Sacem, Adami, Spedidam, SCPP, SPPF, CNM : tôt ou tard, chaque artiste qui se structure se retrouve devant cette liste de sigles, sans savoir par où commencer. Et presque tous font la même erreur : croire qu’adhérer, c’est déjà toucher de l’argent.
Adhérer, c’est ouvrir une porte. C’est le geste qui permet de collecter tes droits, et c’est essentiel. Mais une aide, elle, se demande à part, avec un dossier, un budget et souvent de l’ancienneté. Ce guide te dit à quel organisme adhérer selon ton rôle, ce que coûte chaque porte, ce qu’il faut présenter, et surtout dans quel ordre les pousser. Il s’appuie sur le chapitre 13 du livre de Cédric, « Adhérer aux organismes ».
À quel organisme adhérer selon ton rôle
Chaque organisme gère un type de droit. Ce n’est pas ton statut qui compte, c’est le rôle que tu tiens :
- Tu écris ou tu composes : la Sacem, en tant qu’auteur ou compositeur. Elle collecte tes droits d’auteur
- Tu édites des œuvres (les tiennes ou celles des autres) : la Sacem, en tant qu’éditeur, avec ta structure
- Tu interprètes, comme artiste principal : l’Adami. Comme musicien ou choriste d’accompagnement : la Spedidam. Si tu tiens les deux rôles selon les titres, tu adhères aux deux
- Tu produis des enregistrements : la SCPP ou la SPPF, l’une ou l’autre, jamais les deux
- Ta structure veut demander des aides au Centre national de la musique : l’affiliation au CNM
Un auteur-compositeur-interprète qui produit ses titres coche donc presque toutes les cases. Pas de panique : tout ne se fait pas le même jour.
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Ce que coûte chaque porte, et ce qu’il faut présenter
| Organisme | Coût d’entrée | Ce qu’il faut présenter | À savoir |
|---|---|---|---|
| Sacem auteur | 100 € une fois (dont 10 € de part sociale) | Une œuvre exploitée et une preuve de début d’exploitation (capture de streaming, jaquette, attestation de diffusion, ou au moins 1 000 vues) | En ligne ; adhésion à vie |
| Sacem éditeur | 300 € une fois | Quatre œuvres exploitées, un contrat de cession et d’édition par titre, « édition musicale » dans l’objet de tes statuts | Une association peut être éditeur ; aucun code APE particulier n’est exigé |
| Adami | 15 € une fois | Ton identité et au moins un enregistrement de ta prestation | Pour les aides, deux comptes sur la plateforme i-DA : toi et ta structure |
| Spedidam | 16 € de part sociale | Ton activité d’artiste-interprète et au moins un enregistrement | Adhésion en ligne ; cumulable avec l’Adami |
| SCPP | 150 € de part sociale | Cinq phonogrammes publiés (copies des pochettes), Kbis ou récépissé d’association | Aucun contrat demandé à l’adhésion |
| SPPF | 153 € de part sociale | Cinq enregistrements, un contrat d’artiste et un contrat de distribution ou de licence | SCPP ou SPPF, jamais les deux |
| CNM | Gratuit | L’affiliation de ta structure, renouvelée chaque année avec tes derniers comptes | Une formation de prévention des violences et du harcèlement sexistes et sexuels est demandée au premier renouvellement |
Pour être pleinement opérationnel, inscrit partout où ça compte, compte autour de 900 € au total, formation obligatoire comprise. Ce n’est pas un système qui te rançonne à l’entrée, c’est un système qui demande de la rigueur et de la patience. Ces montants et ces conditions sont ceux de 2026 : vérifie-les à la source le jour où tu adhères.
Avant tout : ton existence juridique
Toi, tu adhères en ton nom à la Sacem auteur, à l’Adami et à la Spedidam. Mais pour l’édition, la production et les aides, c’est ta structure qui frappe à la porte, et elle doit prouver qu’elle existe. Une société le prouve avec son extrait Kbis. Une association, elle, n’a pas de Kbis : sa preuve, c’est son numéro SIRET, avec l’avis de situation au répertoire SIRENE. Pour une association qui demande des aides et paie des cachets, ce SIRET n’est pas optionnel. Pour monter tout cela accompagné, une semaine TEMPO Structuration se tient à Paris du 22 au 26 mars 2027.
