La pochette, c’est la première chose qu’on voit de ta musique, souvent avant même de l’écouter. Sur un téléphone, elle fait la taille d’un timbre, et elle doit pourtant donner envie, dire qui tu es, passer les contrôles des plateformes et t’appartenir vraiment. Ce dernier point, presque tout le monde l’oublie : payer un graphiste ne te donne pas les droits sur ta pochette.
Ce guide fait le tour de ce qu’il faut savoir avant de la commander : le format attendu par les plateformes, ce qui fait refuser une pochette, les droits à sécuriser, les mentions obligatoires sur un vinyle ou un CD, le budget et le bon moment pour s’y mettre. Les règles des distributeurs ont été vérifiées le 6 novembre 2026.
Le format attendu par les plateformes
Ton distributeur ou ton agrégateur te demandera un fichier qui respecte quelques règles simples. Si l’une manque, ta sortie est bloquée ou refusée.
| Critère | Ce qui est attendu |
|---|---|
| Forme | Un carré parfait |
| Taille | Au moins 3 000 × 3 000 pixels |
| Format de fichier | JPEG le plus souvent (certains distributeurs acceptent aussi le PNG) |
| Couleurs | RVB, le mode des écrans (le CMJN sert à l’impression) |
| Qualité | Une image nette : ni floue, ni pixellisée, ni agrandie à partir d’un petit fichier |
| Bords | L’image va jusqu’aux bords : pas de cadre blanc, pas de bordures inégales |
Un conseil de base : vérifie ta pochette en tout petit, sur ton téléphone. Comme le rappelle Pierrick Guidou, sur une sortie uniquement numérique, ta pochette va être affichée en trois centimètres sur trois. Un détail fin ou un texte minuscule disparaissent.
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Ce qui fait refuser une pochette
Les plateformes et les distributeurs contrôlent les pochettes, et les refus sont fréquents. Ce qui est interdit, d’après les règles publiées par les distributeurs :
- un texte qui ne correspond pas exactement au nom d’artiste et au titre déclarés dans ta sortie (même une faute d’orthographe ou une majuscule différente)
- tout texte en plus : une date, une année, un slogan, « nouveau single », « bientôt disponible »
- tes réseaux sociaux, ton site, ton adresse mail, ou les logos des plateformes (« disponible sur… »)
- un code-barres ou un QR code, une mention de prix, une référence à un CD ou à un vinyle
- des marques, des logos, des célébrités ou des images dont tu n’as pas la licence
- une image trompeuse, par exemple une personne qui laisse croire à la présence d’un artiste qui n’est pas sur le disque
- un contenu explicite, ou le logo « avis parental » si ton titre n’est pas déclaré comme explicite
La règle la plus sûre : sur la pochette, seulement ton nom d’artiste et le titre, écrits exactement comme dans les informations de ta sortie. Ou rien du tout : beaucoup de belles pochettes n’ont aucun texte.
Les droits : ta pochette ne t’appartient pas automatiquement
C’est le piège le plus coûteux, parce qu’il se découvre tard : le jour d’une réédition, d’une synchro ou d’un dossier d’aide. Le principe est simple : payer une création ne te donne aucun droit de l’exploiter. Une pochette est une œuvre, et son auteur (le graphiste, l’illustrateur, le photographe) en garde les droits tant qu’il ne te les a pas cédés par écrit.
- Une facture ne vaut pas cession. Même si elle porte la mention « cession de droits », sans le détail des droits cédés, de leur durée et de leur territoire, ça ne suffit pas. Il faut un vrai contrat de cession
- C’est du droit d’auteur, pas une prestation. Alexandra Jouclard, avocate en propriété intellectuelle, le rappelle : la pochette se paie avec une note de droits d’auteur, et la cession précise le périmètre, la durée et le territoire
- Pense à tous les usages : plateformes, vinyle et CD, affiches, merch, réseaux sociaux, publicité, et toutes les déclinaisons (single, EP, formats réseaux)
- Le droit à l’image : si une personne apparaît sur la pochette (toi, un musicien, un ami), il faut son accord écrit, avec une durée. Un accord sans durée peut prendre fin avec le contrat qui le portait
- Les éléments empruntés : une photo de banque d’images, une police de caractères ou une illustration ont chacune leur licence. Vérifie qu’elle couvre un usage commercial sur une pochette
Le temps n’arrange rien : ce n’est pas parce que tu exploites une pochette depuis des années sans que personne ne réclame que tu en as les droits.
Sur un vinyle ou un CD : les mentions obligatoires
Pour un disque physique, la pochette ne sert pas qu’à être belle. Ton pressage doit porter :
- le logo de la SDRM dès qu’une des œuvres relève de son répertoire
- le titre complet de chaque morceau avec les noms de l’auteur et du compositeur (et, le cas échéant, de l’adaptateur et de l’arrangeur)
- les symboles © (les droits sur l’œuvre et le visuel) et ℗ (les droits du producteur sur l’enregistrement), avec l’année et le nom du titulaire
- la mention de réserve des droits du producteur et des auteurs
- le numéro de catalogue et le code-barres EAN
- la mention « Interdit à la vente » sur les exemplaires promotionnels, sur le disque et sur la pochette
Attention aussi aux crédits imprimés : tout nom crédité sur la pochette doit avoir été payé. Le jour où tu soldes un dossier d’aide, l’organisme peut réclamer le cachet du musicien crédité « pour rire » ou du featuring venu gratuitement. La fabrication elle-même est détaillée dans notre guide pour presser un vinyle.
