Cachet d’un artiste : comment payer un musicien pour un concert quand on l’organise

par | Oct 21, 2024

Un artiste ou un musicien qui joue pour vous est présumé salarié : son cachet est un salaire. Que vous soyez un bar, un café-concert, une association, une mairie, une entreprise ou un particulier, vous devez donc le déclarer et payer les cotisations sociales, ou bien acheter le concert à la structure qui l’emploie. Si le spectacle n’est pas votre métier et que vous embauchez vous-même l’artiste, vous passez par le GUSO, le guichet unique du spectacle occasionnel. Le paiement au chapeau, la facture d’auto-entrepreneur et le paiement de la main à la main ne sont pas des solutions légales.

Combien prévoir ? Le cachet brut, au moins égal aux minimums de la convention collective, plus les cotisations, plus les frais. Pour les chiffres, notre guide du GUSO et du cachet d’intermittent donne les minimums en vigueur, et le simulateur de cachet GUSO calcule le coût total. Cet article explique le reste, avec des professionnels reçus par L’Atelier de Cédric, à commencer par François Herpers, aujourd’hui responsable chez Beside. Au moment de la rencontre, il était cofondateur de Smart Music Tour, une plateforme qui met en relation musiciens et petits lieux de concert dans toute la France.

La rencontre en intégralité avec François Herpers.

Bar, association, mairie, particulier : tous concernés

Les lieux qui font jouer des artistes sont plus variés qu’on ne le croit : cafés-concerts, bars, restaurants, clubs de jazz, campings, disquaires, petites salles. L’été, note François Herpers, « il y a plein de restos sur la côte qui vont ouvrir leur terrasse, payer les artistes pour jouer », souvent pour des reprises. S’y ajoutent l’association qui monte un festival, la mairie qui programme un concert en plein air, l’entreprise qui invite un groupe pour un séminaire, le particulier qui veut un musicien pour son mariage.

Derrière beaucoup de ces lieux, il y a une seule personne, à la fois gérant, programmateur et barman. « C’est parce qu’ils sont passionnés par la musique qu’ils ont cette activité », souligne François Herpers. Ils ne sont pas pour autant spécialistes du droit du travail, et c’est là que naissent les mauvaises pratiques, souvent de bonne foi. Or ces lieux sont précieux : au moment de la rencontre, François Herpers regrettait de voir « de moins en moins de petites salles de concert », celles qui permettent de faire jouer les groupes dans de bonnes conditions.

Pourquoi un musicien se paie en salaire : la présomption de salariat

Le Code du travail (article L7121-3) pose une règle simple : l’artiste qui se produit pour vous est présumé salarié. Alain Charriras, musicien et consultant en droits voisins et en gestion d’entreprises culturelles, la résume ainsi : « un artiste est toujours salarié d’un producteur sauf s’il exerce cette activité en ayant une immatriculation au registre du commerce, ce qui est rarement le cas ».

Cette présomption est très solide. « Le contrat signé par un artiste demeure un contrat de travail quel que soit le nom qu’on lui donne », insiste-t-il : prestation de service ou honoraires, peu importe, et quels que soient le montant et la forme du paiement. Son exemple est parlant : « même si je paye un artiste avec une paire de baskets et 10 €, ça demeure quand même un contrat de travail ».

D’où une conséquence directe : pour ses concerts, « un artiste ne peut pas être auto-entrepreneur », rappelle Alain Charriras. Seul le technicien peut l’être, ou le musicien pour une autre activité, s’il est aussi ingénieur du son par exemple. Pour aller plus loin, voir la présomption de salariat expliquée par Alain Charriras.

Ce cadre n’est pas qu’une contrainte. Il donne à l’artiste une vraie protection sociale : assurance maladie, accidents du travail, retraite, congés payés et, pour les intermittents, assurance chômage. Les artistes y sont très attachés.

Le cachet, c’est quoi exactement ?

Le cachet d’un artiste ou d’un musicien est le salaire versé pour une représentation ; les répétitions, elles aussi, se paient. Comme tout salaire, il donne lieu à une déclaration, à des cotisations et à un bulletin de paie. Il s’exprime en brut : c’est sur ce montant que se calculent les cotisations du salarié et celles de l’employeur.

Il ne se fixe pas librement vers le bas. Il doit respecter les minimums de la convention collective applicable : il y en a deux dans le spectacle vivant, rappelle Alain Charriras, une pour le privé et une pour le subventionné. Ces minimums changent régulièrement : nous les tenons à jour dans le guide du GUSO plutôt que de les recopier ici. Au-dessus, le cachet se négocie. Pour distinguer ce que touche l’artiste et ce que vous payez, voir salaire brut, salaire net et coût employeur.