Regarde aussi l’objet de tes statuts : les organismes lisent les activités qui y sont écrites, pas ton code APE. Écris noir sur blanc « production phonographique », « édition musicale », « production de spectacle vivant » : « production », pas « soutien ». Si tu pars de zéro, lis notre guide pour créer une association pour sa musique.
Le premier cachet, la clé de contact
Une fois ta structure immatriculée, un geste déverrouille presque tout le reste : payer un premier cachet déclaré, au minimum de la convention collective. Il te fait obtenir les attestations (Urssaf, France Travail, Audiens) que tous les guichets d’aides te réclameront, et il prouve que ta structure emploie vraiment. Un cachet modeste suffit, à condition qu’il soit dans les règles.
Et bonne nouvelle : une fois qu’on a fait un dossier d’adhésion, on les a tous faits. Kbis ou récépissé, statuts, RIB, codes ISRC, contrats : tu réunis ces pièces une fois, dans un dossier propre, et tu les ressers à chaque guichet.
Sacem : deux portes, pas une
La Sacem auteur, c’est toi, la personne qui écrit et compose. La Sacem éditeur, c’est ta structure. Devenir ton propre éditeur te permet de garder la part d’éditeur de tes droits au lieu de la céder. Et le jour où un vrai éditeur t’apporte quelque chose, tu coédites avec lui au lieu de tout lui céder.
Warning, l’erreur la plus coûteuse : adhérer ne suffit pas, il faut déclarer chaque œuvre, et le faire à sa sortie. En pratique, les écoutes en streaming ne se rattrapent que sur environ un an avant ta déclaration : au-delà, elles sont souvent perdues. Deux autres réflexes gratuits débloquent l’argent : tenir ton RIB et tes coordonnées à jour, et déclarer tes concerts (ta setlist se déclare en ligne, jusqu’à six mois après la date). Le détail est dans notre article sur le rôle de la Sacem, et le calendrier des versements dans le calendrier des répartitions.
SCPP ou SPPF : le choix du producteur
Comme producteur, tu choisis l’une ou l’autre. Sur l’essentiel, les deux se valent. Valérie Thieulent, responsable de l’aide à la création à la SPPF, le rappelait à L’Atelier de Cédric : ce que tu touches en droits voisins ne dépend pas de la maison, puisque les sommes viennent des mêmes collectes. La différence se fait sur les programmes d’aide, l’animation et l’accompagnement. La SPPF est dédiée aux labels indépendants ; la SCPP réunit les majors et de nombreux indépendants.
Un piège très répandu : avoir un compte à la SCPP pour obtenir ses codes ISRC n’est pas une adhésion. L’adhésion qui ouvre les aides, c’est celle avec la part sociale et les cinq phonogrammes. Et pour demander ces aides, il faut une structure : un producteur qui adhère en son nom touche ses droits voisins, mais pas les aides.
Adami, Spedidam, CNM : les portes à petit prix
L’Adami coûte 15 € et un enregistrement. Ses conditions plus exigeantes (six mois d’existence de ta structure, un parcours d’artiste) portent sur ses aides, pas sur l’adhésion. La Spedidam coûte 16 € ; même sans adhérer, tu touches ta part de rémunération équitable et de copie privée, mais l’adhésion lui confie en plus tes droits venus de l’étranger. Le CNM est gratuit, mais l’affiliation se renouvelle chaque année. Pour en savoir plus : la Spedidam et les droits des artistes-interprètes et le Centre national de la musique.
Le bon ordre : la stratégie du premier an
Les organismes n’exigent pas la même ancienneté avant ta première demande d’aide, et c’est cet écart qui décide de ce que tu peux aller chercher :
| Guichet (aide à la production d’un disque) | Ancienneté et moment du dépôt |
|---|---|
| SCPP | Aucune ancienneté, mais une seule demande par an au début ; dossier examiné avant la sortie |
| SPPF | Un premier disque déjà produit et distribué (hors agrégateurs) ; dossier présenté avant la sortie |
| Adami | Six mois d’existence de ta structure ; dépôt au moins trois mois avant la sortie |
| CNM | Un an d’existence de ta structure ; projet non commercialisé avant la date limite |
| Sacem, aide à l’autoproduction | Après la sortie complète du projet, dans les six mois |
Conséquence : si tu montes ton premier projet dans les premiers mois de ta structure, peu de portes sont ouvertes. Si tu attends d’avoir un an d’ancienneté, tu peux frapper à quatre guichets sur le même projet : SCPP ou SPPF, Adami, CNM et Sacem. Comme le dit Cédric, la patience, c’est de l’argent qui ne demande qu’à se cumuler.