Le budget
Pour un artiste indépendant, Koria, directeur artistique et photographe (Niska, SCH, Zola), estime une pochette complète, avec la direction artistique, le shooting et la retouche, entre 2 500 et 3 000 €. Ce n’est pas une obligation : une pochette peut être faite au téléphone, à condition d’un vrai travail d’éclairage, et l’idée passe avant les moyens.
Deux repères pour ton budget :
- l’image fait partie des quatre postes d’une production, avec l’audio, la vidéo et la promo. Dans un dossier d’aide à la production, la création des visuels peut entrer dans les dépenses retenues : annote la ligne, guichet par guichet
- prévois la pochette du disque, mais aussi celles des singles, les photos de presse (5 à 10 photos, ce n’est pas la pochette) et les formats pour les réseaux et le Canvas de Spotify
Le détail des coûts et du travail d’un directeur artistique est dans notre article Koria, directeur artistique et photographe.
Le bon moment : avant, pas à la fin
Pierrick Guidou a une formule : l’image, c’est « la 13e chanson du disque ». Elle se pense dès le début du projet, pas la veille de la sortie. Sa règle : « s’il y a des signes, il faut qu’il y ait du sens ». Pas de décor gratuit : chaque choix visuel raconte quelque chose du projet.
Côté calendrier, ta pochette doit être prête quand tu livres ta sortie au distributeur, plusieurs semaines avant la date de sortie, et avant que tu commences à annoncer. Pierre-Étienne Aurousseau le résume : tu ne peux pas travailler ta pochette avec ton graphiste et, en même temps, annoncer ton album sur Instagram alors que tu n’as pas la pochette. Le calendrier complet est dans notre guide Single, EP ou album.
Pour construire l’univers visuel de ton projet (brief, moodboard, shooting), lis notre article sur la direction artistique de l’image avec Pierrick Guidou et Koria.
Ta liste avant de livrer
| À vérifier | Pourquoi |
|---|---|
| Carré, 3 000 × 3 000 pixels au moins, JPEG, RVB, net | Sinon la sortie est bloquée |
| Seulement le nom d’artiste et le titre, écrits comme dans la sortie | Premier motif de refus |
| Aucun réseau social, logo, date, code-barres ou QR code | Interdits sur les plateformes |
| Contrat de cession signé avec le graphiste ou le photographe | Une facture ne suffit pas |
| Accord écrit des personnes visibles sur l’image | Droit à l’image |
| Licences des photos, polices et illustrations empruntées | Usage commercial couvert |
| Lisible en tout petit sur un téléphone | C’est comme ça qu’on la verra |
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Quelle taille pour une pochette d’album sur Spotify ?
Un carré d’au moins 3 000 × 3 000 pixels, en JPEG et en couleurs RVB, net et sans bordure. C’est le format demandé par la plupart des distributeurs pour toutes les plateformes.
Peut-on écrire ses réseaux sociaux sur sa pochette ?
Non. Les réseaux sociaux, les sites, les adresses mail, les logos de plateformes, les dates et les QR codes sont refusés. Le seul texte accepté sans risque est le nom d’artiste et le titre, écrits exactement comme dans les informations de la sortie.
Le graphiste garde-t-il des droits sur ma pochette ?
Oui, tant qu’il ne te les a pas cédés par écrit. Une facture, même avec la mention « cession de droits », ne suffit pas : il faut un contrat qui précise les droits cédés, la durée et le territoire.
Combien coûte une pochette d’album ?
Pour un artiste indépendant, le directeur artistique Koria estime une pochette complète (direction artistique, shooting, retouche) entre 2 500 et 3 000 €. On peut faire beaucoup moins cher, à condition d’avoir une idée forte et un vrai travail d’éclairage.
Que doit-on mettre sur la pochette d’un vinyle ?
Le logo de la SDRM, les titres avec leurs auteurs et compositeurs, les symboles © et ℗, la mention de réserve des droits, le numéro de catalogue et le code-barres, et « Interdit à la vente » sur les exemplaires promotionnels.
Quand faut-il faire sa pochette ?
Dès le début du projet, et au plus tard quand tu livres ta sortie au distributeur, plusieurs semaines avant la date de sortie. Sans pochette, tu ne peux ni livrer, ni annoncer.
Ce qu’il faut retenir
- Format : carré, au moins 3 000 × 3 000 pixels, JPEG, RVB, net, sans bordure.
- Sur la pochette, seulement le nom d’artiste et le titre, écrits comme dans la sortie, ou rien.
- Réseaux sociaux, logos, dates, QR codes et marques font refuser la pochette.
- Payer un graphiste ne te donne pas les droits : il faut un contrat de cession écrit.
- Toute personne visible sur l’image doit avoir donné son accord écrit.
- Sur un vinyle ou un CD, les mentions obligatoires s’ajoutent au visuel.
- Tout nom crédité sur la pochette doit avoir été payé.
- L’image se pense dès le début du projet, pas la veille de la sortie.
Sources : règles de pochette d’iMusician et d’AWAL (consultées le 06/11/2026) ; « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitres 6, 9, 15, 16 et 25) ; interviews de L’Atelier de Cédric avec Pierrick Guidou, Koria, Alexandra Jouclard et Pierre-Étienne Aurousseau.
Pour aller plus loin : la direction artistique de l’image, ce que coûte une pochette selon Koria, presser un vinyle, Spotify for Artists et Deezer for Creators, que sortir d’abord : single, EP ou album, les codes de ta musique (ISRC, UPC, ISWC) et le dossier de presse (EPK).

Pour aller plus loin, tout est dans Le Music Business en France
Le livre de Cédric Tilèpe, nourri de plus de 200 interviews de pros du music business. Sortie le 2 février 2027.
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