Combien coûte un concert : le budget à prévoir

Le cachet n’est qu’une ligne du budget. Additionnez :

  • les cachets bruts : un par musicien et par représentation, plus les répétitions s’il y en a
  • les cotisations patronales, qui s’ajoutent au brut
  • les frais : transport, repas, hébergement si les musiciens viennent de loin
  • la technique : sonorisation, lumière, technicien si votre lieu n’est pas équipé
  • les droits d’auteur : un concert public se déclare à la Sacem, qui rémunère les auteurs et compositeurs des chansons jouées
  • la communication : affiche, réseaux sociaux

Le simulateur de cachet GUSO donne, à partir d’un cachet, le net de l’artiste et votre coût total : c’est l’outil à utiliser avant de vous engager.

Pour qui monte sa propre date, le conseil d’Amin Raffed, booking agent chez À Gauche De La Lune, à Lille, reçu en direct par L’Atelier de Cédric, tient en une phrase : « si économiquement tu te débrouilles et que tu arrives à faire un budget qui reste à peu près à l’équilibre, tout est possible ».

Tarif d’un musicien : ce qui fait varier le cachet

Il n’existe pas de grille de prix unique : au-dessus des minimums, chaque concert se négocie. Ce qui fait varier la somme :

  • le nombre de musiciens : chacun reçoit son cachet, un groupe de cinq coûte donc bien plus qu’un duo
  • la durée : nombre de sets, répétitions éventuelles
  • le déplacement et les frais qui l’accompagnent
  • la notoriété de l’artiste et la demande
  • la formule : acoustique ou amplifiée, avec ou sans batterie

François Herpers l’a vécu avec son ancien groupe, à cinq sur scène : les lieux acceptaient de moins en moins les plateaux complexes. D’où son conseil aux artistes, utile aussi aux organisateurs : prévoir « une version costaud pour des salles qui peuvent accueillir, et puis des versions minimalistes ». Un café-concert peut ainsi accueillir un duo acoustique à un coût adapté, sans renoncer à payer correctement chaque musicien.

Payer par le GUSO quand le spectacle n’est pas votre métier

Le GUSO, guichet unique du spectacle occasionnel, est fait pour les employeurs dont le spectacle n’est pas l’activité principale : bars et restaurants, associations, collectivités, entreprises, particuliers. Pour eux, il est obligatoire dès qu’ils embauchent eux-mêmes l’artiste. Une déclaration unique, en ligne, regroupe les formalités d’embauche et le paiement de toutes les cotisations, que le GUSO reverse ensuite aux différents organismes.

En pratique, vous convenez avec l’artiste du cachet et des conditions, vous déclarez l’embauche, vous lui versez son salaire, puis vous déclarez la prestation et payez les cotisations au GUSO. Les étapes, les délais et les minimums sont détaillés dans notre guide complet du GUSO.

Licence d’entrepreneur de spectacles : quand le concert devient votre activité

Si vous organisez des concerts régulièrement, le régime change. Au-delà de six représentations par an, l’organisateur doit être déclaré comme entrepreneur de spectacles, ce qu’on appelle encore la licence. Vous embauchez alors les artistes directement, avec contrat de travail et bulletin de paie, et vous cotisez auprès des organismes du spectacle.

Les plateformes de mise en relation ne règlent pas cette question à votre place. Chez Smart Music Tour, explique François Herpers, l’équipe ne s’occupait pas des questions budgétaires, « puisque les salles sont censées être dans les clous juridiquement » : cela se joue entre l’organisateur et l’artiste.

Acheter le concert à la structure qui produit l’artiste

Troisième voie, souvent la plus simple : acheter le concert clé en main à la structure qui produit l’artiste, association, société de production ou tourneur. Cette structure est l’employeur des musiciens : elle les déclare, les paie et verse les cotisations. Vous signez avec elle un contrat de cession et lui réglez, sur facture, le prix de cession.

C’est ainsi que travaillent les tourneurs. Au moment de la rencontre, Amin Raffed cumulait à À Gauche De La Lune les casquettes de booking agent, chargé de diffusion, tourneur et producteur. Pour les grandes salles, le tourneur s’appuie sur un promoteur, un spécialiste local qu’Amin Raffed décrit comme « le tampon entre la salle et un tourneur » : c’est le rôle que joue sa structure autour de Lille, et celui qu’elle confie à d’autres ailleurs. Pour comprendre ces métiers, voir producteur de spectacle, tourneur, booker : les métiers du live.

Attention : la facture doit venir d’une structure qui emploie l’artiste, pas de l’artiste lui-même en auto-entrepreneur. Vérifiez aussi qu’elle est bien déclarée comme entrepreneur de spectacles.

