, puis devient le conseiller artistique chargé des nouveaux groupes : c’est lui qui souffle le nom de Daft Punk aux programmateurs en 1996. Il a aussi dirigé et programmé pendant trois ans La Poudrière, la scène de musiques actuelles de Belfort.
Directeur des Eurockéennes
Nommé à la tête du festival en 2001, il inaugure dès 2002 la scène de La Plage, au bord du lac. En 2013, les Eurockéennes lancent avec la Fondation CMA Opération Iceberg, un dispositif qui accompagne chaque année onze groupes émergents de France et de Suisse. Il siège par ailleurs à la commission festivals du Prodiss et dans plusieurs commissions du Centre national de la musique, dont celle consacrée à la structuration et à la transition écologique.
Notre rencontre en ligne
C’est en direct, sur ses réseaux, que L’Atelier de Cédric a reçu Jean-Paul Roland, alors directeur général des Eurockéennes de Belfort, pour faire le point sur l’état du secteur des festivals et sur ses perspectives. Le détail de cet échange est à lire dans notre article Directeur de festival : le métier raconté par Jean-Paul Roland.
Pendant ce direct, il a expliqué comment une structure encaisse l’annulation d’une édition, les deux stratégies possibles face à la garantie d’assurance et ce qu’il faut faire pour sauver la structure d’un festival. Il a évoqué le concert-test « Ambition Live Again », le casse-tête des têtes d’affiche et les reprogrammations fondées sur un « gentleman agreement », et rappelé qu’un festival, c’est d’abord de l’interaction sociale.
Diriger un festival
Un chef d’entreprise avant tout
Un grand festival n’est pas forcément une institution publique : les Eurockéennes relèvent du secteur privé, et les subventions n’y pèsent qu’environ 5 % du budget. L’essentiel vient de la billetterie, des ventes sur le site et des partenaires privés. Même sans édition, les charges fixes continuent de courir : diriger un festival, c’est tenir une structure économique fragile, qui joue une grande partie de son année sur quelques jours.
Une petite équipe, une ville éphémère
Une dizaine de personnes travaillent à l’année ; pendant le festival, avec les saisonniers, les prestataires et les équipes techniques, on monte à environ 4 000 personnes. Particularité des Eurockéennes : pas de bénévoles, mais des jobs d’été proposés aux jeunes du territoire.
Encaisser les crises
Crise des intermittents, baisse des subventions, renforcement de la sécurité : le directeur gère aussi l’imprévu. La crise sanitaire a privé le festival de deux éditions consécutives, une interruption sans précédent. Pour le retour, les Eurockéennes ont choisi de rembourser, puis de reconstruire une programmation, plutôt que de reporter indéfiniment la même affiche : « Un plat qui passe deux fois au micro-ondes, ce n’est plus tout à fait de la cuisine. »
Ses conseils aux artistes
Les découvertes ont un vrai budget
Aux Eurockéennes, les groupes émergents ne sont pas choisis à la fin, avec ce qu’il reste une fois les têtes d’affiche payées. C’est un choix artistique et économique : repérer un groupe au moment où il émerge permet de le programmer avant que son cachet ne s’envole, comme le festival l’a fait avec Muse, Gossip ou Franz Ferdinand. Pour repérer, l’équipe voyage et s’appuie sur le réseau des SMAC, véritables laboratoires de découverte.
Comment se faire programmer
Près d’un millier de propositions arrivent chaque année pour environ 70 places. Ses conseils : se faire repérer localement, par une salle, un agent, un manager ou un tourneur ; donner régulièrement des nouvelles au programmateur plutôt que d’exiger une date ; respecter son timing, car on ne joue pas deux fois pour la première fois dans un grand festival (« Parfois, il vaut mieux faire dix SMAC plutôt que les Eurockéennes. ») ; et ne jamais prendre un refus pour une fin : l’équipe continue de suivre des groupes jugés trop verts, et il lui arrive de se tromper.
Se former et se montrer
À ceux qui veulent devenir programmateur, il conseille de « traîner dans les salles, rester après, se faire voir », et de se former : il cite les formations d’Issoudun, où le festival recrute régulièrement ses stagiaires en production.
Et ensuite
Jean-Paul Roland dirige toujours les Eurockéennes, dont le budget avoisine 12 millions d’euros. En 2026, il dresse le bilan de la 36e édition, qui a réuni 125 000 spectateurs, après avoir plaidé, face à une alerte canicule, pour un examen au cas par cas plutôt que des annulations automatiques.
Ce que son parcours inspire
De bénévole à directeur général : le parcours de Jean-Paul Roland montre que la passion et le terrain mènent encore aux métiers du festival, et rappelle aux artistes qu’une grande scène se prépare étape par étape, au bon moment.
Questions fréquentes
Depuis quand Jean-Paul Roland dirige-t-il les Eurockéennes ?
Depuis 2001. Il y était auparavant bénévole, puis conseiller artistique chargé des nouveaux groupes.
Comment les Eurockéennes se financent-elles ?
Surtout par la billetterie, les ventes sur le site et les partenaires privés : les subventions publiques représentent environ 5 % du budget.
Comment faire programmer son groupe dans un grand festival ?
Se faire repérer localement, être entouré (salle, agent, manager, tourneur), tenir le programmateur informé de son actualité et ne pas brûler les étapes : les SMAC sont souvent la marche précédente.
Qu’est-ce qu’Opération Iceberg ?
Un dispositif lancé en 2013 par les Eurockéennes et la Fondation CMA, qui accompagne chaque année onze groupes émergents de France et de Suisse.
Pour aller plus loin
- Directeur de festival : le métier raconté par Jean-Paul Roland
- Programmateur de salle ou festival : rôle, missions et salaire
- La fiche de Boris Vedel, directeur du Printemps de Bourges
- La fiche de Jérôme Tréhorel, directeur général des Vieilles Charrues
- Les Eurockéennes de Belfort sur Wikipédia
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