Et cette première année ne se passe pas à attendre. Tu sors tes titres (cinq pour la SCPP ou la SPPF, dix ou 40 minutes pour les aides de l’Adami), tu valides ta formation, tu émets tes premières fiches de paie, tu signes ton contrat de distribution et tu déclares chaque œuvre à sa sortie. Le détail des aides est dans notre guide des aides et subventions.
Structure, adhésions, premier cachet, aides : TEMPO Structuration t’aide à bâtir ton calendrier et ton plan de financement.
Découvrir la formation →Recevoir le guide gratuitQuestions fréquentes
Combien coûte l’adhésion à la Sacem ?
100 € une seule fois pour un auteur ou un compositeur, dont 10 € de part sociale, et 300 € pour un éditeur. L’adhésion est à vie, sans cotisation annuelle. Ce sont les montants de 2026 : vérifie-les sur le site de la Sacem le jour où tu adhères.
Quelles conditions pour entrer à la Sacem ?
Comme auteur ou compositeur, une seule œuvre exploitée et une preuve de début d’exploitation suffisent : une capture de streaming, une jaquette, une attestation de diffusion, ou au moins 1 000 vues. Comme éditeur, il faut quatre œuvres exploitées et un contrat d’édition par titre.
Adami ou Spedidam ?
Ça dépend du rôle tenu sur l’enregistrement : l’Adami pour l’artiste principal, la Spedidam pour le musicien ou le choriste d’accompagnement. Si tu tiens les deux rôles selon les titres, tu peux adhérer aux deux.
SCPP ou SPPF ?
L’une ou l’autre, jamais les deux. Sur l’essentiel, elles se valent : ce que tu touches en droits voisins ne dépend pas de la maison. La SCPP demande cinq phonogrammes publiés et 150 € de part sociale ; la SPPF cinq enregistrements, des contrats et 153 €.
Adhérer donne-t-il droit à des aides ?
Non. L’adhésion déclenche la collecte de tes droits ; une aide se demande à part, avec un dossier, souvent une structure et de l’ancienneté. Être inscrit ne veut pas dire être éligible.
Dans quel ordre adhérer ?
D’abord ta structure (Kbis ou SIRET), puis un premier cachet déclaré pour obtenir tes attestations, puis les portes peu chères (Adami, Spedidam, CNM), la Sacem dès ta première œuvre exploitée, et la SCPP ou la SPPF quand tu as cinq titres. Les aides s’ouvrent au fil de la première année.
Ce qu’il faut retenir
- Adhérer ouvre la collecte de tes droits, pas une aide : être inscrit ne veut pas dire être éligible.
- Ton rôle décide de l’organisme : Sacem pour l’auteur et l’éditeur, Adami pour l’artiste principal, Spedidam pour l’accompagnement, SCPP ou SPPF pour le producteur.
- Compte autour de 900 € pour être opérationnel partout, formation comprise.
- D’abord l’existence juridique de ta structure, puis un premier cachet déclaré.
- Déclare chaque œuvre à la Sacem à sa sortie : au-delà d’environ un an, les écoutes sont souvent perdues.
- SCPP ou SPPF, jamais les deux.
- Avec un an d’ancienneté, quatre guichets peuvent s’ouvrir sur le même projet.
Sources : « Le Music Business en France », Cédric Tilèpe (chapitre 13 « Adhérer aux organismes », chapitres 21 et 22) ; montants et conditions d’adhésion relevés en 2026, à vérifier sur les sites de la Sacem, de l’Adami, de la Spedidam, de la SCPP, de la SPPF et du CNM ; rencontre de L’Atelier de Cédric avec Valérie Thieulent (SPPF).
Pour aller plus loin : la Sacem : rôle et fonctionnement, le producteur phonographique, créer une association pour sa musique, le guide des aides et subventions et le calendrier des répartitions Sacem, Adami et Spedidam.

Pour aller plus loin, tout est dans Le Music Business en France
Le livre de Cédric Tilèpe, nourri de plus de 200 interviews de pros du music business. Sortie le 2 février 2027.
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