Les erreurs à éviter : chapeau, facture, paiement au noir, bénévolat

  • Payer au chapeau. La quête dans le public ne remplace pas un salaire : quel que soit le montant récolté, l’artiste qui joue pour vous reste présumé salarié.
  • Accepter une facture d’auto-entrepreneur. Sauf immatriculation au registre du commerce pour cette activité, elle ne change rien : le contrat reste un contrat de travail et vous restez l’employeur.
  • Payer de la main à la main, sans déclaration. C’est du travail dissimulé. Le Code du travail prévoit jusqu’à trois ans de prison et 45 000 € d’amende pour une personne physique, 225 000 € pour une personne morale, sans compter le rappel des cotisations.
  • Faire jouer des bénévoles. Un musicien professionnel ne devient pas bénévole parce qu’il est d’accord. Même l’échange entre musiciens ne tient pas : il est arrivé à Alain Charriras de jouer de la basse sur le projet d’un autre musicien, qui venait jouer de la batterie sur le sien, sans que personne soit payé. « C’est de l’échange, mais ça, ça ne marche pas. » Et les sociétés d’artistes qui financent des projets y veillent : pour elles, « il ne faut pas qu’il y ait un seul bénévole » parmi les artistes.

Le cas des vrais amateurs, qui ne vivent pas de la musique, est encadré à part par la loi, avec des conditions strictes : renseignez-vous avant de vous appuyer sur ce régime.

Accident sur scène : la déclaration protège aussi l’organisateur

C’est l’argument le plus souvent oublié. Un artiste déclaré est couvert, comme tout salarié, par l’assurance accidents du travail : s’il se blesse sur scène, pendant une répétition ou sur la route, ses soins et ses indemnités sont pris en charge.

S’il n’est pas déclaré, il perd cette protection, et l’organisateur se retrouve en première ligne : il risque de devoir assumer les conséquences financières de l’accident, et sa responsabilité civile, voire pénale si la sécurité n’était pas assurée, peut être engagée. En cas de contrôle de l’Urssaf s’ajoutent les cotisations dues et les pénalités. Vérifiez aussi avec votre assureur que votre contrat couvre bien l’organisation de concerts.

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Payer l’artiste, c’est respecter un métier

Derrière la question juridique, il y a un métier. Michel Amsellem, pianiste accompagnateur, compositeur et directeur musical, reçu en direct par L’Atelier de Cédric, rappelle l’exigence de ce travail : le musicien de studio ou qui accompagne les chanteurs « doit a priori savoir jouer un peu de tous les styles de musique ». Le cachet rémunère cette compétence, pas seulement le temps passé sur scène.

Pour l’organisateur qui débute, le conseil d’Amin Raffed vaut aussi : « c’est ultra important de se tourner vers des structures qui te permettent de donner des conseils et de l’aide ». Il cite la salle de musiques actuelles (SMAC) de sa ville, où l’on trouve des conseils. Payer un artiste dans les règles, c’est respecter la loi, protéger tout le monde en cas de problème et faire vivre la scène qui fait venir votre public.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le cachet d’un artiste ?

C’est le salaire versé à un artiste pour une représentation. Comme tout salaire, il donne lieu à une déclaration, à des cotisations sociales et à un bulletin de paie, car l’artiste qui se produit est présumé salarié.

Combien payer un musicien pour un concert ?

Il n’y a pas de tarif unique : le cachet se négocie, sans pouvoir descendre sous les minimums de la convention collective. S’y ajoutent les cotisations et les frais. Notre guide du GUSO donne les minimums et notre simulateur calcule le coût total.

Peut-on payer un musicien sur facture ?

Pas directement, sauf s’il est immatriculé au registre du commerce pour cette activité, ce qui est rare. Vous pouvez en revanche régler sur facture la structure qui produit l’artiste et l’emploie, avec un contrat de cession.

Comment payer un groupe quand on est un bar ou une association ?

Si le spectacle n’est pas votre activité principale, passez par le GUSO, qui regroupe la déclaration et les cotisations. Si vous programmez régulièrement, il faut être déclaré entrepreneur de spectacles. Vous pouvez aussi acheter le concert à la structure qui produit le groupe.

Un musicien peut-il jouer gratuitement ?

Un professionnel qui joue pour vous reste présumé salarié, même s’il accepte de jouer sans être payé. Seule la pratique en amateur, encadrée par la loi, permet de se produire sans rémunération, dans des conditions strictes.

Ce qu’il faut retenir

  • Le cachet est un salaire : l’artiste qui joue pour vous est présumé salarié, quel que soit le nom du contrat ou le montant.
  • Trois façons de payer : le GUSO si le spectacle n’est pas votre métier, la licence si vous programmez régulièrement, ou l’achat du concert à la structure qui produit l’artiste.
  • Le coût total additionne cachets bruts, cotisations, frais, technique et droits d’auteur : le simulateur GUSO le calcule.
  • Pas de chapeau, pas de facture d’auto-entrepreneur, pas de noir : ce sont des risques de travail dissimulé.
  • Un artiste déclaré est protégé, et l’organisateur aussi en cas d’accident.

Rencontres en direct de L’Atelier de Cédric avec François Herpers, alors cofondateur de Smart Music Tour, Alain Charriras, musicien et consultant en droits voisins, Amin Raffed, booking agent chez À Gauche De La Lune, et Michel Amsellem, pianiste accompagnateur et directeur musical. Voir aussi décrocher des concerts dans les cafés-concerts et petites salles et jouer dans une salle de concert : programmation et contrats.

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